Le retour de la souveraineté face aux géants du web

C’est une des nouveautés de l’année. Les Etats souhaitent reprendre la main dans le monde sur le web. Au niveau de l’UE, le vote du Parlement sur les droits voisins a permis de montrer une détermination nouvelle. Dans un monde où les géants que sont Facebook et Google accaparent 90% des revenus de la publicité, les député européens ont décidé de corriger un marché cassé. De la même manière que personne n’accepterait de laisser une radio prospérer sans qu’elle ne paye la musique qu’elle diffuse, les plateformes devront désormais rémunérer le contenu qu’elles hébergent et qui créent une bonne partie de leur trafic.

Cette même thématique de la souveraineté a permis à la loi sur les jeux d’argent de passer la rampe lors d’un référendum en juin. Grâce à ce système, les loteries en ligne qui travaillent depuis l’étranger ont un accès limités aux utilisateurs basés en Suisse. Les détracteurs de l’initiative – dont Le Temps, qui s’était positionné contre le texte – notaient qu’il est illusoire de croire qu’internet peut être cantonné à des frontières. C’est pourtant ce que demande le peuple.

La nouvelle règle européenne, qui prévoit de faire payer des entreprises basées en Californie pour des articles écrits ici, va-t-elle suffire à sauver la presse? Ce ne sera pas si simple. D’abord parce qu’il faudra encore plusieurs épisodes avant que la règle entre en force. Ensuite, car diverses tentatives au niveau européen pour juguler l’emprise des firmes technologiques n’ont pas connu le succès escompté. Les Belges, les Espagnols et les Allemands (dont Axel Springer, co-éditeur du Temps) en savent quelque chose. Ici, la législation suisse devra être adaptée.

Il ne faut pourtant pas baisser les bras. Le laisser-faire dans le domaine technologique peut avoir pour conséquence la mise en place de dominations de marchés et de manipulations de l’information. Les enjeux sont élevés quand la démocratie est menacée. Si Facebook, ces deux dernières années, a bien prouvé quelque chose, c’est qu’il devait être réparé (l’objectif de Mark Zuckerberg pour 2018) et qu’il ne le ferait pas sans la pression du public, des politiques ainsi que des investisseurs.

Sur le terrain de la concurrence, la commissaire européenne Margrethe «Borgen» Vestager a fait plier Google cet été en lui présentant une note salée de 5 milliards de francs, un record. Le Vieux Continent a réagi comme il sait le faire, avec des lois et des règlements, quand les Etats-Unis ont lancé leurs pionniers à la conquête du monde. La prochaine attaque est connue, elle arrive déjà de Chine. L’Europe doit mettre les bouchées double pour ne pas rater l’émergence de nouveaux domaines de l’innovation comme, par exemple, l’intelligence artificielle, la compréhension du cerveau ou l’informatique quantique. Sinon, elle devra à terme ériger de nouveaux ponts-levis pour se protéger.

Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef du Le Temps.

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