Non aux budgets dispendieux en Europe !

A la mi-novembre, la Commission européenne a demandé, aux pays membres de l’euro de dépenser en 2017 en moyenne 0,5 % de leur produit intérieur brut (PIB) en plus de ce qu’ils avaient prévu jusqu’alors – soit environ 50 milliards d’euros. Ce sont les Pays-Bas et l’Allemagne qui sont avant tout visés, puisque leur situation budgétaire le leur permet, estime la Commission. Cette exigence est, tant d’un point de vue politique qu’économique, hautement problématique. L’actuelle orientation budgétaire de la zone euro n’est en rien de l’austérité, comme certains veulent le faire accroire.

Les politiques budgétaires de grands pays membres de la zone euro sont neutres ou expansionnistes. Les énormes marges de manœuvre budgétaires créées par le niveau bas des taux d’intérêt sont utilisées dans très peu d’Etats membres pour réduire la montagne de dettes, comme cela est prévu. La Commission met en avant que des dépenses supplémentaires dans les pays membres disposant de marges de manœuvre budgétaires relanceraient l’économie des autres pays membres.

Cela n’est cependant en rien prouvé : des dépenses supplémentaires creusant le déficit à hauteur de 1 point du PIB auraient au mieux pour effet d’augmenter de 0,15 point la croissance dans la zone euro. Quand on sait que les investissements publics allemands vont augmenter de 5,25 % durant la seule année prochaine, comment les contribuables allemands pourraient-ils être convaincus de la nécessité de l’initiative de la Commission ?

La zone euro a une croissance annuelle de 1,7 %, soit plus que son potentiel de 1 %. Dans une telle situation, il faut augmenter le potentiel de croissance, et non pas allumer un feu de paille financé par un déficit public. L’Europe doit améliorer les conditions d’investissements et offrir à ses jeunes des possibilités de formation et d’emploi. A cette fin, nous devons mieux exploiter les possibilités de notre marché intérieur européen.

Le ministre fédéral allemand aux finances, Wolfgang Schäuble, et son homologue italien, Pier Carlo Padoan, ont, il y a deux ans déjà, fait des propositions pour relancer les investissements. Wolfgang Schäuble a aussi demandé il y a un an une réorientation du budget européen vers le financement des technologies du futur et la mise en œuvre des réformes nationales indispensables. Peu de chose ont évolué depuis.

Les écarts d’endettement se creusent

Il échoit à la Commission européenne un rôle clair, d’après le traité de Maastricht, dans la coordination des politiques budgétaires nationales des pays membres de l’euro. Sa fonction n’est pas toutefois d’exiger des dépenses supplémentaires des Etats membres qui pratiquent une politique budgétaire durable. La Commission devrait plutôt travailler à une politique budgétaire durable dans tous les pays de la zone euro.

Ainsi, les Etats membres pourraient se doter d’une marge de manœuvre budgétaire pour faire face au prochain ralentissement conjoncturel ou à un quelconque choc externe. Et il y a encore beaucoup à faire. Quatorze des dix-neuf pays de l’euro dépassent le plafond d’endettement de 60 % du PIB – l’Allemagne y compris, avec une dette publique de près de 70 % de son PIB. Malgré une conjoncture favorable, la dette s’est hissée dans cinq pays européens à un niveau record de près de 100 % de leur PIB ou plus.

L’écart d’endettement entre l’Allemagne et la France se creuse toujours plus. Or, la proposition de la Commission ne ferait qu’augmenter la montagne de la dette. On en oublierait facilement une des leçons fondamentales de la crise de la dette publique en Europe, fermant à plusieurs pays de la zone euro tout accès aux marchés financiers pour le refinancement de leur dette : tant que la politique budgétaire demeure du ressort des Etats nationaux, chaque pays de l’Union monétaire doit garantir la perpétuation de sa politique financière.

C’est condition sine qua non pour conserver la confiance des investisseurs, accéder aux marchés financiers, atteindre une croissance solide et créer des emplois. Nous ne pouvons pas nous reposer sur la poursuite effrénée de la politique monétaire extrêmement souple.

L’expérience de l’Allemagne montre qu’une stratégie crédible d’assainissement des finances publiques peut renforcer la confiance et la croissance. Depuis 2012, le budget de l’Etat allemand est quasiment à l’équilibre. L’Allemagne a ainsi dégagé des marges de manœuvre pour augmenter de plus de 5 % par an les investissements publics dans les infrastructures, l’éducation et la recherche, tout en baissant l’impôt sur le revenu.

Respecter les règles budgétaires

Mais alors, pourquoi ne pas faire davantage de relance ? Le Fonds monétaire international (FMI) et l’OCDE prévoient à court terme une surchauffe de l’économie allemande. L’emploi est, de ce côté du Rhin, à un niveau record, les salaires réels augmentent de façon significative et certains secteurs de l’économie recherchent désespérément une main-d’œuvre qualifiée. L’Allemagne est loin d’être un pays à qui l’on doit intimer raisonnablement de relancer sa conjoncture par des dépenses publiques.

Nous devons nous garder de faire des recommandations qui affaiblissent nos règles budgétaires communes et ne sont pas compatibles avec le fort niveau d’endettement actuel. Nous ne devons pas non plus nous faire des illusions sur la capacité des Etats à piloter l’économie.

Dans les économies de marché les plus performantes, la plupart des investissements sont réalisés par les entreprises privées et les ménages. Un gouvernement peut contribuer à créer des conditions favorables à la croissance. La politique doit engager ses forces limitées pour résoudre les vrais problèmes, pour obtenir les meilleurs résultats possibles.

Par Ludger Schuknecht (chef économiste du ministère fédéral allemand des finances) et Thomas Westphal (directeur général Europe au ministère fédéral allemand des finances)

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