Nouvelles guerres de sécession

Une manifestation d’indépendantistes à Barcelone le 17 octobre 2017. © Enric Fontcuberta/Keystone

La Catalogne fait les grands titres. La question de partition de pays, d’indépendance de régions est toutefois considérable à travers le monde. La plupart sont pendantes. C’est-à-dire bien loin d’être résolues. Certaines ont trouvé une issue plus ou moins heureuse. Faisons un petit tour d’horizon.

En Inde, les régions aspirant à se séparer du pouvoir central ont été et sont encore nombreuses. On a tous en tête l’éclatement des Indes, d’abord avec l’arrivée du Pakistan en 1956, puis en 1971 du Bangladesh qui quitte la tutelle d’Islamabad. Mais il y a maintenant le gigantesque Cachemire et, dans l’Assam, le Nagaland qui combat encore pour l’indépendance.

Le sud de la Thaïlande est gangrené par une guérilla plus ou moins islamiste. La Papouasie-Nouvelle-Guinée est sous la férule de l’Indonésie et souhaiterait s’en détacher. Bien sûr, le Tibet est toujours contrôlé par la Chine, mais il n’y a aucune chance qu’elle desserre l’étau.

Situation tragique

En Afrique, le Biafra a fait l’objet d’une situation tragique, en 1966. Les velléités séparatistes se réveillent aujourd’hui. La partie anciennement allemande puis anglaise du Cameroun est elle aussi dans une situation tendue. Le Somaliland, anciennement britannique, capitale Hargeisa, compte être reconnu internationalement, après séparation de l’ancienne Somalie italienne. Le problème de la Casamance n’est pas vraiment réglé avec le Sénégal. Bon nombre de Kabyles souhaitent au moins une autonomie de la part de l’Algérie. Au Congo-Kinshasa, plusieurs régions sont en situation de guerre civile. L’affaire de l’ancien Rio de Oro, Sahara occidental, n’est pas réglée, après la conquête marocaine.

Au Moyen-Orient, la très grande question tourne autour de la création d’un Etat du Kurdistan que ni l’Irak, ni la Syrie et encore moins la Turquie ne sont prêts à accepter.

En Europe, les indépendantistes corses se sont un peu calmés mais ils représentent un courant très fort. Les Basques ont obtenu des gages qui ont même amené l’ETA à se saborder. Sous l’impulsion de la Ligue du Nord, le haut de la Botte souhaiterait se dégager de Rome. Il est plus que probable que l’indépendance de l’Ecosse soit de nouveau d’actualité.

Risques d’éclatement

Poursuivons encore avec le Groenland, qui a obtenu son autonomie mais dont l’aspiration à l’indépendance complète est dans l’air. La Belgique a, elle aussi, pas mal de risques d’éclater, la Flandre étant plus prospère. Le cas de l’Irlande du Nord n’est pas réglé. Entre l’Ukraine et la Moldavie, la Transnistrie, capitale Tiraspol, a obtenu une indépendance de fait sans être reconnue.

En Amérique du Sud, le Brésil a convoité la Guyane. La Bolivie reste en conflit avec le Chili, qui l’a privé d’un accès à la mer en 1884 et les Argentins tiennent toujours à récupérer les Malouines, que les Britanniques appellent Falkland. Bref, je n’ai fait qu’effleurer le sujet, qui est réellement un problème mondial. Evoquons maintenant quelques séparations plus ou moins réussies.

Le Kosovo a pu se dégager de la Serbie tout comme la Crimée est revenue dans le giron russe. Incroyable mais vrai, l’Indonésie a accordé son indépendance au Timor oriental, qui est devenu une république indépendante. Cette région chrétienne anciennement portugaise a été en effet arbitrairement rattachée à Djakarta en 1975, mais le combat de José Ramos-Horta a fini par payer puisqu’une république surgit en 2002, se séparant du plus grand pays musulman au monde.

Un peu plus de souplesse

L’Erythrée, un peu plus de 4 millions d’habitants, anciennement colonie italienne, avait été rattachée à l’Ethiopie, qui dépasse les 100 millions d’habitants. L’actuel président, Isaias Afwerki, a réussi néanmoins à obtenir son indépendance après une guerre féroce gagnée en 1993. L’immense Soudan a bien été séparé en deux.

Mais la République du Soudan du Sud est en pleine guerre civile, avec d’épouvantables massacres. La Libye, pour le moins déstabilisée principalement par Monsieur Sarkozy, est sur le point d’éclater en plusieurs parties. Mayotte a quitté les trois autres îles des Comores pour devenir le 101e département français.

Les frontières de ce monde ont très souvent été arbitraires. Des résidus d’un empire ou de périodes coloniales ont créé beaucoup de litiges. La logique voudrait qu’une certaine souplesse, confirmée par des consultations démocratiques, permette la satisfaction des peuples en cause. Mais ne rêvons pas. Chaque cas a ses spécificités, qui ne seront pas résolues prochainement par un coup de baguette magique.

Pierre-Marcel Favre, éditeur.

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