Pour une nouvelle ambition européenne : la justice alimentaire

L’enjeu en est tout d’abord un de justice sociale. L’alimentation est le miroir des inégalités. Il n’y a qu’à regarder la carte de l’obésité pour s’en convaincre : elle se superpose à celle de la précarité en France. Selon les revenus, les lieux de vie, l’éducation, l’accès à une alimentation de qualité est aisé ou non. Notre ambition doit donc être claire : garantir une alimentation de qualité pour tous.

Il faut le reconnaître, la Politique agricole commune (PAC) a été l’outil puissant de la modernisation agricole de notre pays, permettant la production d’une alimentation de masse, suffisante et sûre. Mais les impasses et les dérives en sont aujourd’hui bien identifiées : des agriculteurs de moins en moins nombreux, des dommages écologiques évidents, un doute persistant sur les effets sur la santé. Pendant des dizaines d’années, on s’est occupé de produire, et de produire toujours plus, pour assurer la souveraineté alimentaire de nos pays ; le consommateur et son alimentation ont trop souvent été relégués au second plan.

La qualité France

Le temps est venu désormais de bâtir une politique de la justice alimentaire, à l’échelle de notre pays comme de l’Union européenne. Cette exigence doit déterminer toutes les politiques publiques, « du champ à l’assiette », ou plutôt dans une nouvelle logique, « de l’assiette au champ ». Ce sont les choix collectifs pour l’alimentation qui devront guider les politiques pour la production, la transformation, la distribution : l’action publique devra soutenir l’amélioration des standards de qualité, à tous les niveaux, pour une alimentation à des prix accessibles à tous, sûre et saine.

Allons plus loin. Il n’y a pas de politique de réduction des inégalités efficace sans éducation : l’éducation à une bonne alimentation, dans notre pays si attaché à sa gastronomie, est un impératif national ! Les conclusions de la dernière étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail sur les comportements alimentaires militent en ce sens, pour transmettre à chaque enfant les repères d’une alimentation équilibrée. De même, la lutte contre le gaspillage alimentaire doit désormais elle aussi être fermement appuyée sur un volet éducatif, d’ailleurs contenu dans la loi que j’ai portée sur le sujet : rien ne sera possible sans une volonté politique forte. Pas de progrès non plus sans une meilleure information des consommateurs, pour un équilibre nutritionnel global dans l’alimentation de chacun.

Au-delà, il s’agit de répondre aux attentes des consommateurs sur des sujets essentiels pour la santé : perturbateurs endocriniens, pesticides, sels nitrités, antibiotiques… Il s’agit tout autant de bâtir une nouvelle compétitivité pour la filière alimentaire française. Le modèle alimentaire français bénéficie partout dans le monde d’une image forte et positive. Notre filière agroalimentaire a tout à gagner à porter haut l’étendard de la qualité France, poursuivant les efforts engagés par de nombreuses entreprises, conscientes des enjeux nutritionnels et sanitaires.

Vers une politique alimentaire commune

Bien sûr, rien ne sera durable sans une harmonisation européenne des normes : la position de l’Union sur les perturbateurs endocriniens, validée par la France, est hélas à l’inverse d’une politique d’avenir. Et la prochaine Politique agricole commune devra aussi être profondément réformée pour intégrer un pilier « Alimentation », soutenant la transformation de l’agriculture vers des modèles de production alimentaire plus sains et plus durables. À terme, la PAC devra désigner la Politique alimentaire commune, pour faire converger les politiques agricoles, environnementales et de santé du consommateur.

Rien ne sera durable non plus sans un nouvel équilibre économique entre les producteurs, les transformateurs, les distributeurs. La course aux prix bas a des effets délétères sur le revenu des agriculteurs et des entreprises de la filière, comme sur la qualité de notre assiette : n’oublions pas que le scandale des lasagnes au cheval était une fraude motivée par la course au profit, dans un contexte de pression à la baisse des prix. La loi Sapin 2 devra être rapidement évaluée, dans la perspective d’une remise à plat des pratiques nocives nées de la Loi de modernisation de l’économie.

C’est donc bien la cohérence des politiques publiques, en matière d’agriculture, de santé, d’environnement, d’éducation qui fera la force de la politique de l’alimentation, et entraînera la diversité des acteurs économiques, institutionnels et associatifs concernés.

La France porte une voix singulière dans le monde. A fortiori dans un monde où les enjeux alimentaires et climatiques pèseront de plus en plus. Puissent ces États généraux contribuer à définir une nouvelle ambition, celle de la justice alimentaire, qui vaudra pour notre pays comme pour la planète.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/07/19/guillaume-garot-pour-une-nouvelle-ambition-europeenne-la-justice-alimentaire_5162496_3232.html#0R3T3ochliyU3Guy.99

Par Guillaume Garot, président du Conseil national de l’alimentation et député (Nouvelle gauche) de la Mayenne.

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