Plaidoyer pour un pacte mondial sur l’eau

Avant le sommet de Copenhague, les réunions de négociation se sont multipliées, les déclarations se sont succédé, mais aucun scénario de consensus ne s’est profilé. Face au péril climatique, les dirigeants du monde entier devront pourtant parvenir à surmonter leurs divergences pour donner une suite au protocole de Kyoto à la hauteur des enjeux. L’avenir climatique de l’humanité se joue à cette conférence ; mais également l’avenir des ressources indispensables aux générations futures, et au vivant en général.

Première parmi ces ressources : l’eau. Essentielles à la vie, les ressources en eau seront rapidement et fortement touchées par le changement climatique. Le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) rappelle le lien évident entre modifications du climat et pluviométrie. Si les inconnues sont grandes, tous les scénarios laissent entrevoir un «accroissement des extrêmes» : de fortes sécheresses et des crues violentes. Les latitudes méditerranéennes, qui abritent près du quart de la population mondiale, seront particulièrement affectées. Plus globalement, la répartition géographique des précipitations sera modifiée, bouleversant les activités humaines.

Enjeu critique

Bien commun, l’eau représente un enjeu critique pour nos sociétés. Garantir l’accès à l’eau en tant que droit humain et gérer les ressources de manière durable constituent une responsabilité collective tant à l’échelle du village qu’à celle de la communauté mondiale.

La plus grande négociation mondiale depuis 1992 traitant du devenir de l’humanité et de la planète ne peut être centrée exclusivement sur les problèmes énergétiques. Aujourd’hui déjà, les premiers besoins pour plus de trois milliards d’êtres humains sont l’accès à l’eau, l’alimentation ou encore la santé. La discussion internationale sur le climat doit impérativement englober ces priorités qui sont et seront celles de la moitié de la planète.

Nous, membres fondateurs du réseau Aqua Publica Europea, avons la volonté de rassembler les opérateurs publics des services d’eau et d’assainissement européens pour promouvoir une gestion publique et responsable de l’eau. Opérateurs de terrain, nous sommes confrontés à la complexité de la gestion de cette ressource si vitale et tellement fragile. Aux pouvoirs publics engagés dans les négociations de la Convention sur les changements climatiques (UNFCCC), nous adressons trois demandes.

Premièrement que la problématique de l’eau soit incluse, en tant que telle, à l’agenda de la COP 15 à Copenhague.

Deuxièmement, que le traité de Copenhague, que nous appelons de tous nos voeux, approuve le principe de l’élaboration d’un protocole mondial sur l’eau. Ce protocole devra répondre à tous les enjeux, de court et long terme, liés à l’eau (approvisionnement, pollutions, etc.).

Troisièmement que soit créée une autorité mondiale de l’eau sous l’égide des Nations unies, instrument efficace d’action et de coopération internationales, regroupant les différentes agences de l’ONU travaillant dans le domaine de l’eau. Cette autorité mondiale pour l’eau devra être dotée d’une autonomie réelle à l’égard des intérêts politiques nationaux, mais aussi des grands intérêts privés économiques qui dominent le secteur de l’eau. A l’heure où l’on se passionne pour la découverte d’eau sur la Lune, il est grand temps de mobiliser notre intérêt pour l’accès à l’eau des Terriens et de leurs enfants !

Anne Le Strat, adjointe au maire de Paris chargée de l’eau, de l’assainissement et de la gestion des canaux, présidente d’eau de Paris, Alessandro Ramazotti, président Cap Holding, Milan, Christiane Franck, directrice générale de Vivaqua, Bruxelles, Roger Vioud, responsable des relations transfrontalières aux services industriels de Genève; les signataires sont respectivement présidente, vice-président, administratrice déléguée et secrétaire général d’Aqua Publica Europea, le réseau des entreprises publiques européennes de l’eau.