New Deal mondial

Après une décennie 2000 placée sous le signe de l’éclatement des bulles spéculatives, les années 2010 s’ouvrent avec une configuration inédite. La multipolarité est effective, marquée par la domination des pays émergents en matière de production, de réserves financières, de capitalisation et de levées de fonds.

Les révolutions du monde arabo-musulman ont mis fin à l’échange ambigu de la stabilité politique au prix de la privation des libertés, contre l’accès garanti au pétrole. Le cycle de baisse des prix et des taux d’intérêt cède face au renouveau de l’inflation, qui dépasse 6 % en Chine, en Inde et au Brésil.

LIMITES DU SYSTÈME PRODUCTIVISTE

Enfin, la tragédie japonaise acte les limites du système productiviste mis en place après la seconde guerre mondiale comme celles du modèle industriel du “juste à temps”.

La mondialisation n’a pas été enrayée par la crise, mais elle se restructure. Elle n’est plus tirée par les exportations des émergents vers les consommateurs des pays développés, mais par le commerce Sud-Sud.

Elle se polarise autour de grands axes régionaux organisés autour des Etats-Unis, de la Chine, de l’Inde, du Brésil, de l’Allemagne, de la Russie, de l’Afrique du Sud, de la Turquie… Cette nouvelle donne, cumulée avec la reconstitution de bulles liées à une création monétaire débridée et le retour de l’inflation, contribue à une très forte volatilité.

La multiplication et l’interaction des krachs et des chocs réhabilitent la nécessité d’une réassurance. Mais le capitalisme universel, devenu multipolaire, ne dispose plus d’un garant ultime, comme ce fut le cas au XIXe siècle avec le Royaume-Uni ou au XXe siècle avec les Etats-Unis. Et les instruments classiques de la politique économique montrent leurs limites.

L’action conjoncturelle est privée de toute marge de manoeuvre dans les pays développés par le niveau des dettes publiques (100 % du produit intérieur brut contre 34 % dans les pays émergents) et l’intervention démesurée des banques centrales.

KEYNÉSIANISME PLANÉTAIRE

L’effondrement du crédit et le risque mondial de déflation provoqué par la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008 ont justifié un keynésianisme planétaire associé à une lutte efficace contre le recours au protectionnisme.

La priorité va désormais aux politiques structurelles destinées à convertir les modèles économiques, à répondre aux nouveaux moteurs de la croissance (nouvelles classes moyennes du Sud, économie de la connaissance, environnement, vieillissement), à repositionner les nations et les pôles régionaux dans la mondialisation.

Plus que jamais, les choix de politique économique seront décisifs. Ils dépendront de cinq facteurs.

1) La capacité à réformer les contrats politiques et sociaux et à peser sur les grands équilibres (entre épargne, investissement et consommation, entre demande intérieure et exportations, entre partage et inégalités, entre Etat et marchés, entre rôle des entrepreneurs et pilotage du développement…).

2) La reconstitution de marges de manœuvre, ce qui implique le désendettement des banques et surtout des Etats.

3) La coordination des instruments et des institutions, au plan interne où l’articulation entre politique monétaire, budgétaire et fiscale est vitale, mais aussi entre les grands blocs régionaux pour la gestion des risques systémiques.

4) La prise en compte de l’horizon de long terme, contre la funeste doctrine Greenspan consistant à concentrer tout l’effort sur le risque le plus immédiat, comme le fait encore la Réserve fédérale américaine (Fed) avec les programmes de quantitative easing (assouplissement monétaire quantitatif).

5) La rapidité de la réaction face aux chocs.

REVANCHE SUR L’OCCIDENT

Les risques et la volatilité sont partout, mais la politique économique est nettement plus active et efficace dans les pays émergents que dans les grands pôles du monde développé.

La Chine accorde la priorité à la demande intérieure –avec une hausse des salaires de 30%–, à la réduction des inégalités, à la lutte contre la pollution et à l’internationalisation du yuan. Mais les Chinois refusent, au nom de leur développement et… de la revanche sur l’Occident, d’assumer une part de responsabilité face aux risques planétaires.

La mondialisation reste ainsi sous la double menace des économies zombies du monde développé et des failles du multilatéralisme que le G20 ne parvient pas à combler. Elle constitue un bien commun à la merci du «chacun pour soi», seul véritable facteur que l’on retrouve dans toutes les politiques économiques.

Par Nicolas Baverez, économiste et historien.

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