L’Union européenne doit « changer de cap » et relancer l’idée d’un « projet commun »

«L’homme n’accepte le changement que sous l’empire de la nécessité », disait Jean Monnet. On devrait longuement réfléchir sur ces mots car la crise multiple qu’affronte aujourd’hui l’Union européenne peut servir d’argument de taille pour changer, enfin, de cap politique.

La crise migratoire actuelle n’est que la conséquence attendue de choix politiques fondamentaux de l’Union européenne. En réalité les flux migratoires d’aujourd’hui sont le révélateur d’une double carence qui fait penser à un dysfonctionnement de la mécanique européenne, d’où le besoin de changement de cap politique.

Je m’explique. La première carence concerne la conception même de l’euro qui s’avère être une monnaie uniquement pour le beau temps. Les recettes de rigueur, appliquées au cours de la crise déclenchée en 2008 aux Etats Unis, touchant le sud de l’Europe, mais également le reste de la zone euro, se sont avérées inefficaces et même dangereuses pour le modèle social de l’Union européenne.

La seconde carence concerne la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne qui témoigne du manque d’une volonté politique unique pour promouvoir des objectifs clairs, tant sur la question de l’Ukraine que sur la Syrie.

Politique fragmentée

On se souvient des ministres des affaires étrangères de l’Union européenne, exprimant, au début de la crise en Syrie, en 2011, leur optimisme sur sa durée. Les événements ont cruellement contredit cet optimisme qui n’était basé que sur des vœux pieux. La crise, qui dure déjà depuis cinq ans, vient de déclencher un flux migratoire inédit depuis la seconde guerre mondiale.

L’Union européenne, alors qu’il y a quelques années – en 2008 avec le Pacte européen sur l’immigration et l’asile – elle se disait prête à accueillir des migrants pour des raisons démographiques mais également pour pallier les besoins du marché de travail, aujourd’hui se montre très réservée, très loin des défis posés par la crise migratoire.

Au lieu d’une approche cohérente, claire, garantissant la prospérité, l’ordre et la sécurité de ses citoyens, on constate une politique européenne fragmentée, au cours d’un débat public uniquement axé sur la fermeture des frontières. Et tout cela sur fond d’un repli sur soi. La notion même de l’union dans l’action, qui a fait la force du projet européen, manque cruellement, marquant une étape de l’histoire européenne dont les conséquences peuvent être décisives pour son avenir.

L’union dans la diversité, prônée par ses pères fondateurs, est ainsi piétinée par certains pays membres, qui ont adhéré au projet commun pendant les années 1990, comme l’Autriche et les pays du groupe de Visegrád.

Mettre sur pied une politique de l’immigration

L’unité européenne est mise en cause, ainsi que la survie du projet européen. C’est pourquoi il y a urgence d’une action collective, cohérente et ciblée pour changer le cap au cours de ce temps de confusion. Les mots d’un grand Européen, l’ancien président de la République de la Grèce, Constantin Caramanlis contre les sceptiques et les fossoyeurs de l’unité européenne, sont d’une actualité brûlante : « Aveuglés par les différences de surface, ils n’ont pas su voir l’unité de la profondeur. »

Justement aujourd’hui, on reste à la surface des choses alors que l’on devrait commencer à mettre sur pied une politique de l’immigration ferme, cohérente et ciblée, la seule qui puisse garantir l’avenir d’Union européenne.

On en est très loin. Mais on doit commencer à y œuvrer dès aujourd’hui, loin des mesquineries, loin de ce repli sur soi qui est aussi dangereux pour le projet commun européen que pour ces pays qui se croient à l’abri de la crise en fermant leurs frontières. On doit commencer à œuvrer dès maintenant pour l’application effective de tous les volets du Pacte européen sur l’immigration et l’asile.

On devrait également essayer d’articuler une politique étrangère commune, par la promotion active des initiatives visant à changer la donne sur l’échiquier du Moyen Orient – l’accord de Vienne du 14 juillet 2015 avec l’Iran sur son programme nucléaire marque des perspectives nouvelles pour l’économie de l’Union européenne qu’il ne faut pas rater. L’Union européenne doit saisir l’opportunité de la crise pour déclencher la dynamique qui puisse faire d’elle un pôle de puissance à la hauteur de la conjoncture actuelle. Une conjoncture marquée par l’instabilité économique et financière et la fluidité des marchés internationaux.

En même temps, on doit œuvrer sur l’architecture institutionnelle de l’Union européenne pour y insérer la dimension régionale, un facteur crucial pour la décentralisation du pouvoir en faveur de la démocratie, de la transparence et de l’efficacité. L’Union européenne doit à tout prix gagner ce pari vital. Car plus que jamais on a besoin de l’Europe, de ses valeurs démocratiques, de son modèle social, de sa stabilité, de son ordre.

Selon un vieux dicton, l’Union européenne connaît l’art de toujours rater ses chances aux moments cruciaux de son histoire. Le temps est-il enfin venu de mettre fin à cette triste tradition ?

Rena Dourou (Membre du parti Syriza et présidente de la région d’Attique, Grèce)

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