Le revenu universel, dernière roue de secours d’un Etat-providence aux abois

Le revenu universel semble confortablement installé dans le débat public où il dispose d’un soutien qui dépasse les clivages partisans. Projet d’émancipation, refonte de la protection sociale… autant de belles formules pour forger le consentement des populations à ce qui constitue en réalité la dernière roue de secours d’un Etat providence aux abois et bien décidé à dissimuler l’érosion de sa légitimité.

L’universitaire américain Thomas Sowell qualifiait l’Etat providence de plus vieille fourberie du monde en remarquant qu’il consistait à prendre discrètement l’argent des contribuables pour le rendre de la manière la plus visible possible. Ce subterfuge a été introduit, dans sa version moderne, par Otto von Bismarck (1815-1898), avant de se diffuser en Europe.

Point de philanthropie dans cette politique comme le rappelait en 1955 l’historien britannique AJP Taylor (1906-1990) dans son ouvrage dédié au personnage : « Bismarck voulait faire en sorte que les travailleurs se sentent plus dépendants de l’Etat, donc de lui ».

Le Chancelier allemand entendait neutraliser les volontés révolutionnaires de la classe ouvrière, ce qui rend le parallèle avec le contexte actuel d’autant plus intéressant. Le revenu universel est en effet promu dans une atmosphère où la confiance entre citoyens et institutions officielles ne cesse de se déliter. Il devient dans ces conditions le moyen de sauver les allégeances en péril.

Parade idéale

Couplé au discours fataliste sur la raréfaction du travail, il constitue la parade idéale pour les dirigeants désireux de fuir leurs responsabilités en imputant le chômage à des facteurs extérieurs aux politiques publiques menées depuis des décennies.

Le revenu universel permet ainsi de contenir l’indignation vis-à-vis d’un fléau prétendument inéluctable tandis que les populations marginalisées sont invitées à vendre leur silence et à renoncer à la mobilité sociale que permettrait une économie affranchie des corporatismes. En échange de quoi elles obtiennent quelques miettes subventionnées par une classe politique généreuse en apparence, mais avant tout motivée par le désir de se constituer une clientèle électorale captive et docile.

Bien sûr les partisans du revenu universel assurent qu’il s’agit là d’un projet indispensable à l’institution d’une protection sociale conforme aux nécessités de notre temps. C’est oublier que les êtres humains n’ont pas attendu l’arrivée des politiciens pour se prémunir contre les aléas de la vie. Contrairement à ce qui est couramment véhiculé, l’État-providence n’a pas inventé la protection sociale. Celle-ci s’organisait jadis de manière décentralisée, par des systèmes assurantiels et mutualistes grâce auxquels les travailleurs pouvaient épargner sur une base volontaire et solidaire conformément à leurs besoins particuliers.

Eradiquer la misère

Les Etats se sont contentés de nationaliser les caisses privées pour des motifs politiques. L’indépendance que ces caisses conféraient aux travailleurs était source de craintes chez les élites obnubilées par le contrôle des masses. La protection sociale précède donc l’Etat-providence dont les « services » standardisés et monopolistiques font l’impasse sur la singularité des besoins en matière de couverture face aux aléas de la vie tout en décourageant une épargne plus productive. C’est pour cette raison qu’une protection sociale décrétée par l’autorité publique, qu’elle prenne ou non la forme d’un revenu universel, ne peut être efficace.

Enfin les partisans du revenu universel nous promettent l’éradication de la misère en dépit du fait qu’aucune civilisation, et ceci depuis l’aube de l’humanité, n’est sortie de la pauvreté par une redistribution opérée sur la base de la fiscalité. Les Européens n’ont pas atteint le niveau de vie qui est le leur par l’intermédiaire de l’État-providence. La Chine et l’Inde ne sont pas en train de sortir des millions de personnes de la pauvreté grâce à une « fiscalité redistributive », notion par ailleurs contradictoire compte tenu de l’impact négatif des prélèvements obligatoires sur la création de richesses.

Lutter contre la pauvreté requiert au contraire que l’on restaure les incitations et la liberté d’entreprendre, d’échanger, d’épargner et d’investir les fruits de son industrie. L’économie de marché, en permettant une croissance sans cesse plus soutenue de la productivité, a toujours été le vecteur le plus puissant de lutte contre la pauvreté. Or c’est précisément parce que le revenu universel nous éloigne encore un peu plus de cette institution qu’il constitue une entreprise politique indésirable dont l’utilité ne réside que dans sa capacité à détourner l’attention des Français vis-à-vis des véritables causes de leurs difficultés.

Ferghane Azihari, analyste politiques publiques et coordinateur pour European Students for Liberty)

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