Ne cédons pas au catastrophisme climatique

Dans une contribution récente (Libération, 17 mars), la secrétaire d’Etat chargée du Développement, et de la Francophonie, affirme que «87% des catastrophes climatiques ont un lien avec le réchauffement de la planète». Cette affirmation est doublement fausse, et elle est malheureusement révélatrice d’un certain catastrophisme climatique. Pour l’appuyer, Mme Girardin cite «les dernières données du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques». Or, ce n’est pas ce que dit cette institution, qui affirme seulement que 87% des catastrophes naturelles (et non pas «climatiques») seraient «liées au climat» (et non pas «liées au réchauffement de la planète»).

Mais qu’appelle-t-on alors les catastrophes «liées au climat» ? L’ONU s’appuie sur les statistiques annuelles produites par l’Université de Louvain, et la compagnie de réassurance Munich Re. Et l’on comprend alors mieux d’où vient ce chiffre de 87% : il s’agit du total des événements «météorologiques» (ouragans, tempêtes), ou«hydrologiques» (inondations), ou encore «climatologiques» proprement dits (températures extrêmes, sécheresses, feux de forêt). Aucun lien avec le réchauffement planétaire. La meilleure preuve en est que la proportion de ces événements, au regard du total des catastrophes naturelles, est à peu près constante depuis 1980 ! Il y a plus. La manière dont les bases de données recensent les catastrophes naturelles les conduit à annoncer une augmentation mécanique de leur nombre d’année en année. Car, elles ne comptabilisent pas les événements réels, mais ceux ayant causé un certain nombre de victimes, ou qui ont dépassé un certain seuil de dommages économiques, ou qui ont fait l’objet d’un appel à l’aide internationale. Des statistiques non pas physiques, mais politiques, dont l’évolution reflète l’accroissement de la population mondiale et de la richesse planétaire.

C’est pour cela que le nombre d’événements «géophysiques» (tremblements de terre, tsunamis, activité volcanique, en tout 13% du total) recensés est en augmentation constante depuis le milieu des années 80… alors qu’il n’y a aucune raison scientifique pour que leur nombre réel ait augmenté ! Ajoutons enfin que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), pour sa part, reste extrêmement prudent sur les données actuelles : il n’accorde qu’un «faible» degré de confiance à la conclusion selon laquelle le changement climatique ait pu, depuis 1950, causer des sécheresses plus intenses ou plus longues, ou une intensification des ouragans.

On peut comprendre que, dans le cadre de la préparation de la grande conférence sur le changement climatique, qui doit se tenir à Paris, fin 2015, le gouvernement français se mobilise pleinement, et tente d’alerter les opinions sur les enjeux de ce thème. Mais son empressement, légitime, ne doit pas justifier une présentation fausse des données du débat, même si c’est de bonne foi.

Bruno Tertrais, Maître de recherche, Fondation pour la recherche stratégique (FRS)

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