Le robot sera-t-il l’avenir de l’homme ?

Le robot humanoïde pourra-t-il un jour remplacer l’homme ? La question se pose aujourd’hui du fait des progrès importants que nous effectuons en informatique. En anticipant, on parle d’Intelligence Artificielle. En utilisant ce terme, ne prête-t-on pas à nos créations plus de qualités qu’elles n’en peuvent avoir et surtout qu’elles n’en peuvent acquérir ?

Sur le plan de l’exploration spatiale, les robots de ce type présenteraient l’avantage par rapport aux robots actuels, de pouvoir prendre des initiatives, de s’adapter à des situations imprévues et, par rapport à nous-mêmes, de pouvoir être adaptés plus facilement à des conditions environnementales qui nous posent problème : la pression atmosphérique, la composition gazeuse de l’atmosphère, la température, la gravité, les radiations, l’alimentation, la longueur des voyages, les conditions psychologiques découlant de l’éloignement, de l’exiguïté des lieux de vie, etc…

Depuis l’aube des temps, la vie terrestre se transmet selon des gènes, segments codants de brins d’ADN eux-mêmes constituants essentiels de nos chromosome(s). Nous avons compris que cette vie remonte à un seul (petit groupe) d’individu(s), notre Last Universal Common Ancestor (LUCA) qui a vécu il y a peut-être quelques 3,8 milliards d’années. Au-delà elle remonte à la cellule prébiotique et à ses éléments constituants, dont les premières molécules d’ARN. Si l’homme, à partir de son esprit, était à l’origine d’une nouvelle forme de vie, c’est à dire, plus précisément, d’un être auto-reproductible(1), conscient, doué de raison, capable de sentir, d’agir et de communiquer, il accomplirait un saut prodigieux, que seul l’Univers (certains diraient « Dieu ») a réussi à accomplir sur Terre (et peut-être nulle part ailleurs) à l’issue d’un processus de plusieurs milliards d’années. Il s’agirait en effet d’une vie utilisant d’autres éléments primordiaux, entièrement différents de ceux qui nous constituent, que j’ai évoqués, et qui nous animent. C’est imaginable mais est-ce possible ?

Il faut bien voir que pour le moment les robots sont des êtres programmés. Ils effectuent les tâches qu’on leur a demandé d’effectuer. A la limite, ils peuvent sembler exprimer des sentiments mais ces sentiments sont ceux qu’on leur a demandé de simuler en réponse à certaines incitations précisément décrites. Ils sont prévisibles et dépendants.

Le robot peut capter de l’information et peut l’utiliser mais il ne peut pas choisir et décider par-lui-même de faire ou ne pas faire, et ensuite d’interpréter en vue d’un objectif dont l’intérêt pourrait n’apparaître que fortuitement. Ce qui manque au robot c’est l’affect. C’est cela qui nous « anime ». Ce sont les sentiments en général et entre autres (avec toutes sortes de nuances) l’envie, la curiosité, la peur, l’admiration, l’estime de soi, la passion, toutes pulsions qui fondamentalement sont à la base de nos actions c’est-à-dire les leviers qui nous font in fine agir. Pour nous la finalité n’est pas établie entièrement par des données, pour les robots, elle l’est. Pour eux il n’y a pas de volonté propre de faire car il n’y a aucun intérêt à faire, aucune satisfaction à tirer de l’action, simplement un programme à dérouler.

Alors, toute la question est de savoir si nous pourrons jamais inculquer cette sensibilité(2), cette personnalité, cette âme à nos robots.Il s’agit non pas d’une progression quantitative mais d’un saut qualitatif. Si nous y parvenons ils deviendront les véritables enfants de notre esprit. C’est à dire qu’ils seront nos dignes continuateurs, non pas une mutation de notre espèce vers une nouvelle, puisqu’ils ne porteront jamais aucun de nos gènes mais ils seront néanmoins tout aussi proches de nous que les autres hommes de chair et de sang, comme les « draags » de la planète Ygam du magnifique film de René Laloux, « La planète Sauvage »(3), et nous pourrons alors sans état d’âme leur céder notre place dans toutes les aventures trop difficiles que nous rêverions d’entreprendre. Ils seront dignes d’être considérés comme nos égaux et comme avec d’autres êtres humains, nous pourrons vivre à travers leur sensibilité ce qu’ils vivront et qu’ils nous transmettront.

Cette évolution nous ouvrirait des domaines d’exploration absolument fantastiques. Nous pourrions par l’intermédiaire de ces créatures, nos créatures, vivre dans l’enfer de Vénus ou les nuages de Jupiter, aller jusqu’à Proxima Centauri en « état déconnecté » (« switched off ») et visiter ensuite des planètes sans atmosphère respirable tant que nous pourrons exploiter sur place l’énergie diffusée par l’étoile étrangère. Doués de sensibilité et de sentiments, ces enfants de notre intelligence partageraient avec nous non seulement leurs études scientifiques et leurs reportages documentaires mais aussi leurs odyssées et les romans de leurs aventures.

Je rêve…Nous ne savons pas vraiment comment insuffler l’esprit à nos créatures(2). Le saurons-nous jamais ? En attendant, continuons notre chemin. Avoir des assistants de plus en plus compétents, des prolongements de plus en plus habiles (suite du silex taillé primitif et de tous nos outils) est aussi, pour nous, une grande satisfaction. N’ayons surtout pas peur du progrès et des possibilités considérables d’épanouissement qu’il nous offre.

Pierre Brisson, président de la Mars Society Switzerland, membre du comité directeur de l’Association Planète Mars (France), économiste de formation (University of Virginia), ancien banquier d’entreprises de profession, planétologue depuis toujours.


Note et Liens :

(1) Une différence essentielle du robot humanoïde avec l’homme restera le mode de « production ». Il n’y aura pas de fusion sexuée. Le robot humanoïde sera fabriqué à l’extérieur de ses « géniteurs », en usine, laboratoire et atelier (et non pas dans une matrice féminine à partir de la division des cellules d’un ovocyte fécondé) et il aura dès sa « naissance », sa taille adulte. L’apprentissage n’accompagnera pas la croissance mais sera déchargée (« unloaded ») dans l’objet. Le mode de production humain qui impose affectivité et proactivité (le robot me semble devoir être totalement passif lors de l’apprentissage), n’est-il pas indispensable à l’émotivité, à la sensibilité et au caractère de la personne ?

(2) http://emoshape.com/ Une société britannique qui veut apprendre aux robots à comprendre et réagir aux sentiments humains. Notez que cela ne signifie pas que les robots puissent ressentir ou plus précisément, générer en eux-mêmes ces sentiments.

(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Planète_sauvage Le film date de 1973. Il a un peu vieilli dans la technologie de l’animation mais il ne faut pas s’arrêter à cet obstacle. Les dessins de Topor sont une succession de petits chefs-d’œuvre oniriques. Il n’est pas dit dans le film que les draags sont des robots mais, vus leur mode de reproduction, je suppose fortement qu’ils le sont !

Lire: “Je cherche à comprendre… les codes cachés de la nature »” de Joël de Rosnay (éditions “Les liens qui libèrent”, octobre 2016)

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