L’océan doit être placé au cœur des priorités politiques mondiales

La surpêche et le changement climatique menacent une source de nourriture d’importance vitale pour plus d’un milliard de personnes. Ils sont les principaux facteurs de détérioration du plus grand écosystème du monde : l’océan. Celui-ci offre pourtant une source d’oxygène et de régulation du climat à l’ensemble de notre planète, sans compter les emplois et les revenus qu’il génère pour des centaines de millions de personnes.

Si nous ne prenons pas des mesures urgentes pour restaurer et protéger nos océans, nous devrons bientôt faire face à une catastrophe sans précédent pour l’humanité. Nous pouvons corriger ces problèmes. L’océan est parfaitement capable de se reconstituer, et il existe des méthodes éprouvées pour que nous l’y aidions.

Nous devons nous engager plus fermement à inverser le déclin de l’océan et nous devons admettre la gravité de la situation. Comme le rappelle la Journée mondiale de l’océan, chaque 8 juin, l’océan doit être placé au cœur des priorités politiques mondiales, parce qu’il a un rôle déterminant à jouer pour nous permettre de surmonter quelques-uns de nos problèmes les plus pressants, au premier rang desquels la lutte contre le changement climatique et la production durable de nourriture en quantité suffisante pour 10 milliards de personnes d’ici le milieu du siècle. Le sauvetage de l’océan est la clé de la survie humaine.

Nous avons déjà un plan, que la communauté internationale a approuvé et qui définit les modalités de restauration et de protection de nos océans. En 2015, les dirigeants du monde entier ont adopté le Programme de développement durable à l’horizon 2030, assorti de 17 objectifs généraux. L’objectif de développement durable n° 14, « Vie aquatique », et ses dix cibles précisent ce qui doit être fait pour améliorer l’état de l’océan.

Nous concentrer sur la pêche

Nous avons également l’accord de Paris, par lequel les pays s’engagent à réduire leurs émissions de CO2 et à contenir la hausse de la température mondiale bien en dessous de 2 °C, ainsi que les 1 400 engagements volontaires pris lors de la toute première conférence de l’ONU sur l’océan, organisée par la Suède et les îles Fidji en 2017.

Mais ce que nous n’avons pas, c’est du temps. Je demande instamment aux dirigeants du monde entier de trouver et d’exercer au plus vite la volonté politique d’atteindre ces objectifs, d’investir dans des solutions pour l’océan, et d’encourager les entreprises et d’autres acteurs à participer à ce mouvement. L’océan figurait à l’ordre du jour du G7 qui s’est réuni cette semaine au Canada.

Si nous agissons dans quatre grands domaines, nous serons déjà en bonne voie pour y parvenir.

Tout d’abord, nous devons nous concentrer sur la pêche. L’ONU estime que les poissons constituent 20 % des apports en protéines animales d’environ 3 milliards de personnes – ce pourcentage approchant les 100 % dans de nombreuses îles et régions côtières – et qu’environ une personne sur dix dépend de la pêche ou de l’aquaculture comme source de revenu. Les petites pêcheries représentent 90 % de tous les emplois halieutiques dans les pays en développement. Mais des décennies de surpêche, de pratiques de pêche non durables et de pêche illicite ont exercé des pressions extrêmes sur cette ressource vitale.

Le pays hôte du G7 de cette année, le Canada, ne sait que trop bien à quel point le résultat peut être dévastateur. Il a lui-même souffert de la disparition totale de sa pêcherie de cabillaud sur les Grands Bancs de Terre-Neuve, ce qui a entraîné la perte de dizaines de milliers d’emplois.

Il absorbe plus de 93 % de notre chaleur excédentaire

Imaginez un scénario similaire dans un pays en développement vulnérable. Les résultats seraient calamiteux : malnutrition généralisée, chômage, insécurité et migrations forcées. Les signes annonciateurs sont déjà là, exacerbés par le réchauffement des mers qui pousse certains stocks de poissons à migrer hors de portée des pêcheurs locaux.

Que pouvons-nous donc faire ? Concrètement, nous devons mettre en œuvre des accords internationaux destinés à lutter contre la pêche « illicite, non déclarée et non réglementée » (INN). Les mesures qui sont du ressort de l’Etat du port d’attache des navires qui se livrent à une pêche INN visent à les empêcher d’utiliser les ports et de débarquer leurs prises. Nous devons exploiter et partager les technologies les plus récentes de surveillance et de suivi pour traduire en justice les pêcheurs qui pratiquent des activités illégales et pour nous assurer que nos poissons sont pêchés dans une optique de durabilité.

Il convient également d’impulser un nouvel élan au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour que ses membres prennent enfin la décision d’éliminer les subventions à la pêche qui ont des effets préjudiciables. Si les plus grandes puissances économiques de la planète appuient ces mesures de tout leur poids, y compris par des investissements, deux des principaux obstacles à une pêche durable pourraient être levés.

Ensuite, nous devons comprendre que la lutte contre le déclin de l’océan et celle contre le changement climatique vont de pair. Aujourd’hui, l’océan est notre meilleur allié dans la bataille pour réduire le changement climatique, parce qu’il absorbe plus de 93 % de notre chaleur excédentaire et environ un quart de nos émissions de CO2. Mais nous ne savons pas pour combien de temps encore l’océan sera capable de remplir cette fonction, car ses propriétés chimiques et physiques sont en train de changer radicalement sous l’effet de notre addiction aux énergies fossiles.

Mettre fin au déversement de plastique

La solution se trouve dans une combinaison de réductions rapides et drastiques des émissions de CO2 et dans la régénération des écosystèmes des zones humides côtières, qui séquestrent pratiquement 1 million de tonnes de CO2 par jour. Ce « carbone bleu » a été largement oublié jusqu’ici. Pourtant, il offre un potentiel actuellement non exploité, mais considérable, si nous soutenons des systèmes qui favorisent sa conservation.

Troisièmement, nous devons prendre des mesures à tous les niveaux pour mettre fin au déversement de plastique dans l’océan. Chaque année, 8 millions de tonnes de plastique finissent dans l’océan, soit l’équivalent d’un camion poubelle qui se déchargerait en mer chaque minute. Les débris de plastique et les microplastiques traversent les frontières grâce aux courants océaniques. On les trouve partout, même sur les plages les plus isolées d’îles inhabitées, dans la glace arctique, dans les grands fonds marins et dans un très grand nombre d’organismes marins. Une meilleure gestion des déchets est plus que nécessaire, mais elle ne suffira pas.

Nous devons nous montrer plus intelligents en ce qui concerne le plastique, en adoptant un modèle d’économie plus circulaire. Nous devons réduire considérablement notre utilisation des objets en plastique à usage unique, et nous devons éliminer les microbilles présentes dans les cosmétiques et d’autres produits lorsqu’elles peuvent être remplacées par des alternatives non nocives.

Ma dernière recommandation relève à la fois de la pêche et du changement climatique. Il s’agit d’élargir le réseau mondial des aires marines protégées, tout d’abord en réalisant l’engagement du 14e objectif de développement durable de l’ONU, protéger 10 % de l’océan d’ici 2020. Aujourd’hui, nous sommes à environ 7 % : un dernier gros effort pourrait nous donner matière à célébration en 2020, et aider l’océan à améliorer sa résilience au changement climatique, tout en donnant aux espèces marines l’espace suffisant pour se rétablir.

Interdiction des microbilles dans les cosmétiques

Les négociations portant sur le développement d’un instrument international juridiquement contraignant relatif à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones au-delà de toute juridiction nationale sont importantes à cet égard.

Je suis fière des engagements pris par la Suède en faveur d’un océan plus sain. Nous avons protégé 13 % de nos eaux nationales, et nous voulons aller plus loin. Avec nos partenaires européens, nous prônons des mesures strictes contre la pêche illicite et nous travaillons depuis des décennies à ramener nos stocks de poissons à des niveaux durables. De plus, nous avons interdit les microbilles dans les cosmétiques et notre objectif est de devenir un des premiers pays du monde à ne plus utiliser d’énergies fossiles.

Nous devons nous montrer solidaires pour sauver notre océan et investir dans son avenir. L’océan peut paraître immense, presque infini, mais avec sept milliards de personnes sur la planète, la part de chacun d’entre nous ne représente qu’un cinquième de kilomètre carré d’océan. Et cette part se réduit.

Si nous n’agissons pas maintenant, l’effondrement des pêcheries et des écosystèmes marins déclenchera des catastrophes pour l’humanité dans le monde entier. Les populations vulnérables des zones côtières et des îles seront les premières à en souffrir, mais en fin de compte, nous aurons tous besoin d’un océan foisonnant pour ne pas sombrer.

Par Isabella Lövin, vice-première ministre de Suède et coprésidente de l’association Friends of Ocean Action.

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