Pandas contre elephants

Chacun sait que les pandas sont chouchoutés par le gouvernement chinois. Et c’est tant mieux pour ces adorables petites bêtes.  Mais que dirait-il – surtout quelles seraient les sanctions impitoyables – si des touristes étrangers venaient voler des pandas en Chine, pour les exhiber empaillés dans leurs maisons en Europe ou aux USA ? La prison ou même la peine de mort ? A contrario, c’est bien ce qui s’est passé ces dix dernières années pour les éléphants d’Afrique. Les populations de ces emblématiques animaux qui nous rappellent des origines lointaines du monde animal, ont diminué de 60 % en Afrique centrale. Des trafiquants chinois (en majorité), aidés par des braconniers locaux et souvent avec la bénédiction de hauts fonctionnaires qu’ils corrompent, ont réussi à prendre le contrôle des ventes d’ivoire, explique l’organisation Traffic citée dans Le Monde Afrique du 16 août 2017 : « C’est un commerce qui continue d’emprunter des routes tracées depuis des décennies en puisant dans les troupeaux confinés dans des zones bien identifiées comme le parc du Salonga en RDC, une grande zone englobant le sud-est du Cameroun, le sud-ouest et le nord-est de la République Centre Africaine, le nord du Gabon et le nord du Congo. »  Les frontières sont poreuses et mal contrôlées.

La mobilisation internationale informée au plus haut niveau, n’a pas pu enrayer l’extinction progressive des éléphants d’Afrique centrale. L’ONG Traffic s’appuie sur des données entre 2007-2009 et 2014-2015 dans les cinq pays nommés plus haut. En plus, les sculpteurs africains d’ivoire se voient dépossédés de leur artisanat par des artisans chinois établis en Afrique qui exécutent leur travail en conformité avec la demande chinoise… Une défense d’éléphant est estimée entre 6000 à 7000 dollars. Il y a deux ans, les douaniers de l’aéroport de Zurich (6 juillet 2015) avaient découvert 262 kg d’ivoire dans les valises de 3 Chinois en route pour Pékin en provenance de Tanzanie. La prise correspondait à un troupeau d’une vingtaine d’éléphants. Mais le plus triste est l’assassinat du Sud-africain Wayne Lotter, grand défenseur des éléphants, le 17 août dernier à Dar Es Salam, probablement par la mafia qui contrôle le commerce de l’ivoire. Acte gravissime qui va sans doute faire réagir quelques gouvernements africains, dont la Tanzanie, déjà bien organisée, l’Afrique du Sud et la Namibie.

Tout aussi odieux est le commerce très lucratif mais illégal des cornes de rhinocéros que certains rangers coupent aujourd’hui pour protéger l’animal… Là aussi tout une mafia est active qui vend 60 000 dollars le kilo de cornes. La kératine est utilisée comme médecine traditionnelle en Chine et au Vietnam notamment. Un fait jamais prouvé scientifiquement. 7100 rhinocéros ont été tués ces dix dernières années en Afrique australe, un taux de braconnage record. Mais l’Afrique du Sud a réagi drastiquement. Un braconnier mozambicain vient d’être condamné à 20 ans de prison ! Un Chinois a été arrêté à l’aéroport de Johannesburg qui avait 5 cornes de rhinocéros dans ces bagages. Et le Mozambique a  procédé à une incinération massive de cornes de rhinocéros.

Que penser des belles paroles du Premier ministre Li Keziang en tournée en Afrique en 2013 qui avait dit, entre autre, «que la Chine et l’Afrique allaient renforcer leur collaboration, notamment dans la protection de l’environnement… ?  Et pour le président Xi Jinping, « Les droits de l’homme ne sont pas prioritaires ». Même pas entre pays « frères » ? Mais il y a une petite lueur d’espoir : le président Xi Jinping a pris l’engagement de fermer le commerce de l’ivoire d’ici la fin de l’année. Les éléphants d’Afrique seront sauvés si cette décision est vraiment appliquée. En effet, il apparaît que ce grand pays a bien de la peine à neutraliser ses truands  et tous ceux qui achètent l’Afrique… Mais cela sera difficile, des milliers de Chinois s’installent dans les pays africains, passant le plus souvent par l’aéroport de Dubai, pendant que des milliers de jeunes Africains, qui pourraient défendre leurs éléphants mais n’en ont pas les moyens, quittent le continent africain au prix de leur vie… A notre connaissance, les colonisations européennes n’ont jamais tué autant d’animaux, patrimoine de la terre, au contraire, ils ont établi des réserves, surtout les Anglais.

Christine von Garnier, sociologue et journaliste.

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