L’heure est venue de passer à l’action

Il faudrait tout d’abord établir une masse critique pour déclencher une réaction en chaîne qui rassemblerait les pays européens l’un après l’autre dans une Fédération européenne, ne laissant ainsi de côté que quelques fervents adversaires de principe.

Le besoin d’établir une Fédération européenne est clair. La crise économique actuelle ne fait que souligner ce besoin. Il faut par la même occasion avouer que le rapprochement qui se fait actuellement à la suite des nouveaux accords européens se trouve dans une impasse, dû au fait que les différences d’opinion sur le rôle futur de l’Europe sont trop vastes de pays en pays. Quelques-uns des pays sont fondamentalement opposés à l’unification européenne et tous les efforts pour trouver des compromis sont tombés à l’eau. L’ambition nécessaire pour faire passer les accords européens est disparue et on trouve à sa place un barrage de paroles bureaucratiques et incompréhensibles.

Il faut trouver un tout nouveau moyen de se rapprocher. Il faudrait offrir aux pays européens qui sont sceptiques, l’occasion de s’éloigner de la fédération future sans que l’on soit obligé de prendre en considération leurs souhaits en formulant de futurs projets d’unification de l’Europe, mais plutôt de les laisser à l’écart de la fédération pour pouvoir ainsi, par la suite, conclure des accords séparés avec eux et établir une collaboration à leur goût.

Malheureusement, jusqu’aujourd’hui les gouvernements des pays européens qui mènent le débat sur l’unification européenne ont été assez passifs en ce qui concerne les questions européennes, ce qui n’entraîne qu’une augmentation du pouvoir destructeur des sceptiques en matière de l’Europe. Or, si les gouvernements ne veulent pas mener le débat en faveur de l’unification européenne il faudrait que la communauté elle-même prennent en main cette tâche.

Pour nous sortir du marasme actuel il faudrait établir une assemblée de vingt à trente membres et les charger d’écrire une nouvelle Constitution fédérale pour l’Europe. Il faudrait que les membres de cette assemblée soient des fédéralistes convaincus et qu’ils représentent les diverses régions de l’Europe, qu’ils proviennent de différentes professions et qu’il y ait un nombre égal d’hommes et de femmes.

Il faut que la constitution établisse les institutions nécessaires pour faire fonctionner une Europe fédérale et il faut établir des lois distinctes pour définir les étapes nécessaires à l’adoption de la nouvelle constitution.

Il faudrait que la constitution soit aussi brève que possible tout en restant claire et minimaliste afin de la rendre facilement lisible aux gens. Il est à présumer qu’il y aura un vote populaire à ce sujet dans chaque Etat membre de la Fédération européenne et pour ce faire il est nécessaire que la constitution soit facile à comprendre. Il faudrait que la constitution comporte une provision permettant de la modifier à l’avenir sans nécessiter que la modification soit approuvée par chaque Etat membre.

GAGNER L’APPUI DU PUBLIC

Une fois le projet de constitution terminé, il pourra être introduit au public dans le but d’y trouver son appui. L’appui public existe présentement pour l’aggrandissement du territoire de l’Europe comme par exemple en ce qui a trait à la politique extérieure et à la défense militaire. Or, l’appui public ne vaut pas grande chose si les citoyens n’ont pas de projet concret pour voter pour ou contre. Voilà pourquoi il faut faire un projet de constitution même s’il faut le faire en dehors du gouvernement afin de pouvoir le présenter au public comme projet concret sur lequel faire son opinion.

Une telle initiative prise en dehors du gouvernement pourrait gagner l’appui des gouvernements ou les inspirer à être plus ambitieux dans leurs actions à l’égard de l’unification de l’Europe. Or, même si les gouvernements détournent le projet, celà ne voudra pas dire la mort de la constitution. Dans ce cas il faudrait mettre en marche des campagnes d’information à l’intérieur des Etats membres afin de gagner l’appui du public vis-à-vis de la réalisation de la Constitution européenne. Si nous réussissons à gagner l’appui incontestable du public pour la création d’une constitution fédérale il s’en suivra que les politiciens donneront leur accord.

Et ceci nous ramène à la question : quelle devrait être la dimension de la masse critique nécessaire à la mise en marche de la Fédération européenne? Le nucléus de l’Europe fédérale devrait être formé des pays suivants : la France, l’Allemagne et au moins trois autres pays. L’idée derrière ceci est de faciliter aux Etats qui forment le nucléus de la masse critique de la fédération future de créér la Fédération européenne à eux seuls et sans avoir recours aux autres Etats membres.

Or, la fédération n’est pas nécesairement limitée à seulement cinq Etats. Si la France, l’Allemagne et trois autre pays mènent la barque, il est probable que les autres pays de l’Union européenne les suivent, voulant eux aussi participer au processus et s’associer ainsi à la fédération. Chaque nouvel associé va entraîner les autres à le suivre créant ainsi une réaction en chaîne. Et ceux qui ne favorisent pas une Europe unie vont être écartés et ils ne pourront pas entrâver le travail des autres qui veulent avoir une Europe unie.

La rédaction de la constitution est simple en soi. Les institutions européennes existantes et l’exemple fourni par les autres Etats fédéraux du monde fourniraient l’appui nécessaire. Or, la plus difficile des tâches sera de gagner l’appui nécessaire pour la création de la masse critique nécessaire à l’unification de l’Europe. Et voilà où la France peut jouer un rôle décisif car la France est un pays incontournable en matière de l’unification de l’Europe. De plus, il existe en France une forte tradition de mobilisation de la société et cette tradition pourra servir à faire adopter la constitution. L’heure est venue de passer à l’action.

Vahur Koorits, journaliste au quotidien estonien “Postimees”.