Moscou n’a aucun motif pour occuper la Biélorussie

L’exercice stratégique conjoint des forces russes et biélorusses « Zapad 2017 » [« Ouest 2017 »] a suscité une vague d’inquiétude sans précédent et attiré une fois de plus l’attention sur la Biélorussie. Coincée entre l’Union européenne [UE] et la Russie, la Biélorussie apparaît rarement dans les médias occidentaux et, lorsque c’est le cas, elle est presque systématiquement qualifiée de « dernière dictature européenne », avec ses prisonniers politiques et ses violations permanentes des droits de l’homme.

Libéralisation politique

La situation a commencé à changer un peu à la suite des accords de Minsk, dans lesquels la Biélorussie a joué un rôle significatif pour la résolution du conflit ukrainien. De nombreux Occidentaux ont pu découvrir à cette occasion que le pays, considéré jusque-là comme un simple satellite de la Russie, menait sa propre politique étrangère et connaissait des changements intérieurs que l’on peut qualifier de libéralisation politique.

La Biélorussie reste une alliée proche de la Russie dans de nombreux domaines. Le président Alexandre Loukachenko a habilement géré la relation du pays avec la Russie, et a utilisé cette relation pour faire de Moscou la principale source de subventions vitales pour l’économie. Ces subventions sont considérées comme le prix consenti par la Russie pour obtenir l’alignement de la Biélorussie et maintenir des installations militaires sur son territoire.

Les sondages montrent que, si les Biélorusses veulent garder de bonnes relations avec la Russie, ils entendent également maintenir Moscou à distance. Minsk, en somme, recherche un équilibre géopolitique entre une Russie de plus en plus agressive et l’Occident, afin de garantir sa sécurité et sa stabilité en tant que pays « géographiquement neutre ». Dans cette perspective, Minsk est prêt à faire certaines concessions à l’Occident (en modérant par exemple la répression contre les opposants et en ouvrant un dialogue sur les droits de l’homme avec les Etats-Unis et l’UE), à la condition que celui-ci ne remette pas en cause le système politique en place.

Un sondage récent montre que, si les Biélorusses sont intéressés par l’UE, c’est avant tout parce qu’ils la pensent capable de contribuer aux réformes économiques et au développement de leur pays (32,6 % des sondés). Seuls 8,9 % des Biélorusses estiment que leur pays pourrait profiter de la coopération avec l’UE dans les domaines de la démocratie et de la bonne gouvernance.

Un étonnant degré de liberté

En tout cas, le dialogue UE-Biélorussie a fourni des possibilités d’intervention plus larges à la société civile. Des représentants des partis et groupes d’opposition rencontrent des responsables gouvernementaux, des membres de think tanks indépendants et des militants de la société civile participent (y compris à la télévision d’Etat) à des débats publics sur des sujets sensibles pour le gouvernement. De telles possibilités étaient inimaginables il y a encore cinq ans.

Les citoyens biélorusses bénéficient d’un accès à Internet quasiment sans restriction, et les médias biélorusses en ligne jouissent d’un étonnant degré de liberté. Il est possible d’acheter certains journaux d’opposition auprès du système public de distribution. Ne serait-ce que pour ces avancées, il convient de se féliciter du dialogue entre Minsk et Bruxelles.

Quant aux manœuvres « Zapad 2017 », les spécialistes biélorusses ont été surpris de constater que ces exercices de routine, planifiés depuis longtemps, suscitaient de telles inquiétudes et des commentaires aussi alarmistes, sinon hystériques, dans les pays voisins et même dans la bouche de certains responsables militaires occidentaux.

Moscou n’a aucun motif pour occuper la Biélorussie, sans parler de déclencher une guerre avec l’OTAN. Les experts militaires des pays membres de l’Alliance atlantique (et d’Ukraine) savent parfaitement qu’il est impossible de dissimuler le transfert de 100 000 hommes de la Russie vers la Biélorussie, ni d’occuper la Biélorussie avec les 3 000 soldats russes qui participent officiellement aux exercices en territoire biélorusse. Il ne fait donc aucun doute que les politiciens qui propagent ce genre de fausses informations le font à des fins uniquement politiques, à savoir attirer l’attention des Etats-Unis sur leur propre sécurité nationale et améliorer leurs résultats électoraux.

Pour les citoyens biélorusses, Zapad 2017 n’est absolument pas inquiétant ; les gens s’intéressent davantage aux problèmes sociaux et politiques. Les manœuvres conjointes ne sont un sujet de discussion que parmi les utilisateurs politisés des réseaux sociaux et les militants d’opposition, effrayés par les actions russes en Ukraine. Heureusement, ces exercices militaires n’ont lieu qu’une fois tous les quatre ans.

Par Dzianis Melyantsou, analyste à l’Institut biélorusse pour les études stratégiques. Traduit de l’anglais par Gilles Berton.

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