Les enjeux des changements climatiques en Afrique

Depuis 2008, les pays d’Afrique intensifient leurs efforts visant à former une coalition pour les négociations en cours sur le changement climatique. A Copenhague, en ce moment même, ils s’efforcent de faire valoir leur point de vue, leurs préoccupations et leurs attentes.

L’Afrique est très vulnérable. Les bouleversements climatiques compromettent les conditions de vie des populations sur un continent déjà victime de la pauvreté, de la dégradation des écosystèmes et des troubles civils et sociaux. Plus de 40 % des Africains vivent dans l’extrême pauvreté et, parmi eux, 70 % vivent dans les zones rurales, subsistant essentiellement grâce à l’agriculture. Les changements climatiques touchent les agriculteurs, du Sahel jusqu’aux hautes terres du Lesotho. Ils pourraient provoquer l’apparition de nouvelles épidémies propagées par les moustiques dans des pays comme le Kenya et l’Ouganda. La fréquence des tempêtes et des inondations pourrait entraîner la destruction des infrastructures de base et des habitations à Madagascar, au Mozambique et dans de nombreuses autres régions côtières.

Tout projet d’accord global sur les questions climatiques doit comporter des dispositions favorisant le développement des pays africains et d’autres régions en développement. Il est également acquis que le développement économique et humain du continent africain ne peut plus être envisagé sur le modèle des pays déjà développés, fortement émetteurs de gaz à effet de serre.

Un accord comme celui-ci doit également permettre d’évaluer la manière dont le continent peut lui-même contribuer à la solution de ses problèmes. L’Afrique n’est pas la cause des changements climatiques car elle ne produit que 3,8 % de la totalité des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, et ce depuis très peu de temps seulement. En outre, sa capacité à participer à la lutte contre les changements climatiques est généralement ignorée ou sous-estimée. Sa couverture forestière, par exemple, retient 20 % de la totalité du gaz carbonique absorbé par les arbres dans le monde. Quant aux sols fertiles du continent, ils contiennent une part tout aussi élevée du CO2 mondial produit par l’agriculture.

L’Afrique tient donc une place essentielle dans la réalisation des objectifs de Copenhague. Les accords qui remplaceront le protocole de Kyoto, en 2012, devraient inclure le transfert de nouveaux capitaux aux pays en développement, ce qui constituerait une source majeure de développement. Par conséquent, la gestion des changements climatiques offre aux pays africains une chance unique de gagner sur tous les terrains : atténuation des effets du réchauffement, adaptation et développement avec un accès plus vaste à l’énergie, une sécurité alimentaire plus solide et une meilleure prévention des crises et des conflits.

Compte tenu du fait que plus de 70 % des émissions de gaz à effet de serre proviennent des comportements et des investissements réalisés au niveau local, le rôle des collectivités territoriales est déterminant. Leurs stratégies devront s’articuler avec celles des gouvernements nationaux. Dans cette perspective, l’établissement d’un fonds destiné à renforcer les capacités des pays en développement pour qu’ils élaborent eux-mêmes et mettent en œuvre des mesures d’atténuation et d’adaptation constitue l’une des premières priorités à Copenhague.

De plus, il sera nécessaire d’engager des politiques énergétiques compatibles avec la lutte contre l’effet de serre. En Afrique comme ailleurs, il faudra établir un cadre institutionnel et politique pleinement favorable à l’efficacité énergétique et aux énergies “décarbonées”.

Il faudra également prévoir tout un éventail de ressources – bourses, prêts, mesures fiscales et instruments de marché – qui contribueront au bon fonctionnement de ce nouveau modèle de développement. Une aide supplémentaire d’urgence devra également être prévue pour compléter le nouveau fonds pour l’adaptation de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC), qui aide les pays les plus vulnérables.

Les instruments de marché sont indispensables et doivent venir accompagner des politiques énergétiques et agricoles, tant nationales que régionales, orientées vers un développement moins émissif en carbone. Convenablement réaménagés, le Mécanisme pour le développement propre et les autres mécanismes de droits d’émission de carbone pourraient s’avérer particulièrement utiles dans le financement des politiques et mesures de promotion des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique en Afrique. Le biocarbone, c’est-à-dire le CO2 retenu et emmagasiné dans les arbres, les plantes, les sols et les océans de la planète, offre des perspectives d’investissement tout aussi intéressantes pour contribuer à la réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts.

Tegegnework Gettu, directeur du bureau régional pour l’Afrique du programme des Nations unies pour le développement.