Les avancées technologiques ne menacent pas l’emploi

Vous n’avez peut-être jamais entendu parler de la rétinopathie diabétique, et pourtant, il s’agit d’une des causes de cécité qui connaît la progression la plus rapide dans le monde aujourd’hui. Elle représente un risque pour les 415 millions de personnes atteintes de diabète sur la planète, soit environ 5 % de la population mondiale.

Cette maladie survient lorsque le niveau de sucre dans le sang est trop élevé et finit par altérer les petits vaisseaux de la rétine. Les personnes atteintes de rétinopathie diabétique souffrent dans un premier temps de troubles de la vision et finissent par devenir aveugles. Et le pire dans toute cette histoire, c’est que cette maladie pourrait être évitée… grâce à un dépistage précoce.

Le nombre de personnes à risque étant très élevé, il n’y a tout simplement pas assez d’ophtalmologues dans le monde pour diagnostiquer cette maladie, en particulier dans les pays en développement.

Un univers magique

Il y a quelques années cependant, une équipe de Google, sachant manier les ordinateurs et le code, a mis à l’épreuve les dernières techniques d’apprentissage profond (deep learning) afin de déterminer si celles-ci permettent de détecter la rétinopathie diabétique. Les résultats, publiés en novembre 2016, sont enthousiasmants.

L’algorithme d’apprentissage profond est en effet capable d’identifier la maladie aussi efficacement que les médecins sur le terrain. De là à imaginer que nous pourrions ainsi donner la possibilité à chaque utilisateur de smartphone de diagnostiquer cette maladie – et, ainsi, préserver des millions de personnes de ce fléau –, il n’y a qu’un pas.

L’écrivain britannique Arthur C. Clarke (1917-2008) a dit un jour : « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. » Cette technologie est aujourd’hui sur le point de nous faire entrer dans un univers magique, où l’homme pourra tirer parti de l’apprentissage automatique (machine learning) pour prévenir la cécité, traduire un énoncé de manière appropriée dans toutes les langues et même sauver les espèces en voie de disparition. L’apprentissage automatique nous permet en somme de trouver une solution à des problèmes que nous n’étions pas en mesure de résoudre seuls jusqu’à présent.

Et le plus formidable dans tout ça, c’est que nous ne sommes qu’au début de l’aventure. Tout comme Internet, puis les smartphones, ont transformé notre quotidien au cours des dernières décennies, l’apprentissage automatique est en passe de redéfinir la manière dont nous interagissons avec la technologie et le monde qui nous entoure. Il nous montre comment cette technologie aide l’humanité à se développer.

Une technologie qui s’adresse à tous

Les entreprises de la Silicon Valley sont parfois critiquées parce qu’elles prétendent vouloir faire de notre planète un monde meilleur, tout en ne proposant que des changements incrémentaux. En réalité, la technologie ne peut aider à résoudre que les problèmes auxquels elle est appliquée.

C’est aux futurs innovateurs de décider si les algorithmes doivent plutôt servir à réduire le gaspillage énergétique ou s’ils doivent être utilisés pour d’autres objectifs plus futiles. Et c’est à nous tous, qui travaillons dans le secteur des industries de pointe, de mettre les avancées technologiques et l’apprentissage automatique à profit pour relever les défis qui méritent notre plus grande attention.

Il est essentiel de proposer une technologie qui s’adresse à tous, et non pas uniquement aux personnes les plus riches, les plus puissantes ou celles de notre entourage immédiat. C’est pour cette raison qu’il est important de démocratiser les outils que nous développons, de sorte que ceux qui vivent dans la Silicon Valley ne soient pas les seuls à profiter des technologies les plus puissantes au monde, qu’il s’agisse de la recherche, de la cartographie par satellite ou d’un assistant personnel intelligent disponible dans plusieurs langues.

Chez Google, nous avons ainsi fait le choix de proposer nos algorithmes d’apprentissage automatique en open source. Que vous soyez étudiant à Hyderabad, en Inde, scientifique en Caroline du Nord ou fermier au Japon, vous pouvez tirer parti des dernières innovations technologiques pour résoudre les problèmes les plus divers.

Une plus grande prospérité

Malgré cette vision optimiste, certains expriment des inquiétudes, tout à fait légitimes, quant au fait que ces avancées technologiques pourraient renforcer les inégalités. En effet, alors que certains pays viennent tout juste de retrouver leur niveau économique d’avant la crise de 2008, la perspective de nouvelles pertes d’emplois est inquiétante.

Mais il n’y a aucune raison de penser que les progrès réalisés dans le domaine de l’apprentissage automatique entraîneront à coup sûr une hausse du chômage. L’histoire tend plutôt à montrer que les avancées technologiques mènent à une plus grande prospérité, avec la création d’emplois, la mise en place de lieux de travail plus sûrs et l’augmentation des niveaux de vie.

C’est ce qui s’est passé lors de la révolution industrielle, lors du passage d’une société à dominante agraire vers une société tournée vers l’industrie. Ce processus est d’ailleurs toujours en cours dans les pays en développement.

C’est aussi ce qui s’est passé aux Etats-Unis et en Europe durant les années d’après-guerre, lorsque les réfrigérateurs, les commutateurs téléphoniques automatiques et les voyages en avion ont révolutionné nos économies et grandement amélioré le quotidien de bon nombre de personnes. Et bien que cette transformation profonde ait mené à la progressive disparition de certains métiers, comme les laitiers, les opérateurs-standardistes et les équipages de paquebot, la création d’emplois s’est en réalité accélérée à cette époque.

Eduquer au numérique

Nous pouvons néanmoins agir dès maintenant afin de préparer au mieux nos sociétés à ces changements technologiques, et s’assurer qu’elles n’en soient pas déstabilisées. Cela passe notamment par l’éducation au numérique et l’aide à la reconversion professionnelle.

Dans cette optique, Google a formé en France depuis 2012 gratuitement plus de 95 000 professionnels de TPE et PME via notre programme Google pour les Pros, et plus de 8 200 jeunes diplômés grâce à notre initiative Digital Active, qui propose une certification en matière de compétences numériques.

Au Royaume-Uni, Google s’est engagé à verser plusieurs millions de livres sterling pour permettre à chaque résident de bénéficier gratuitement de cinq heures de formation au numérique au cours de cette année.

Par ailleurs, depuis 2011, nous avons construit six campus dans le monde, dans le seul but d’offrir aux innovateurs locaux un endroit qui leur permette de se retrouver, d’échanger des idées et de créer les emplois du futur.

Pour éviter que les progrès technologiques ne creusent les inégalités, l’ensemble des gouvernements et des entreprises devraient renforcer les mesures de protection sociale et étendre les avantages sociaux (égalité des salaires, congé parental).

Nous avons la chance de vivre à une époque où la technologie peut radicalement améliorer notre façon de travailler, d’apprendre et d’exister. Elle peut nous rendre plus intelligents et plus heureux, et nous garantir une meilleure santé, à un niveau inégalé jusqu’à présent.

Mais il nous appartient à tous, sociétés de technologie, gouvernements, entreprises et société civile, de travailler main dans la main pour créer les conditions d’une innovation florissante. Alors seulement, nous profiterons des progrès que nos sociétés méritent et demandent. Alors seulement, nous verrons la magie.

Eric Schmidt, président exécutif d’Alphabet, société mère de Google.

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