Les droits humains sont toujours universels!

En 1948, le 10 décembre, a été rédigée la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH). 70 ans plus tard, alors que les femmes prennent de plus en plus la parole, le titre même de cette déclaration doit être modifié. Il serait temps, par exemple, que les pays francophones prennent à leur compte l’appellation Déclaration universelle des «droits humains» et non pas des droits de l’homme. En Suisse Micheline Calmy-Rey avait donné l’exemple en imposant ces termes «droits humains» que j’ai adoptés dès la naissance du FIFDH. Elle n’a pas été suivie par ses successeurs. Dommage! Car finalement, l’expression «droits de l’homme» délégitimise les luttes des femmes. Or ces luttes sont avant tout une lutte pour les droits humains.

Aujourd’hui, certains Etats – la Chine, l’Iran, les pays membres de l’OCI (Organisation de la coopération islamique) – sont tentés, sous prétexte d’actualiser la Déclaration, d’en relativiser la dimension universelle qui serait, selon eux, trop tributaire de son origine occidentale. Ils proposent d’autres modèles basés sur leur culture ou émanant d’une source divine. Ces conceptions aboutissent souvent à l’exclusion de l’autre au nom du communautarisme. Les droits humains ne sont pas occidentaux. Ils se définissent par la souffrance des victimes, des personnes battues, tuées, torturées, humiliées, où qu’elles soient. En cela ils sont universels.

Un respect sans concession

Par contre, il est impératif de compléter la Déclaration. Il faut tenir compte, par exemple, de l’émergence de nouvelles techniques de communication. Si les réseaux sociaux sont une avancée pour la liberté d’expression, nous ne pouvons ignorer qu’ils peuvent aussi servir d’outils de discrimination. On assiste sur les réseaux sociaux, au nom de la liberté d’opinion détournée de son sens, à une déferlante raciste. Or le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. La liberté d’opinion ne doit pas permettre de justifier les atteintes à la dignité humaine.

S’il n’est pas nécessaire de réécrire la déclaration, il est essentiel de respecter sans concessions ses principes. Parallèlement à la mondialisation libérale qui s’est emparée de nos sociétés avec son cortège d’inégalités, des Etats embrassent l’idéologie nationaliste. Comme l’écrit Pierre Haski, le président de Reporters sans frontières (RSF) après le cataclysme des élections italiennes: «Hélas, le populisme n’a pas encore atteint son pic en Europe.» Cette nouvelle donne constitue un danger pour les droits humains comme le démontre la politique des dirigeants au pouvoir en Pologne ou en Hongrie.

Des Etats qui appellent à la xénophobie et ferment leurs frontières aux migrants alors que le flux des réfugiés n’est pas près de se tarir à cause des guerres en cours, en Syrie comme au Yémen. Il faut ajouter les bombardements de la Turquie contre les Kurdes menaçant directement deux millions de civils en Syrie qui vont assurément amplifier l’exode.

Résister au relativisme

On le voit, si certains droits n’ont pas besoin d’être actualisés, ils doivent être fermement réaffirmés, comme celui des exilés, article 13 de la Déclaration: le droit «de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat». Il est cyniquement bafoué ou ignoré également en Suisse.

Selon Amnesty International, les autorités ont renvoyé plusieurs demandeurs d’asile dans d’autres Etats membres de l’espace Schengen. Fermer les frontières aux migrants est, comme le dit J.M.G. Le Clézio, «un déni d’humanité insupportable». Face à cette tragédie, les gouvernants relativisent au nom d’une politique, d’un marché, d’une religion, d’une culture. Il faut résister au relativisme, à l’enlisement de notre époque. Au moment de son 70e anniversaire, la Déclaration universelle des droits de l’homme reste un outil incomparable pour s’insurger face à l’inacceptable.

Léo Kaneman, président du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH).

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