L’intégration européenne comme remède aux déficits publics ?

La semaine dernière, à l’occasion de la réunion du G20, semblait se dessiner un accord sur la nécessité de mettre en place dans les pays développés des plans de rigueur. Cela s’inscrivait dans la continuité d’un plan d’économies de 80 milliards d’euro sur trois ans préparé par Angela Merkel, d’un autre de 100 milliards d’économies promis par Nicolas Sarkozy et de 20 milliards de livres annuels divulgué par David Cameron. Ces trois plans reposaient sur une même logique : réduire les dépenses des administrations consommatrices de ressources, à savoir les administrations centrales, les services sociaux et l’éducation.

Sachant que toutes dépensent, devrait-on envisager une réduction des dépenses dans toutes les administrations ? Le systématique non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et le plan de liquidation de 140 milliards d’euro d’actifs immobiliers de l’Etat sont-ils des solutions pérennes au problème du déficit public ? Ne pourrait-on pas envisager une autre forme de rationalisation de la dépense publique ?

On pourrait, comme le préconisait déjà Robert Schuman en 1954, envisager une mutualisation des dépenses publiques régaliennes des Etats membres de l’Union européenne accompagnée d’un transfert de compétences et de souveraineté vers cette dernière. Alors que les Etats membres ont déjà transféré la politique de délivrance des visas à l’Union européenne avec la signature de l’accord de Schengen et la souveraineté monétaire avec l’adoption de l’euro, on pourrait imaginer le transfert d’autres compétences dont la mutualisation conduirait à des économies d’échelle et une plus grande efficacité opérationnelle.

S’INTERROGER SUR LES MANIÈRES D’AGIR ENSEMBLE

On pourrait ainsi aisément imaginer la création d’un réseau diplomatique unique placé sous la responsabilité du Haut représentant pour les affaires étrangères. Dans tous les pays avec lesquels l’Union entretient des relations diplomatiques, une seule représentation serait nécessaire au lieu de vingt-sept. De la même manière, les forces armées des vingt-sept Etats membres pourraient être fusionnées dans le contingent de l’Union européenne occidentale placées sous l’autorité d’un commissaire européen à la défense. Politiquement, l’Union européenne pourrait parler d’une seule voix et intervenir de manière coordonnée sur des théâtres d’opération à l’étranger, tandis que le coût de la politique étrangère pourrait être divisé par vingt pour chaque Etat membre. Pour la France, une telle économie pourrait être chiffrée environ à 38 milliards d’euro par an. Ce montant qui aujourd’hui représente le service de la dette pourrait être affecté au désendettement. Une plus grande intégration européenne permettrait de réaliser des économies d’échelle et de gagner en efficacité opérationnelle et politique sur la scène internationale.

Il est manifeste que la réduction des déficits publics ne saurait se limiter à une équation comptable simpliste. La réflexion comptable devrait conduire à s’interroger sur les manières d’agir ensemble et partant sur le modèle politique que souhaite se donner notre pays.

Vassili Joannides, professeur à l’Ecole de management de Grenoble et à l’université de technologie du Queensland, Australie.