Piraterie dans le golfe de Guinée : quelles solutions ?

Face à l’appel de pays du golfe de Guinée pour une plus grande implication de la communauté internationale face à la piraterie, l’Union Européenne doit saisir cette opportunité pour relancer son partenariat stratégique avec l’Union Africaine et les sous-ensembles régionaux, en l’élargissant aux domaines de la sécurité et de la sûreté maritime. En attendant la maturation de ce projet au sein de l’UE, la France a un rôle moteur à jouer au regard de ses liens historiques et doit élargir à d’autres partenaires les efforts déjà entrepris.

Sujet d’actualité au large de la Somalie, la piraterie se développe depuis peu dans le golfe de Guinée. Les modalités du phénomène comme son impact y sont très différentes, notamment en l’absence d’État failli et de route maritime stratégique. Jusqu’alors, l’insécurité s’y caractérisait par des vols à main armée commis à proximité des ports ou dans les eaux territoriales. En dépit du volontarisme affiché par les États riverains, un nouveau cap semble être franchi avec la multiplication d’actes de piraterie, commis en haute mer et employant des modes opératoires proches de ceux mis en œuvre en océan Indien (saisie d’un navire chypriote en septembre 2011). Conscients de la menace que la piraterie fait peser sur la stabilité régionale, les pays riverains du golfe de Guinée tentent de réagir, comme en témoigne la récente résolution 2018 de l’ONU du 31 octobre 2011, portée par le Gabon et le Nigeria. Ils font appel à la communauté internationale, plus attentive jusqu’alors à la situation dans le golfe d’Aden.

Certes il existe certaines initiatives locales comme la coordination dans l’est du golfe de Guinée ou les patrouilles communes Bénin-Nigeria, mais le volontarisme des États n’est pas suffisant pour endiguer durablement ce phénomène, ce qui requiert une réponse globale comprenant un cadre juridique particulier, des moyens de surveillance et d’intervention ainsi que des organismes de coordination sous-régionaux. De plus, en complément d’un soutien financier et technique, un accompagnement juridique et organisationnel de la part de partenaires expérimentés dans ce domaine comme dans les domaines connexes du développement économique et de la sécurité intérieure est nécessaire. Enfin, certains acteurs comme les sociétés pétrolières et de sécurité chargées de la protection des plateformes doivent également pris en compte.

L’UE doit aider ses partenaires africains à aborder de manière globale les thèmes de sécurité et sûreté maritime, notamment les aspects de lutte contre la piraterie, l’immigration clandestine ou les trafics illicites (narcotrafic, trafic d’armes…). D’une part, en dépit de relations historiques parfois tumultueuses, les relations entre l’Europe et le continent africain sont marquées par une interdépendance économique croissante et des enjeux sécuritaires partagés. En effet, l’UE est le principal partenaire économique du continent africain et les enjeux sécuritaires au sud de l’Europe sont en partie liés au développement d’activités illicites de la part d’organisations criminelles mettant à profit les carences de maîtrise des espaces maritimes des États africains pour se développer. Aussi, prenant acte des liens étroits qui la relient au continent africain et de l’intérêt croissant des États-Unis et des pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, l’Europe a développé depuis 2007 un partenariat stratégique avec l’Afrique.

En outre, en matière d’approche globale, l’Union Européenne dispose de savoir-faire reconnus, en particulier en matière de sécurité et de sûreté maritimes avec notamment l’Agence Européenne de Sécurité Maritime, l’opération Atalanta ou encore l’agence Frontex. Enfin, les révolutions arabes qui ont secoué l’Afrique comme la crise financière de la dette soulignent davantage encore la nécessité pour l’UE d’agir, en incitant ses États membres à mieux coordonner leurs efforts financiers de coopération et à les inscrire dans le cadre plus large de partenariats européens. En effet, si l’Afrique est le premier bénéficiaire de l’aide européenne, la recherche d’une meilleure efficacité de ces aides est d’autant plus nécessaire que d’autres partenaires comme Israël, les États-Unis ou la Chine sont de plus en plus présents dans la région. Toutefois, il existe un risque important de décalage entre le volontarisme de cette approche globale et la capacité de nos partenaires africains à se saisir de ce sujet au-delà de l’attrait pour les subsides versées.

Parallèlement aux actions entreprises par l’UE, la France agit de manière ciblée dans ce domaine avec son dispositif de coopération Sécurité et Défense. Nos liens privilégiés avec certains États concernés et notre modèle original de fonction garde-côte nous confèrent une position particulière pour répondre favorablement aux sollicitations de pays riverains tels le Bénin, le Gabon ou le Togo, notamment par l’envoi de conseillers spécialistes de l’action de l’État en mer, laissant aux États le soin de définir le volet juridique des interventions. Toutefois, afin de gagner en efficacité deux initiatives mériteraient d’être prises.

En premier lieu, il serait opportun d’élargir à nos partenaires européens les actions de coopération entreprises en Afrique de l’Ouest afin qu’ils se rallient à la bannière étoilée de l’Union Européenne plutôt qu’à celle du programme de l’Africa Partnership Station mis en place depuis 2007 par les Etats-Unis, auquel ont contribué plusieurs pays européens. D’autre part, la France doit inciter l’UE à saisir l’opportunité du règlement de la crise ivoirienne pour soutenir le renouveau de l’Organisation Maritime de l`Afrique de l’Ouest et du Centre (OMAOC), seule entité multinationale permettant de dépasser la césure géographique entre la CEDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique centrale) et la CEEAC (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) articulée autour du pays pivot que constitue le Nigeria.

Pleinement consciente des enjeux économiques, sécuritaires et stratégiques qui la lient au continent africain, l’Europe doit reprendre l’initiative dans un contexte très concurrentiel et relancer son partenariat stratégique avec l’Afrique, en s’appuyant sur les domaines de la sécurité et de la sûreté maritime. Mais en attendant la maturation de ce projet, la France a un rôle moteur à jouer au regard de ses liens historiques et doit élargir à d’autres partenaires les efforts déjà entrepris. Enfin, si le principe d’approche globale est primordial, il ne faut pas oublier que les origines de la piraterie comme des activités illicites se trouvent à terre, au sein même de ces États qui se tournent vers la communauté internationale pour tenter d’endiguer ce phénomène endémique… là où devrait s’exercer leur pleine souveraineté.

Par Capitaine de frégate Nicolas Rossignol, stagiaire de la 19e promotion de l’Ecole de guerre.

Deja un comentario

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos obligatorios están marcados con *