L’union de tous les démocrates s’impose pour faire avancer l’Europe

Engagé depuis plusieurs années, mon combat contre les perturbateurs endocriniens avait jusqu’alors du mal à franchir le périphérique bruxellois. Pourtant, à la vitesse d’un Thalys, il a fait une entrée tonitruante sur le devant des scènes nationales, quittant les travées du Parlement européen pour s’imposer dans les exploitations agricoles et les jardins français. De la même manière, à l’image des bidons de Roundup dans les rayons de certaines jardineries, les scandales sanitaires débordent toujours des cénacles de l’Union européenne (UE).

A bien des égards, ce mois d’octobre est d’ailleurs révélateur de l’état de l’UE. Entre les votes en commissions parlementaires et en séance plénière, en particulier le 24 octobre, les eurodéputés sont en première ligne pour limiter le renouvellement de la mise sur les marchés du glyphosate. Pas seulement, cependant.

Au-delà des résultats, la réalité européenne s’impose de plus en plus au quotidien avec une prise de conscience de l’opinion publique nationale. Déjà, sur des positions divergentes, mais clairement affirmées, l’Europe a occupé une place inhabituelle lors de la présidentielle dans les campagnes d’Emmanuel Macron, de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, pour ne citer qu’eux. En filigrane des programmes et des profils, entre eurosceptiques et europhiles, nombre d’électeurs français ont transformé les scrutins d’avril-mai en un référendum pour ou contre l’UE.

Pour autant, l’élection terminée, la question européenne ne s’est pas estompée. Au contraire. Le fait est suffisamment important pour ne pas le limiter à la seule question d’un drapeau accroché devant les travées de l’Assemblée nationale.

Le curseur européen s’est déplacé

A l’exemple de l’évolution des agriculteurs conscients d’indispensables alternatives au glyphosate, l’arrivée des grands dossiers européens au plan local constitue déjà une première victoire idéologique. De plus, face à un horizon bouché, elle montre la voie. L’Europe phare éclairé de nos rives nationales ? Jacques Delors en a rêvé.

Le 23 octobre, le conseil des ministres européens du travail a abordé la question des travailleurs détachés. Au premier chef, se pose la question des relations entre Etats et du rapprochement de visions pour le moins divergentes. De même, s’imposait à tous la nécessité de revoir une directive imaginée entre 1996 entre quinze pays dont les écarts de salaires allaient de 1 à 3 et qui, depuis l’élargissement à vingt-huit, sont passés de 1 à 10.

La décision attendue de limiter les détachements est une décision prise au niveau européen, mais sa répercussion a et aura un impact sur les élections européennes de 2019, mais également sur les municipales de 2020. Simplement, parce que les dérives humaines et concurrentielles se vivent au plan local, comme elles ont nourri la campagne du Brexit, alimentant le fantasme national-populiste, exacerbant, dans les villes ou les quartiers, les oppositions sur le droit du travail et les contrats low-cost.

Petit à petit, le curseur européen s’est déplacé jusque chez l’apiculteur désormais capable, pour sauver ses abeilles, d’en appeler à l’Europe afin d’empêcher l’arrivée, chez lui, du sulfoxaflor et des nouveaux néonicotinoïdes.

Ce même curseur s’est, également, déplacé sur la carte politique. De curseur à marqueur, les grandes manœuvres ont, en effet, commencé. Dans des postures et des positions différentes, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et même Marine Le Pen depuis son divorce avec Florian Philippot l’ont parfaitement compris en intégrant le fait européen.

L’UE doit s’ériger en protectrice

Au traditionnel clivage droite-gauche se substitue une fracture entre pro et antieuropéens, entre plus et moins d’Europe. Comment ne pas reconnaître les accents thatchériens de Jean-Luc Mélenchon dans son récent « I want my money back » pour dénoncer la contribution française au budget de l’UE ? Comment ne pas voir dans l’actuel tour d’Europe de Yanis Varoufakis, l’ancien ministre grec des finances, le lancement de la future campagne d’une gauche radicale et de sa tête de liste européenne ?

Face aux replis souverainistes, insoumis ou non, comment ne pas engager le débat sur la valeur ajoutée d’une fédéralisation de la zone euro ?

Le combat européen pour 2019 s’illustre déjà dans les votes d’octobre 2017. Face à la montée des nationalismes – ce week-end encore en République tchèque –, l’UE doit d’abord s’ériger en protectrice, capable d’interdire le glyphosate et les perturbateurs endocriniens, mais, tout autant, de repousser les antieuropéens.

Au moment où les partis politiques en appellent à la refondation et à la clarification, un préalable s’impose : l’union de tous les démocrates pour faire avancer l’Europe.

Gilles Pargneaux, député européen, membre de l’alliance progressiste des socialistes et démocrates.

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