Paris et Berlin divergent sur les garanties de sécurité transatlantique

Le récent débat franco-allemand sur l’OTAN révèle plusieurs différences notables entre Berlin et Paris. Si les deux capitales partagent pour l’essentiel l’analyse d’un changement d’environnement sécuritaire, elles divergent sur la meilleure façon de répondre à l’évolution de la situation stratégique, ainsi que sur la manière de procéder le plus efficacement possible à ce changement au sein d’une Alliance soumise à de fortes pressions.

Berlin et Paris sont tous deux conscients que l’alliance de sécurité transatlantique est menacée de l’intérieur en raison des doutes suscités par Donald Trump sur les garanties de sécurité de l’Alliance. Allemands et Français reconnaissent que l’Europe subit les pressions de la Chine et de la Russie en termes sécuritaires, géopolitiques et économiques. Ils semblent s’accorder sur la nécessité pour les Européens de déployer plus d’efforts pour construire leur propre défense, et sur le rôle crucial que les deux capitales ont à jouer, notamment en ces temps de Brexit.

Néanmoins, les remarques du président Macron dans The Economist ont été mal comprises. Lorsqu’il dit que l’Alliance est en situation de « mort cérébrale », il semble qu’il voulait insister sur la notion de « cérébral », alors que les responsables politiques allemands ont entendu surtout le terme « mort ». La crainte que cette critique de l’OTAN, taxée par quelques-uns de trumpisme intellectuel, ne provoque des réactions négatives, a sans doute été l’une des principales raisons pour lesquelles la chancelière allemande ainsi que plusieurs ministres et parlementaires ont pris aussitôt la défense de l’OTAN. Convaincus que ni l’Allemagne ni l’Europe ne sont capables d’assurer leur défense, sans le bouclier nucléaire et les troupes américaines, ils redoutent que les Etats-Unis ne soient poussés à saper un peu plus la crédibilité de l’Alliance, au moment même où l’intervention de la Turquie en Syrie doit être gérée avec prudence.

Mesures réalisables

Paris et Berlin divergent sur leur appréciation de la garantie transatlantique, y compris sur sa signification pour l’Europe centrale et orientale. Berlin a très vite rappelé l’importance de ne pas se diviser au sujet de la sécurité européenne, tenant compte du fait que notamment la Pologne et les pays baltes sont concernés par la récente initiative de M. Macron de renouer le dialogue avec la Russie.

Alors que l’Alliance reste une priorité pour l’Allemagne, la vision française semble se porter au-delà de l’OTAN, avec pour objectif l’autonomie stratégique européenne. Ce concept, intégré à la « Stratégie globale de l’Union européenne 2016 », est interprété de façon différente par Berlin et Paris au regard du rôle qu’il peut jouer pour s’adapter au changement de rôle des Etats-Unis. Dans ce contexte, la priorité accordée par la France à l’amélioration de la capacité de gestion de crise est difficile à concevoir aux yeux des Allemands. La France n’aborde la question ni au travers de l’OTAN ni au travers de l’Union européenne, ce que l’Allemagne préférerait.

Ces divergences de priorités entre Paris et Berlin s’augmentent de surcroît de différences d’approche. Le gouvernement allemand souhaiterait avancer de façon progressive et se concentrer sur des mesures réalisables plutôt que sur des projets visionnaires, même si certains parlementaires ont récemment reproché au gouvernement de traîner des pieds. Macron, en revanche, semble croire que brusquer les choses par une rupture calculée est la seule façon de faire avancer le dossier.

La querelle autour de l’OTAN n’est que le dernier épisode d’une relation bilatérale récemment perçue comme tendue. Toutefois, Berlin et Paris sont d’accord sur l’essentiel, à savoir qu’une Europe forte et souveraine doit être au cœur de tous les efforts visant à améliorer la sécurité sur notre continent dans un monde qui change vite. Comme souvent dans la relation franco-allemande, il s’agit maintenant de trouver un terrain d’entente à partir de positions au départ divergentes.

Main tendue

Une coopération franco-allemande en matière de politique étrangère est d’ailleurs appuyée par l’opinion publique allemande : dans un sondage de la fondation Koerber, sur la question de savoir qui est le plus important partenaire de l’Allemagne en matière de politique étrangère, les Etats-Unis ne viennent qu’en deuxième position (42 %), loin derrière la France (60 %).

S’il existe un aspect positif dans la situation actuelle, c’est le fait que les questions concernant l’avenir de l’OTAN, la nécessité de travailler sur la relation avec la Russie, mais aussi sur la Chine, ont été mises sur la table. Berlin et Paris peuvent désormais faire progresser les choses – à court terme en coordonnant leurs positions de manière à ce que les inquiétudes de l’opinion quant à l’existence d’un profond désaccord et aux options ouvertes à certains acteurs extérieurs intéressés par l’affaiblissement de l’Alliance soient apaisées.

Cela implique de garder la main tendue aux Etats d’Europe centrale et orientale ainsi qu’aux pays baltes, mais aussi, bien entendu, aux Etats-Unis. Par-delà le sommet de l’OTAN à Londres, la France et l’Allemagne doivent investir un capital politique conséquent pour renforcer la capacité de l’UE à agir sur la scène internationale, aux côtés de la nouvelle Commission européenne qui a pris ses fonctions le 1er décembre.

Daniela Schwarzer, spécialiste des relations entre l’Europe et les Etats-Unis, dirige l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP).

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