L’Union doit tirer la leçon de la crise grecque

Les pays de la zone euro ressemblent à une escouade de pompiers sans capitaine. La crise grecque et sa gestion calamiteuse ont mis en exergue les faiblesses et défaillances de la zone euro. Depuis plusieurs mois, les gesticulations des dirigeants européens pour éteindre le feu parti de Grèce ont surtout eu pour effet d’attiser la spéculation. Au point que, la semaine dernière, toute la zone euro était sur le point de s’embraser.

Cette situation est incompréhensible pour nos citoyens. Il y a un an, le monde entier a salué le rôle crucial joué par la Banque centrale européenne (BCE) face à la crise de liquidités du système financier mondial. L’Europe est allée à la rescousse de la Hongrie et de la Lettonie – deux Etats qui n’ont pas encore adopté l’euro – lorsqu’ils étaient menacés de faillite.

Mais lorsque l’un des membres de l’équipe – la Grèce – a été blessé, l’Union européenne a eu toutes les peines du monde à l’aider à se relever : retard à l’allumage, manque de volontarisme politique, voire de lucidité, tergiversations politiciennes de la part de la chancelière allemande, défaut de leadership, les raisons ne manquent pas. Dans ces conditions, la bataille contre la spéculation semblait perdue d’avance.

Le résultat est déplorable. Depuis janvier, trois sommets des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE ont été nécessaires pour sauver la Grèce. Du jamais vu. Les capitales européennes ont mis beaucoup moins de temps à voler au secours des banques lors de la crise financière de 2008. Par son intransigeance, Mme Merkel a mis en danger toute la zone euro et acculé le gouvernement grec à solliciter l’aide européenne et internationale. Au final, la facture sera plus élevée pour tout le monde.

Bien sûr, la Grèce est la première responsable de ses difficultés. Nous devons reconnaître aujourd’hui les efforts et le courage du gouvernement Papandréou pour réformer drastiquement le pays et remettre son économie sur les rails. Cela étant, cette crise, la plus grave depuis l’adoption de l’euro, doit nous amener à réfléchir sur l’avenir. L’Europe doit en tirer toutes les conséquences pour éviter une répétition du cas grec.

Imposer la discipline budgétaire

Mon groupe est prêt à apporter sa contribution. Je vois plusieurs pistes de réflexion. Tout d’abord, il est clair que la coordination économique au sein de la zone euro ne fonctionne pas. Nous devons repenser notre stratégie économique. Il faut en priorité renforcer la structure de la zone euro en mettant en place un véritable gouvernement économique : ce ne doit plus être une chimère mais devenir une réalité. Pour reprendre une image chère à l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors, il faut que l’Union économique et monétaire marche sur ses deux jambes. Dans cette perspective, la Commission européenne doit être dotée des moyens de surveillance et de contrôle nécessaires pour imposer la discipline budgétaire.

Mais si la réduction des déficits publics des Etats membres à moyen terme doit rester un objectif, elle ne doit pas devenir une obsession. Et, surtout, elle ne sera pas acceptée par nos peuples si elle aboutit au démantèlement de nos systèmes de protection sociale. Elle doit simultanément être accompagnée d’une politique ambitieuse d’investissements pour soutenir la croissance et l’emploi.

Dans un monde globalisé où la compétition économique est sans merci, l’Europe est au pied du mur. Elle doit afficher son ambition. Le financement de projets pilotes d’intérêt commun, sur le modèle d’Airbus, Galileo et un programme coordonné d’investissement dans l’économie verte où les gisements d’emplois sont énormes, doivent devenir des priorités. Il faut en outre sortir des discours du dimanche la question du soutien à une politique coordonnée dans la recherche et le développement. Aux yeux des sociaux-démocrates, c’est tout le sens de la stratégie 2020 qui doit faire partie intégrante des politiques économiques des Etats membres. L’Europe agissant comme un complément nutritif dans une économie européenne anémique.

Il faut aussi créer un mécanisme de solidarité européenne qui pourrait être activé en cas de défaillance d’un des Etats de la zone euro ; sa mise en oeuvre serait exceptionnelle et assortie de conditions strictes pour l’Etat membre qui en bénéficierait. Cet instrument serait une sorte d’arme de dissuasion. Il faut enfin envisager de renforcer l’arsenal de la BCE. Celle-ci n’a pas aujourd’hui les moyens d’acheter les créances de la dette grecque. C’est un handicap. Si elle en avait eu l’autorisation, elle aurait pu intervenir pour soulager la Grèce. C’est une réflexion à laquelle les Vingt-Sept ne peuvent se soustraire.

Enfin, se pose à nouveau tout le problème de la moralisation du système financier, de la responsabilité des banques dans la spéculation en passant par celle des agences de notation. Les banques doivent participer au rétablissement de nos économies par l’instauration d’une taxe sur les transactions financières et d’une taxe additionnelle sur leurs profits.

Martin Schulz, président du groupe des socialistes et démocrates au Parlement européen.