Nucléaire iranien, entre tromperie et angélisme

Après dix ans de négociations, de tergiversations, d’avancées, de reculs, de parties de cache-cache entre les inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique et le gouvernement iranien, un accord a enfin été trouvé entre le groupe des 5+1 et l’Iran sur le nucléaire.

Rappelons que la crainte de la communauté internationale est que l’Iran, engagé dans un programme d’enrichissement d’uranium, parvienne à fabriquer une bombe, alors que ce pays a signé le traité de non-prolifération en 1968 et l’a ratifié en 1970 mais à l’époque du Shah.

Comme à chaque fois, à l’issue de difficiles négociations, l’encre des signatures de l’accord est à peine sèche que les parties affichent leur contentement, leur optimisme et se congratulent. Si dans certains cas, cet optimisme se vérifie à plus ou moins long terme, il en est d’autres aux conséquences plus funestes.

Les accords de Munich de septembre 1938 sont de ceux-là. Ils devaient sauver la paix mais le marché de dupes a enfanté la guerre quelques mois plus tard. La fourberie de l’un et l’angélisme des autres ont alors couté très cher au monde. Rappelons aussi que le Traité de Versailles de 1919 avait interdit à l’Allemagne de construire des sous-marins ce qui n’a pas empêché Hitler d’en disposer en grande quantité quelques années plus tard. Les traités ne semblent donc engager que ceux qui les respectent.

UN MUNICH DIPLOMATIQUE ?

Le nucléaire militaire, entré dans les accords internationaux en 1963, n’est pas, lui non plus, épargné par la fourberie et les mauvaises intentions. Si, en effet, on examine ceux signés entre les Etats-Unis et l’Union soviétique naguère mais aussi ceux étendus à la communauté internationale, force est de constater que les bonnes intentions n’étaient pas toujours aux rendez-vous. Car derrière le paravent médiatique de la signature, on trouve toutes sortes de turpitudes.

Il y a, bien sûr, des traités dans lesquels des pays n’ont pas été parties prenantes, d’autres qui ont été signés mais dénoncés ultérieurement, d’autres signés mais non ratifiés, d’autres contournés et enfin d’autres signés et ratifiés mais dont les moyens de contrôle n’ont pas permis de savoir s’ils étaient dûment exécutés.

L’histoire du nucléaire militaire présente tous ces cas de figure. A tout seigneur tout honneur : le TNP ou traité de non-prolifération signé en 1968. L’Inde, le Pakistan et Israël n’y ont jamais adhéré ce qui leur a permis de devenir des puissances nucléaires. Quant à la Corée du Nord, elle a renié sa signature en 2003 et a mis au point ses bombes.

En 1967, un traité interdisait le déploiement d’armes de destruction massive dans l’espace mais était contourné par l’URSS qui, ne pouvant déployer une bombe nucléaire orbitale, en a déployé une semi-orbitale. En 1969, les Etats-Unis et l’URSS acceptaient de limiter le nombre de leurs missiles offensifs (Accords SALT : Strategic Arms Limitation Talks). Mais, quelques mois plus tard, les Etats-Unis remplaçaient leurs missiles mono-tête par des multi-têtes, augmentant considérablement ainsi le nombre de leurs armes nucléaires.

QUEL RESPECT DE LA SIGNATURE DONNÉE ?

Le Tircen ou Traité d’interdiction complète des essais nucléaires a été conclu en 1996. L’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord ne l’ont pas signé et les Etats-Unis, l’Egypte, la Chine, l’Iran et Israël ne l’ont pas ratifié. En 2001, les Etats-Unis ont dénoncé le traité ABM (Anti Ballistic Missile) signé avec l’URSS en 1972. Enfin, les accords New Start de 2010 entre les deux superpuissances ne s’intéressaient qu’aux armes nucléaires opérationnelles et oubliaient les armes de réserve aussi nombreuses.

Alors que deviendra cet accord signé entre le groupe 5+1 et l’Iran ? Nul ne le sait. Que sera le respect de la parole et de la signature données ? Les moyens de contrôle seront-ils suffisamment efficaces pour vérifier que cet accord est bien respecté par l’Iran ? Car la réussite de cet accord tient essentiellement à cela. Et quand on sait que les deux superpuissances ont plutôt été défaillantes naguère et aujourd’hui sur ce point, on peut s’interroger.

Mais au-delà, Israël et certains pays sunnites du Golfe comme l’Arabie saoudite considèrent que cet accord ne règle rien et n’interdira pas à l’Iran de poursuivre son objectif, celui d’obtention de la bombe. Il est vrai que les déclarations du guide suprême, Ali Khameneï, sur le droit de son pays à l’enrichissement et sur la destruction d’Israël n’incitent pas à avoir une grande confiance dans l’application sincère d’un tel accord.

Alors faut-il être optimiste et rejeter ce qui pourrait être considéré comme de l’angélisme de la part des occidentaux ? Hélas, seul l’avenir le dira. Mais ce n’est pas sans risque. Ce qui est sûr, c’est que l’ombre des accords de Munich, l’inefficacité de la Ligne Maginot et, d’une façon générale, les manquements aux traités planent et planeront toujours sur ce genre d’accord.

Jacques Villain, est historien de la conquête de l’espace et de la dissuasion nucléaire, membre de l’Académie de l’Air et de l’Espace.

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