Ne tirez pas sur Madame May!

Tous partis confondus, la classe politique britannique reproche à Theresa May de n’avoir pas su négocier un accord qui aurait permis au Royaume-Uni de sortir de l’Union européenne, tout en gardant accès au marché unique aux mêmes conditions que précédemment. Le reproche est injuste, car cette solution n’était pas au menu. Il est facile d’expliquer pourquoi.

Si vous aimez jouer au golf et que vous habitez en face d’un terrain de golf, le mieux est de devenir membre du club. Vous pourrez ainsi jouer quand vous le voudrez, prendre part aux décisions, voter sur l’admission de nouveaux membres, etc. Si vous aimez jouer au golf et que vous ne voulez pas devenir membre du club, vous devez vous attendre à devoir payer un prix plus élevé que les membres lorsque vous voudrez y jouer. C’est le cas de tous les clubs sportifs: golf, tennis, fitness, etc.: les tarifs sont plus élevés pour les non-membres que pour les membres. C’est la loi. En effet, comme il est toujours préférable de faire payer les autres plutôt que de payer soi-même, les membres vont fixer des tarifs plus élevés pour les non-membres que pour eux-mêmes. C’est humain.

Enfin, si vous décidez de sortir du club, il vaudra mieux renoncer à jouer au golf. Si vous voulez néanmoins pouvoir continuer à jouer, vous devez vous attendre à devoir payer le prix fort. En effet, les membres du club ne sauraient tolérer que celui qui quitte le club vienne jouer aux mêmes conditions que précédemment. S’ils l’acceptent, tous les membres voudront quitter le club et, dans ce cas, qui s’occupera d’entretenir les pelouses et les bâtiments? Chacun doit comprendre que celui qui quitte le club est moins bien loti que ceux qui y restent. Il y va de la survie du club.

Il n’y a pas de punition

Ainsi, il est inutile de reprocher aux 27 de vouloir «punir» le Royaume-Uni. Si ce dernier veut continuer à avoir accès au marché unique, les 27 n’ont d’autre choix que de faire en sorte que le prix à payer soit plus élevé que pour ceux qui restent dans l’Union. Toute autre solution signifie la fin de l’Union. Or, l’Union, c’est 60 ans de paix en Europe occidentale.

De même, il est inutile de rappeler que la Grande-Bretagne a les atouts en mains. Il est évident qu’elle en a. Mais la seule question est de savoir qui en a le plus. Dans les relations internationales, tout dépend en effet des rapports de force. Or, comment imaginer que c’est le Royaume-Uni qui a les meilleures cartes en mains, face à une Union européenne qui s’étend du Portugal à l’Estonie et de la Finlande à Malte? L’Union peut vivre sans le Royaume-Uni. Celui-ci ne peut pas vivre sans l’Union.

En outre, quand on entame une négociation, il faut avoir des alternatives. Or, pour le Royaume-Uni, quelles sont les alternatives? L’autarcie? La Birmanie et la Corée du Nord ont suivi ce modèle. On a vu à quel degré de pauvreté l’autarcie a conduit ces deux pays, qui font aujourd’hui machine arrière. Chercher des partenaires commerciaux hors d’Europe? C’est devenir la colonie des Etats-Unis de Donald Trump, qui sont de toute manière en train de fermer leurs frontières. La Chine? Ce n’est pas la porte à côté et c’est se mettre à la remorque d’un régime autoritaire. Belle perspective pour les nostalgiques de l’Empire et pour ceux qui parlaient de reconquérir la souveraineté.

L’aveuglement des Suisses

Ainsi, contrairement à ce qu’affirmaient les avocats du Brexit, il était évident bien avant le vote du 23 juin 2016 que le Royaume-Uni obtiendrait des termes moins favorables que ceux dont il bénéficiait jusque-là, s’il tenait à garder un accès au marché unique. Le Royaume-Uni ne sera plus représenté au sein des organes décisionnels (Conseil et Commission). Il ne participera plus aux décisions des instances européennes; il n’aura d’autre choix que d’accepter les décisions des 27 ou de renoncer à l’accès au marché unique. Sans mentionner la chute de la livre, les banques qui délocalisent et les cerveaux les plus brillants qui se préparent à quitter le pays.

On mesure ainsi l’aveuglement des Suisses qui se sont réjouis du vote sur le Brexit et qui ont déclaré que la Suisse pourrait bénéficier des avantages que le Royaume-Uni obtiendrait de l’Union européenne. Se mettre à la remorque du Royaume-Uni, c’est un aller simple vers la dépendance. C’est un aller simple vers la paupérisation. Belle perspective!

François Bugnion, docteur ès sciences politiques.

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