L’Europe est-elle en guerre civile?

Pendant la messe à Notre-Dame de Paris mercredi 27 juillet, en mémoire du père Jacques Hamel. © 2016 Aurélien Morissard/IP3
Pendant la messe à Notre-Dame de Paris mercredi 27 juillet, en mémoire du père Jacques Hamel. © 2016 Aurélien Morissard/IP3

Avec le meurtre sauvage mardi dernier du père Jacques Hamel, 86 ans, sur l’autel de sa propre église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie, les intégristes islamistes transgressent toutes les règles. Selon un courant politique qui gagne du terrain, le seuil de tolérance par rapport au «vivre ensemble» est sans doute dépassé. Dès lors, le risque que la France et, avec elle, l’Europe, basculent dans la guerre civile n’est pas juste un fantasme.

Après Paris (Charlie Hebdo, Hyper Cacher, stade de France, Bataclan), Nice, Munich, Berlin, personne ne peut vraiment exclure qu’une bande d’allumés descende demain à Molenbeek en Belgique ou dans les quartiers arabes à Paris, à Lyon ou à Marseille et sème la terreur. Les déclarations belliqueuses de nombreux dirigeants politiques, surtout en France, ne sont-elles pas des invitations à passer à l’acte? Première réplique après l’assassinat du père Jacques Hamel: une tête de cochon épinglée mercredi sur le mur de la mosquée à Béthune (Pas-de-Calais), est un acte symbolique fort et détestable.

Lorsque Marion Maréchal-Le Pen annonce son adhésion à l’armée des réservistes, elle ne dit pas autre chose qu’il est temps de défendre la France contre les islamistes. «Ils tuent nos enfants, assassinent nos policiers et égorgent nos prêtres. Réveillez-vous», appelle-t-elle. Le sermon d’Alexandre Mendel, auteur de «La France djihadiste», n’est pas différent: «Le jour où l’Etat islamiste va s’attaquer à nos enfants, ce sera la guerre civile». Nous y sommes, non?

Une tribune dans «Le Figaro» posait cette question le mois dernier: est-ce qu’une escalade de violence pourrait demain pousser des individus à prendre des armes? Réponse: «Le terreau n’a jamais été aussi propice sur le territoire français. A tout moment, l’étincelle peut embraser les esprits particulièrement à vif». En juillet, le patron des services des renseignements Patrick Calvar avait bien exprimé sa vive inquiétude d’un risque de guerre civile» attisé par la menace terroriste.

Le polémiste Eric Zemmour ne balance pas que des insanités. Dès décembre 2014, il prédit une guerre civile entre communautés en Europe. Il met en cause l’islam radical qui cristallise les passions et les haines. Les attentats qui se succèdent lui donnent raison. Mais il met aussi le doigt sur d’autres conflits qui alimentent les braises qui couvent sous les cendres: les grandes métropoles contre les rurales, les vainqueurs de la mondialisation contre les vaincus, les diplômés contre la classe ouvrière. «L’Europe va redécouvrir les joies de la guerre civile», a-t-il encore écrit.

Ram Etwareea, journaliste.

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