«Non à la paix» en Colombie: reprendre le chemin de la guerre n’est pas une solution

«Y ahora qué?» Et maintenant quoi? Non à la «paix»? Ce dimanche 2 octobre, une infime majorité des Colombiens (50,21% avec 53 894 voix de différence) se sont prononcés contre les accords de La Havane entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).

L’autre moitié des votants est en état de choc. Non à la paix? Impossible. Les régions les plus touchées par le conflit se sont pourtant mobilisées pour le «oui», montrant leur volonté de pardonner et de passer à autre chose.

Et maintenant alors? Au-delà de l’énorme déception de savoir autant de Colombiens opposés au texte de 297 pages, la probabilité que l’accord soit jeté aux oubliettes après quatre ans d’intenses négociations, plus de cinquante ans de conflit et plusieurs tentatives de négociations de paix, est faible.

Volonté de paix de tous

Dans son allocution de dimanche soir, Juan Manuel Santos s’est déclaré président de tous les Colombiens et, au nom de la stabilité du pays, a annoncé la poursuite du cessez-le-feu bilatéral et s’est montré toujours disposé à négocier avec les FARC. Il a également allégué de la volonté de paix de tous, tant des partisans du «non» que du «oui».

Santos a déjà organisé une grande partie du financement de la construction de paix, notamment par la communauté internationale. Et surtout, les intérêts économiques liés à la cessation du conflit avec les FARC pour «libérer» certaines régions riches en ressources naturelles et ainsi attirer les investisseurs étrangers et dynamiser l’économie, sont nombreux. Au-delà du prestige personnel, le référendum était surtout un pari politique, plutôt qu’une obligation constitutionnelle.

Il est peu probable que les dirigeants des FARC repartent dans les montagnes

Il est aussi peu probable que les dirigeants des FARC repartent pour les montagnes colombiennes. Ils ont commencé à faire des demandes de pardon publiques – l’une des principales exigences des victimes du conflit – et réaffirmé leur volonté de paix après le résultat des votations.

De plus, la force du «non» a montré l’énorme opposition à les voir se transformer en parti politique. Reprendre les armes marquerait certainement leur fin comme mouvement à fondement politique. Si le processus de justice transitionnelle devait réellement être balayé, ils pourraient rester à La Havane, Cuba n’ayant pas ratifié les Statuts de Rome de la Cour pénale internationale.

Dégâts invisibles du conflit

Les combattants impliqués dans le narcotrafic pourraient rejoindre les bandes criminelles et les militants plus politiques pourraient décider de s’allier à l’ELN. Les membres n’ayant pas commis de crimes de lèse-humanité (torture, séquestre et violences sexuelles entre autres) pourraient quant à eux déserter et ainsi bénéficier des incitations économiques établies par le décret 1391 de 2011.

La polarisation extrême du pays montre les dégâts «invisibles» qu’ont faits tant d’années de conflit. La mise en œuvre de l’accord serait un grand pas mais travailler à construire la paix nécessite une réforme de fond du système qui a permis et alimenté cette violence, ainsi que le dialogue entre individus et communautés des différentes régions, cultures et couches sociales du pays.

Anna-Karina Bayer est politologue, coopérante de CoMundo avec Kairós Educativo à Bogota.

Deja una respuesta

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos obligatorios están marcados con *