L’urgence d’une législation antiterroriste adaptée ou d’un “Patriot Act” à la français

Les signaux étaient déjà là et ils étaient clairs : affaire Merah, plus de trois ans déjà, massacre de juifs dans l’Hyper Cacher et des membres de la rédaction de Charlie Hebdo en janvier, église de Villejuif, Thalys, complots déjoués par dizaines, des centaines de djihadistes français qui tuent hors des frontières, des milliers qui menacent au cœur du pays, plus nombreux encore ceux qui les soutiennent.

Des faits qui indiquaient l’urgence d’une législation antiterroriste adaptée ou d’un « Patriot Act  » à la française. Au lieu de cela, nous avons eu des cris d’orfraie. Un « Patriot Act  » ? Ce serait l’horreur, à en croire certains. Il y aurait même du George W. Bush là-dessous. Certes, mais Barack Obama l’a-t-il, sans raison, à nouveau promulgué en 2011 ? Pourquoi a-t-il même laissé ouvert le fameux camp de Guantanamo où sont détenus les terroristes, certains à vie, selon le secrétaire d’Etat à la défense  ?

L’horreur, n’est-ce pas ce qui s’est passé le 13 novembre, faute d’avoir pris les décisions qui se devaient  ? L’erreur n’était-elle pas d’être incapable de définir stratégiquement l’ennemi – l’islamisme djihadiste – et de se donner les moyens d’une protection et d’une intervention, au lieu de réduire le budget de la défense, les effectifs de la police, de la gendarmerie et de l’armée  ? L’erreur n’est-elle pas d’avoir inventé la thèse du « loup solitaire  », comme si les loups ne chassaient pas en meute  ? L’errance n’est-elle pas de s’être trompé d’ennemi au point de partir en guerre avec d’autres djihadistes que ceux de l’Etat islamique contre le dictateur Bachar Al-Assad en Syrie, et contre la Russie de Vladimir Poutine, qui nous tendait pourtant la main  ?

Enfermer systématiquement l’ennemi

Depuis quelques jours, le président François Hollande tricote ce qu’il condamnait hier. Tant mieux ! Sortant du débat qui fut trop longtemps le sien, liberté contre sécurité, il tente de donner les moyens de préserver la première des libertés humaines, ce droit intangible, ce socle des libertés publiques : assurer l’inviolabilité de la vie. Son premier ministre, Manuel Valls, a même rangé au grenier cette vieille lune de l’intégration, dont l’effet le plus visible dans cette nation civique française fondée sur l’assimilation des valeurs universelles et le partage de son mode de vie sucré fut la désintégration sociale.

Hélas, la cohérence n’est pas plus aujourd’hui qu’hier au rendez-vous. On évoque un état d’urgence quand il faudrait mettre en place un « Patriot Act » dans la durée. Et des mesures à la hauteur des enjeux.

Exigence d’un « visa de retour », déchéance de la nationalité française en cas de double nationalité, assignations à résidence des combattants français sans uniforme qui reviennent de leur djihad à l’étranger ? Les avancées du gouvernement sont belles. Mais qui les empêchera de fuir et de contacter les réseaux terroristes, à la façon dont l’a fait le djihadiste algérien Saïd Arif en 2013 ? Pour mémoire, ce dernier avait été condamné en 2007 à une peine de dix ans de prison pour avoir fomenté un projet d’attentat à la tour Eiffel.

Alors, sommes-nous en guerre ? Ces djihadistes français combattent avec les ennemis de notre armée – un fait de trahison –, et ce sont des combattants illégaux, puisque l’Etat islamique n’est pas reconnu. Dès lors, dans l’expression « liberté surveillée », il y a un mot de trop. Enfermer systématiquement l’ennemi, tant que dure cette guerre – à vie s’il le faut –, vaut mieux que le laisser courir dans la nature après ses proies.

Ces quelques mesures sont-elles même cohérentes avec la décision prise de laisser entrer des milliers de migrants, sans contrôle de leur passé, de leurs intentions, de leur désir d’être français  ? Voilà le retour de cette idéologie de l’intégration dont l’échec est patent. Et puis, jeunes pour un grand nombre, ces migrants préfèrent-ils fuir que de se battre pour la liberté de leur patrie ? Comment pourraient-ils assimiler les valeurs du pays de Charles de Gaulle et se battre demain, en patriotes, pour lui ?

Certes, fermer des mosquées islamistes, laisser aux policiers leur arme quand ils sont hors service et imposer le respect de la loi sur le niqab vont dans le bon sens. Créer 8 000 postes de policiers, c’est mieux encore. Mais ne doit-on pas autoriser par la loi la perquisition des nids islamistes, nuit et jour, des domiciles de ceux qui, par leurs actes, paroles ou comportements, disent la haine du pays  ?

Ecoutes, suivis, surveillance  : je sais les cris poussés face à l’arsenal juridique français de surveillance. Les cris d’effroi de nos amis morts sous les balles doivent réveiller les âmes mal faites. Néanmoins, le renseignement appelle une refonte des structures, des effectifs, des moyens et, surtout, un autre état d’esprit  : celui d’une coordination avec nos alliés dans cette guerre. Comment ne pas remarquer cette incohérence : alliance avec Poutine, mais pas avec Assad ?

Un « Patriot Act  » ? Il le faut, donc. Certains s’inquiètent d’une absence de contrôle de l’exécutif. Aux Etats-Unis, une cour de justice de onze juges fédéraux, indépendante de la haute administration, la « Foreign Intelligence Surveillance Court  » surveille. L’idée était de Ted Kennedy. Effective depuis 1978, elle n’est ni de gauche ni de droite. Pourquoi ne pas créer une telle cour indépendante de l’administration  ?

Mais le vrai « Patriot Act  » est l’acte de la patrie. Avec, en première ligne, les Français musulmans qui ont donné tant des leurs dans les tranchées de 1914-1918, dans la Résistance autour du général de Gaulle. Ils sont les plus aptes à traquer l’ennemi commun, et sauver notre nation ne pourra se faire sans leur aide.

Hélas, au sommet de l’Etat, dans l’opposition parfois, au lieu de cet esprit de la nation civique en guerre, je vois encore des calculs à court terme et des ambitions pour soi-même. Le malheur de la France ne vient jamais de son peuple, ni de ses valeurs, mais de ses dirigeants quand ils sont incapables de l’élever jusqu’à la défense de son unité civique, qui est sa nature, et de ses valeurs universelles, qui sont son destin.

Yves Roucaute est professeur agrégé de philosophie et de science politique, enseignant à l’université Paris-X. Il est l’auteur de La Puissance d’humanité. Du néolithique aux temps contemporains ou le génie du christianisme (Contemporary Bookstore, 2011).

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