Les retraités auraient généré environ 8 % du PIB français en 2018

En 2018, la population française comptait presque 67 millions de personnes, dont plus de 6 millions étaient âgés de 65 à 75 ans, le plus souvent à la retraite et encore en bonne santé. Pour les retraités, ne plus être actif sur le marché du travail n’est cependant pas synonyme de farniente. Au contraire : si l’on devait monétiser, à un taux horaire de 10 euros (proche du smic horaire brut en 2018), les heures dévolues à la production domestique et aux soins gratuits fournis aux adultes et aux enfants de leur entourage par les retraités français, on estimerait que cette population aurait généré l’équivalent d’environ 8 % du produit intérieur brut (PIB) réel de la France en 2018 (« Retirement and Home Production : A Regression Discontinuity Approach », Elena Stancanelli et Arthur van Soest, American Economic Review n°102/3, 2012).

En fait, le départ à la retraite rend disponible une grande quantité de temps auparavant consacrée au travail et cela se traduit, en plus du temps réservé aux loisirs, par une hausse du nombre d’heures quotidiennes dévolues aux tâches ménagères et aux soins aux proches, pouvant atteindre trois heures par jour.

Hormis une baisse des dépenses liées aux achats alimentaires et parfois de vêtements, le passage à la retraite en France ne s’accompagne pas d’une baisse significative des dépenses de consommation des ménages en couple. Globalement, notre analyse détaillée de l’enquête Insee « Budget des Familles » montre que la consommation des ménages fraîchement retraités est assez proche de celle de leurs homologues quinquagénaires actifs sur le marché du travail (« Household Consumption at Retirement : a Regression Discontinuity Study on French Data », Nicolas Moreau et Elena Stancanelli, Annales d’économie et de statistique n°117-118, 2015).

Moteur de croissance

Ces résultats contrastent avec ceux obtenus pour d’autres pays comme les Etats-Unis, l’Italie ou le Royaume-Uni, pour lesquels la consommation de biens non durables des ménages chute après la retraite. La forte participation des femmes françaises au marché du travail permet sans doute aux couples de maintenir un certain niveau de vie une fois retraités, les ménages bénéficiant non pas d’une seule, mais de deux pensions de retraite. Au total, en France, la consommation des ménages de retraités représente potentiellement un important moteur de la consommation privée et contribue ainsi à la croissance économique.

Cependant, et contrairement à ce qui a pu être observé dans d’autres pays, comme le Canada, les Etats-Unis, le Royaume-Uni ou la Suède, les retraités français ne profitent généralement pas de leur temps libre pour passer plus de temps ensemble, mais plutôt pour accroître leur temps de loisir individuel (« La Vie des couples après la retraite », Nicolas Moreau et Elena Stancanelli, CEPREMAP, 2019). Le mari, en moyenne de deux ans plus âgé que son épouse, prend en général sa retraite plus tôt. Désormais, il participe davantage aux tâches domestiques, à la préparation des repas, et s’occupe plus de ses petits-enfants. Ces ajustements peuvent perturber les arrangements au sein du couple et générer des tensions entre conjoints par le biais de la remise en cause de stéréotypes de genre. Le mari devient désormais « homme au foyer » pendant que sa femme travaille. D’ailleurs, les réformes successives du régime des retraites contribuent à prolonger cet effet en retardant le départ à la retraite des femmes dans les couples où le mari est déjà retraité. Quels qu’en soient les déterminants, il existe bien une augmentation des divorces après le passage à la retraite en France (« Marital Status and Retirement : an Empirical Study for France », Karina Doorley et Elena Stancanelli, IZA, 2019), ce qui requiert l’attention des pouvoirs publics, car cela accroît le risque de pauvreté des ménages de retraités célibataires.

Nicolas Moreau est professeur d’économie à l’université de l’île de La Réunion.
Elena Stancanelli est directrice de recherche CNRS et professeure associée à l’Ecole d’économie de Paris.

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