L’élection présidentielle française sera décisive pour l’avenir de l’Europe

Le projet européen n’a pas tenu ses promesses. Censé offrir à ses citoyens une économie de la connaissance prospère, innovante et créant des emplois de qualité, il n’a permis qu’une augmentation du chômage, une hausse des inégalités, un abaissement des protections sociales, une concurrence fiscale accrue entre Etats et une déréglementation de la production et de la finance.

Les premières conséquences de ces échecs sont des vies brisées, une jeunesse sacrifiée et la montée en puissance, partout en Europe, des partis nationalistes et xénophobes. Il est impératif que l’Europe refonde un nouveau projet plus démocratique, social et écologique. Face à l’Allemagne, la France a un rôle de premier ordre à jouer pour amorcer ce changement. L’élection présidentielle française sera décisive pour l’avenir de l’Europe.

« New deal » institutionnel, social et écologique

L’augmentation du chômage et la croissance morose proviennent de mauvais choix de politiques économiques. La volonté en Europe de réduire trop rapidement les déficits à partir de 2011, alors que les Etats-Unis creusaient les leurs pour stimuler la croissance et l’emploi, a sapé la reprise économique. Imposer aux pays membres de converger rapidement vers un déficit structurel inférieur à 0,5 % n’a aucun fondement économique et oblige les Etats à pratiquer des politiques récessives en période de crise.

En 2012, François Hollande s’était engagé, pendant sa campagne présidentielle, à renégocier les traités européens afin de pouvoir mettre en place des politiques contracycliques. Les traités n’ont finalement pas été renégociés, la croissance de la zone euro a stagné autour de 0 %, les chiffres du chômage se sont dégradés, la crise sociale s’est aggravée et les extrêmes nationalistes ont progressé davantage.

L’arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce en 2015 et la progression de Podemos en Espagne avaient fait émerger l’espoir d’une révolution démocratique pour mettre fin à la spirale austéritaire. La France aurait dû se saisir de cette occasion et accompagner ces pays dans leur volonté de modifier les règles européennes. Les dirigeants français ont manqué une deuxième occasion, préférant se soumettre au carcan européen avec le pacte de responsabilité et la réforme du droit du travail.

La suite est connue : les propositions de Syriza se sont fracassées contre le mépris des dirigeants européens. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, allant jusqu’à affirmer qu’« il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens ». La Grèce s’enfonça encore plus dans la crise, et la France connut une forte opposition à la loi El Khomri.

L’élection présidentielle de 2017 en France sera décisive pour l’avenir de l’Europe. En fonction du résultat, trois choix s’offrent à la France : une validation de la dynamique austéritaire, accompagnée d’une accentuation de ses réformes structurelles ; une sortie brutale de l’Union européenne, sous la forme d’un « Frexit » ; ou un nouveau projet européen, prenant idéalement la forme d’un « new deal » institutionnel, social et écologique.

Désobéissance constructive

L’application de cette troisième voie ne peut se faire sans la politique de la « désobéissance constructive », qui consiste à refuser les diktats de la Commission européenne et à imposer une réorientation du projet européen.

Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot, au-delà de leurs différences, ont en commun de vouloir un plan de relance européen en faveur de la transition énergétique, une harmonisation fiscale entre Etats et un arrêt des traités de libre-échange. Ces propositions obligent à une remise en cause des règles actuelles de l’Union européenne, qui sont les prémices de la mise en place d’un nouveau projet européen.

La France, deuxième puissance de la zone euro, a les moyens de faire bouger les lignes et de faire primer l’urgence sociale et écologique sur les règles budgétaires strictes de la Commission. Surtout si elle propose à d’autres pays – notamment la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Portugal – de la rejoindre dans ce nouveau projet.

Le résultat de l’élection présidentielle de 2017 est donc primordial pour l’avenir de l’Europe. La volonté de la gauche de s’entendre sur un candidat unique peut sauver les millions de citoyens dont les vies ont été brisées par des années d’austérité et permettre d’envisager un nouvel horizon pour l’Europe.

Par Yanis Varoufakis (fondateur du mouvement Diem 25, ancien ministre des finances grec) , Ulf Clerwall (économiste, membre de Diem 25) et Thomas Porcher (professeur à la Paris School of Business, membre des économistes atterrés)

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