Pour Deraya, assiégée depuis 2012…

Pour Deraya, assiégée depuis 2012...AFP
Pour Deraya, assiégée depuis 2012…AFP

Deraya, banlieue de Damas, est assiégée par les forces du régime depuis plus 1000 jours. Environ 8000 personnes y vivent.

Depuis trois ans Deraya est livrée aux bombardements, à la destruction, aux privations. Les populations civiles y subissent les conséquences de la stratégie d’affamement mise en place par le régime.

La localité connaît une pénurie de toutes les nécessités de base : du très simple, comme le sel de table, au plus complexe, comme la capacité à communiquer avec le monde extérieur. La situation s’est encore empirée depuis que Deraya a été coupé de la ville voisine de Moadamiyet Al Sham, lorsque celle-ci a été fermée complètement face aux civils qui s’enfuyaient.

La tragédie de Deraya n’est pas un cas isolé, au contraire, elle est un rappel important d’une situation qui touche de nombreux civils en Syrie. Certains rapports dénombrent jusqu’à un million de syriens vivant actuellement sous siège. A Genève, M. Staffan De Mistura a récemment reconnu que le mécanisme d’accès humanitaire convenu dans l’accord de Munich de février dernier est encore loin d’être parfait, avec de nombreuses régions n’ayant encore reçu aucune aide ou nourriture.

On ne peut être surpris qu’une situation aussi désastreuse produise des réfugiés, et qu’une partie de ces réfugiés cherche la sécurité et la protection en Europe.

Dans une lettre à la communauté internationale publiée ce mois-ci, un groupe de femmes de Deraya dénonce une situation alarmante et la nécessité d’une action immédiate.

Ces femmes disent que, depuis le début des bombardements, il n’y a pas eu de vie en dehors de leurs sous-sols, par crainte d’être visées par une frappe. Selon certains rapports, au mois de janvier seulement, la ville a été frappée par 765 bombes-barils, 1400 mortiers et obus de chars et 124  missiles sol-sol. Depuis la récente cessation des hostilités, le calme est revenu sur la ville. Malgré cette trêve fragile, il n’y a pas de vie en dehors des sous-sols puisque tous les bâtiments ne sont plus que ruines. Les gens ne sortent de chez eux que pour descendre dans la rue et courageusement demander la levée du siège.

Il n’y a aucune nourriture à Deraya. Des cas de malnutrition ont été signalés, et il est courant pour les habitants de passer plus de deux jours sans manger. Pour conjurer la faim, des mères désespérées ont préparent de soupes faites uniquement d’épices

Il n’y a pas de lait pour bébé, de nombreuses femmes sont si malnutries qu’elles ne produisent plus de lait maternel. Quelque chose d’aussi simple, mais nécessaire, que le liquide vaisselle est indisponible. La pénurie de produits de nettoyage aggrave le risque de propagation de maladies.

Les habitants de Deraya ont besoin d’une levée immédiate de siège car leur accès aux produits de première nécessité leur est critique. L’accès à Deraya et à toutes les autres zones assiégées en Syrie doit être accordé immédiatement

Lors de leur rencontre à Munich en février, les membres du Groupe international de soutien à la Syrie, dont la France, le Royaume-Uni, la Russie et les Etats-Unis, se sont entendus sur le fait que l’accès humanitaire sans entrave est l’une des conditions de la cessation des hostilités. Ces pays doivent veiller à utiliser tous les leviers dont ils disposent pour que toutes ces conditions soient respectées, que la faim ne soit plus utilisée comme arme de guerre et qu’une aide humanitaire d’urgence soit apportée à la population affamée.

Le président Obama se rend en Europe ce week-end. J’espère que ce sera un moment opportun pour que l’Europe et les Etats-Unis parlent des mesures concrètes qu’ils vont prendre de concert pour faire face à l’un des plus grands problèmes de la crise en Syrie : la souffrance humaine, à Deraya comme partout ailleurs.

Si Deraya ne reçoit pas d’aide, les bébés et les personnes âgées seront les premiers à succomber. Si aucune action n’est prise rapidement, Deraya sera la prochaine Madaya. Et une fois de plus, le monde aura laissé une autre tragédie passer inaperçue.

Emma Bonino, ancienne ministre des Affaires étrangères d’Italie.

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