Manger léger, courir… et protéger ses données

Le monde est en guerre. Avec 5 millions d’attaques quotidiennes répertoriées, des millions de nouveaux combattants qui se bousculent sur le front chaque semaine, l’ampleur du conflit s’avère immense. Il s’agit bien sûr de cyberattaques et de virus informatiques mais, comme la technologie structure désormais nos sociétés, l’enjeu devient vital. La vigilance doit même être augmentée au moment où la voiture autonome – susceptible d’être hackée, elle aussi – va envahir nos routes. Si un pays s’est imposé comme leader dans le secteur, c’est Israël, où prospèrent plus de 400 entreprises spécialisées, un chiffre énorme rapporté à la taille du pays. Et Israël – que nous avons appris à écouter en termes de sécurité après la vague d’attentats terroristes en Europe – a quelque chose à nous dire à ce sujet.

Après les Etats-Unis, c’est le pays le plus attaqué par voie informatique. Au sein de la Start-Up Nation – du nom d’un livre qui a raconté le phénomène en 2009 déjà –, les entreprises naissent avec facilité et continuent de croître là où leurs fondateurs les ont créés. Qui plus est quand il s’agit du secteur de la défense. Des universités d’excellence, un centre d’innovation global avec 270 multinationales de la tech présentes ici, un écosystème de financement ultra-performant (le deuxième après la Silicon Valley), comptent comme autant d’éléments qui expliquent ce succès.

Mais si ce pays occupe la place de numéro un dans la cybersécurité depuis trente ans – ainsi que dans le domaine des drones, qu’il a inventés –, cela tient aussi à une raison très spécifique. Israël a développé une approche unique qui combine les unités d’élite de l’armée à l’université et au monde des start-up. Avec un service obligatoire de 3 ans pour (quasi) tous, une sélection impitoyable qui réunit les étudiants les plus brillants autour de projets technologiques appelés à devenir des entreprises, l’Etat a à la fois créé une école de management et un incubateur parmi les meilleurs du monde.

Aujourd’hui, les observateurs rencontrés en Israël pointent du doigt une nécessaire révolution des mentalités. Comme on pense tout le temps à sa sécurité personnelle en se baladant dans la rue en Israël, mais aussi en Europe désormais, il faut faire de même sur le Web. Comme le dit un expert, la cybersécurité, c’est un peu comme la santé… mais avec la médecine d’il y a 100 ans! Alors que la population sait depuis longtemps qu’elle doit faire attention à sa forme physique et à son alimentation pour rester en bonne santé, en ce qui concerne le numérique la plupart d’entre nous pense encore qu’il n’y a pas besoin d’avoir une bonne hygiène et qu’une simple pilule va nous sauver. Autant dire qu’une prise de conscience générale devient urgente. Alors que la plupart des solutions viendront des universités et des entreprises, les pouvoirs publics peuvent utilement entrer dans la danse: il leur suffit de décider d’enseigner le code aux enfants à l’école.

Stéphane Benoit-Godet, journaliste.

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