Pour la transparence dans le secteur de l’extraction pétrolière, gazière et minière

La moitié de la population mondiale vit dans des pays riches en pétrole, gaz et minerais précieux. Ces ressources devraient, en tout état de cause, générer de larges revenus propices à la croissance économique et à la réduction de la pauvreté. Pourtant, nombreux sont encore les habitants de pays comme l’Angola, le Nigeria ou le Niger, qui souffrent de pauvreté.

En ce vingt et unième siècle, le contrôle et la gestion des matières premières sont un défi majeur à relever pour l’ensemble des pays de la planète. Il faut repenser la manière dont sont vendues et achetées les matières premières. Mieux vendre pour une répartition plus équitable des bénéfices dans les pays producteurs. Mieux acheter pour un accès plus fiable dans les pays importateurs. Personnellement, j’ai choisi de contribuer à ces changements par la transparence, meilleur moyen à mes yeux pour lutter contre la corruption. Par conséquent, je suis heureux de présider le conseil d’administration international de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), dont l’objectif est de renforcer la gouvernance en mettant l’accent sur la transparence des processus et la responsabilité des divers acteurs impliqués dans les secteurs pétrolier, gazier et minier.

Début mars, la convergence de trois événements importants prévus à Paris présente une opportunité sans précédent pour faire avancer ces questions : la conférence mondiale de l’Initiative pour la transparence dans l’industrie extractive, la présidence française du G20 ainsi que la visite officielle du président de l’Afrique du Sud M. Zuma. Au plus fort de l’enchère spéculative de matières premières et de la crise politique en Afrique du Nord, on ne peut rêver meilleure occasion pour le gouvernement français d’affirmer son soutien à une gestion responsable des ressources naturelles, au service d’une évolution positive en Afrique et dans d’autres régions en voie de développement. Ensemble avec l’Indonésie, pays ayant récemment décidé de mettre en œuvre l’ITIE, et avec lequel la France co-préside le groupe de travail de lutte contre la corruption au sein du G20, la France a désormais la possibilité de devenir le promoteur mondial de ce progrès.

L’ITIE vise à mettre en place un standard de transparence dans le secteur de l’extraction pétrolière, gazière et minière. Elle repose sur une idée simple : il s’agit de comparer de manière indépendante ce que des compagnies comme Areva ou Total paient en taxes et royalties aux montants que les gouvernements hôtes de leurs opérations déclarent avoir encaissé. A Paris, lors de la conférence mondiale de l’ITIE, se retrouveront côte à côte de nombreux chefs d’Etat de pays mettant en l’œuvre ce principe et les dirigeants de Total, d’Areva et de Shell.

CONNAÎTRE LES REVENUS ENGENDRÉS PAR LES RICHESSES NATURELLES

Lors de mes visites régulières dans les trente-trois pays mettant en œuvre l’ITIE, je suis resté impressionné devant l’état d’avancement du processus de mise en œuvre. Bien que l’impact de l’initiative varie d’un pays à l’autre, un acquis commun à tous est l’établissement de relations de confiance entre les différents acteurs concernés. L’ITIE est le point de départ d’un dialogue ouvert entre les citoyens d’un pays et leurs dirigeants. En effet, grâce aux rapports ITIE publiés, les citoyens de ces pays peuvent enfin connaître les revenus engendrés par leurs richesses naturelles. C’est une première pour de nombreux pays.

Les groupes multipartites nationaux, composés de représentants de gouvernement, de compagnies privées et d’organisations de la société civile, font se rencontrer des acteurs traditionnellement étrangers les uns aux autres. Progressivement se constitue une culture de coopération et de responsabilité partagée. J’ai moi-même été témoin de tels changements dans des pays comme le Liberia, le Cameroun ou le Nigeria.

A elle seule, la transparence ne peut résoudre tous les problèmes que pose l’extraction de ressources. Toutefois, je nourris un grand espoir. Celui de voir la réunion à Paris le mois prochain, avec autant de décisionnaires clefs et de représentants envoyés par les communautés directement affectées par la production pétrolière, gazière et minière, marquer les esprits. J’aimerais qu’on se souvienne de Paris comme le compte-à-rebours de la malédiction des ressources.

Par Peter Eigen, président du Conseil d’administration international de l’Initiative pour la transparence dans l’industrie extractive.

Deja un comentario

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos obligatorios están marcados con *