Pour le monde politique et économique, le réchauffement climatique n’existe pas

Tout le monde parle du réchauffement climatique, mais pour autant il ne s’agit pas d’une prise de conscience, qui serait réjouissante, puisque les responsables politiques et économiques n’intègrent pas cette donnée dans leur stratégie, tant les révulse cette équation implacable: croissance = réchauffement.

Des plus grands Etats aux plus petites communes, la religion est la même: croissance, croissance, croissance! Quelques exemples. Le syndic d’Yvonand, tout comme la syndique de Payerne, s’indignent que l’on critique leur volonté de bétonner ce qui reste d’espaces verts pour y créer des logements ou des zones industrielles et commerciales. Le premier dit qu’il a été élu «pour développer sa commune», le concept de développement qui l’anime étant forcément synonyme de croissance – de la population bien sûr, mais aussi des activités économiques.

Dans cette conception, scorie du XXe siècle qu’il faut qualifier de ringarde, le développement n’intègre jamais la notion de qualité de vie des résidents. On pose par principe que ceux-ci seront reconnaissants à leur syndic d’avoir trois Migros et deux Coop sous la main, certes en devant se serrer un peu plus, en devant payer davantage d’impôts parce que les infrastructures n’auront pas suivi, et parce que les nouveaux venus coûtent plus cher qu’ils ne rapportent, tout cela en endurant des nuisances croissantes.

D’autres exemples? L’aéroport de Cointrin veut faire exploser le nombre de passagers et de vols, parce que cette croissance va témoigner du dynamisme de ses dirigeants. Quel bilan carbone, au juste, et quel bénéfice pour les riverains? La France veut atteindre le nombre de 100 millions de touristes par an, sans se soucier de l’impact écologique de cette déferlante; le ministre de l’économie inonde les routes de cars, c’est bon pour Chausson et pour l’emploi, et personne n’a le mauvais goût de se demander si ce choix va dans la bonne direction; quant au président de la République, il rêve d’un sommet du climat qui assure son triomphe, alors que l’échec est programmé.

L’économie n’est évidemment pas en reste, qui voit dans l’effondrement des prix des carburants fossiles – qui est en soi une catastrophe – une merveilleuse opportunité!
Ceci pour dire que si le thème du réchauffement climatique s’impose de plus en plus dans le débat public, il n’a en rien infléchi les vieux réflexes. Et c’est d’une certaine manière compréhensible, car les changements de paradigme sont toujours douloureux. Jusqu’à preuve du contraire en effet, la croissance telle qu’on la conçoit aujourd’hui est mathématiquement synonyme de réchauffement climatique et d’épuisement des ressources finies.

Or il semble qu’il soit encore trop tôt pour se profiler dans le sens d’une nouvelle économie authentiquement révolutionnaire, en cela qu’elle serait profitable à tous, mais sans destruction corollaire de la biosphère. C’est extrêmement regrettable parce que chaque année perdue dégrade un peu plus le monde où vivront nos descendants, chaque année perdue prépare les gigantesques migrations climatiques à venir, lorsque la surface des terres habitables de la planète aura diminué tandis que la population aura explosé.

Comme l’enjeu est planétaire, et donc difficile à concevoir, nos syndics et nos députés ont beau jeu de dire que, à notre petit niveau communal ou fédéral, on ne peut rien faire. Alors, autant flatter l’électeur avec les valeurs du passé, qui font encore recette car l’électeur, lui non plus, n’aime pas les changements de paradigme, surtout s’ils touchent à sa voiture, à son confort et à ses loisirs… C’est ainsi qu’à moins d’une semaine des élections fédérales, on réalise qu’aucun parti n’a empoigné les problèmes brûlants qui seront les nôtres demain. Le nez dans le guidon, ils ressassent des promesses de «développement», de nouveaux logements, d’emplois, de croissance… Chacun brasse sa bonne vielle soupe: le Parti socialiste fait des promesses sociales qu’il ne pourra pas tenir, les Verts ne recyclent guère autre chose que la soupe socialiste – ils sont pour la croissance démographique, ce qui est intellectuellement un non-sens de leur part –, les Verts libéraux s’ingénient à ne reprendre que le plus mauvais du PLR et du PS. Quant au PLR et à l’UDC, ils considèrent que le réchauffement climatique est anecdotique par rapport à l’emploi, à l’innovation et, bien sûr, à la croissance, qui nous mènera tous au paradis.

En somme, on peut voter pour qui l’on veut, le résultat sera toujours le même.

Philippe Barraud, journaliste.

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