Ne pas sacrifier le français au nom de la cohésion du pays

A l’heure même où sonne la rentrée des classes, le débat sur l’enseignement des langues étrangères est une fois de plus relancé. Le canton de Thurgovie ne veut plus qu’une seule langue étrangère à l’école primaire: l’anglais. Dans mon canton de Schaffhouse, le Grand Conseil a récemment transmis un postulat proposant plus ou moins la même idée. Il ne tranche pas la question de savoir si la première langue nationale doit être l’anglais ou le français. Obwald et Saint-Gall et depuis hier Nidwald s’engagent dans la même direction. Je souligne qu’à Schaffhouse, cela fait déjà six ans que les écoliers apprennent l’anglais à partir de la 3e année primaire.

De plus, le Plan d’études 21 (Lehr­plan 21) est à l’ordre du jour. D’ici à la fin de 2014, celui-ci doit concrétiser l’article constitutionnel 62 sur l’harmonisation de l’instruction publique. Le Plan d’études 21 demande explicitement que la première langue étrangère soit enseignée à partir de la 3e année et la deuxième langue étrangère à partir de la 5e année primaire. Et c’est très bien ainsi. Bien que la souveraineté en matière de formation appartienne aux cantons, les paramètres les plus basiques devraient être formulés par la politique nationale. Je considère donc que les efforts déployés par la Suisse orientale en matière linguistique vont dans la mauvaise direction.

En effet, pour le bien de la cohésion nationale, c’est le français qui doit rester la première langue étrangère pour nous. Tout comme l’allemand pour les Suisses romands. Cette décision de pure politique institutionnelle doit primer le facteur temporel – autrement dit: la question de savoir quand on doit concrètement commencer d’apprendre les langues étrangères. Certes, le français est plus difficile à apprendre et moins utilisé que l’anglais. Si nous tenons toujours à notre quadrilinguisme, la première langue étrangère doit toutefois impérativement être une langue nationale.

L’anglais a considérablement accru son influence du fait de la globalisation et à travers les nouveaux médias, Internet, etc. Ce changement n’est, en soi, pas à déplorer. Mais il ne profite pas particulièrement à la Suisse, nation portée par une volonté politique commune, ni à son identité, sa culture, ses valeurs, ses traditions et sa cohésion. En fin de compte, c’est avant tout l’économie (internationale) qui tire profit de l’anglais. A titre personnel, j’attache plus d’importance au français pour le développement social et l’esprit de corps dans notre pays.

Ma fréquentation de l’Ecole supérieure de commerce de Neuchâtel ainsi que mon cursus MBA à la Fordham University à New York m’autorisent à porter un regard nuancé sur l’importance de ces deux langues étrangères. En tant qu’entrepreneur et politicien, mais aussi en tant que citoyen, j’ai affaire à ces deux langues tous les jours. Au Conseil des Etats, chacun-e intervient dans sa langue maternelle; rien n’est traduit. Et c’est aussi très bien ainsi. Cela nous pousse, nous les parlementaires, à perfectionner nos compétences linguistiques si nous voulons comprendre nos collègues – ou même simplement nous faire entendre.

La maîtrise des langues, dans un environnement où fait rage une vive concurrence, a et conservera pour un pays pauvre en matières premières comme la Suisse une importance cruciale. Malgré un nombre élevé d’enfants de migrants, pour qui l’allemand lui-même représente déjà la première langue étrangère, un nivellement par le bas serait catastrophique. Tant l’anglais que le français – auxquels on pourrait d’ailleurs ajouter l’italien – doivent conserver leur place dans notre système scolaire performant. Si l’on veut éviter que la barrière de rösti ne se renforce, le français doit rester le premier choix.

Thomas Minder, entrepreneur et homme politique.

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