Les filles savent se battre

Un nombre croissant des femmes s'engagent en première ligne dans le soulèvement contre Israël
Un nombre croissant des femmes s’engagent en première ligne dans le soulèvement contre Israël

Il paraît que les filles aussi savent se battre. Je l’ai lu dimanche, dans The Observer: Mattel, le fabricant de Barbie, va sortir début 2016 une gamme de poupées appelées «DC Superhero Girls». Elles n’auront ni poitrine surdimensionnée, ni bouche en cul-de-poule, mais à la place, des super-pouvoirs réservés jusqu’alors aux garçons, comme voler, courir très vite et sauver le monde. Leurs corps athlétiques, coiffés de longs cheveux ondulés et habillés de capes et de masques, ont été vus, révisés et approuvés par un panel test de fillettes de six ans. Celles-ci, d’ailleurs, ont jugé que la première version de ces poupées n’était pas crédible parce que «trop girly», «elles n’ont pas l’air de savoir se battre».
Formidable, me suis-je dit. L’industrie du jouet prend ses responsabilités et découvre que les filles ne rêvent pas seulement d’être des princesses ou des mamans. Avec un peu de patience, dans un demi-siècle ou deux, les rayons enfants de tous les grands magasins du monde (pas uniquement ceux de Target) auront cessé de séparer les jouets cool des jouets roses.

Les fans de Star Wars sont aussi des femmes

Et puis, mercredi, The Guardian m’apprenait que, dans le prochain Star Wars, un personnage féminin qui sait se battre allait tenir un rôle prépondérant à l’écran. L’article s’en réjouissait pour la cause féminine, soulignant au passage que, contrairement aux idées reçues, les fans de Star Wars étaient aussi, souvent, des femmes.

Je me suis dit que c’était formidable, et en même temps, j’ai relativisé. Parce que des figures d’amazones couvertes de boue et armées jusqu’aux dents, le cinéma en a beaucoup produit (de Sigourney Weaver dans Alien à Jennifer Lawrence dans Hunger Games), et à ma connaissance, ça n’a encore rien changé au niveau des inégalités salariales entre hommes et femmes, ni à Hollywood, ni ailleurs.

Le lendemain, j’ouvrais 24 heures pour tomber sur cette image de deux jeunes Palestiniennes, le visage enroulé dans des keffiehs, des lance-pierres à la main. L’article évoquait le nombre croissant des femmes investies en première ligne dans le soulèvement contre Israël. Et citait une étudiante à Naplouse, au micro de RFI: «Il n’y a aucune différence entre un homme et une femme ici. On est tous ensemble pour une chose: défendre la mosquée d’Al-Aqsa et soutenir tous ceux qui veulent protéger notre terre.»

Tout de suite, j’ai trouvé ça moins formidable, allez comprendre. C’est pourtant bien d’égalité dont il est question là aussi. Egalité dans la guerre, égalité dans l’absence de perspectives. Les filles savent bien se battre, la preuve: dans certaines régions du monde, elles se font tuer comme des garçons.

Chez moi, j’assiste souvent, dépitée, au spectacle de deux petits garçons qui jouent à la guerre avec des figurines Lego, à côté d’une petite fille aménageant soigneusement l’intérieur d’une maison Playmobil. Un jour, il faudra qu’on m’explique pourquoi l’égalité des sexes consiste le plus souvent à ce que les filles puissent enfin accéder aux aspects les plus nuls de la vie des garçons.

Rinny Gremaud, journalist.

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