Pour une vraie réforme de l’Alliance

Au sommet de Strasbourg-Kehl, en avril 2009, la France a repris toute sa place dans l’Alliance atlantique, y compris au sein de ses structures militaires. A cette occasion, les Alliés se sont aussi engagés à rénover l’Alliance afin de la mettre en mesure de faire face aux menaces d’aujourd’hui et d’anticiper les risques de demain. Transformer, réformer, rénover l’OTAN : trois mots d’ordre utilisés de manière incantatoire depuis la fin de la guerre froide. Mais les choix ne peuvent plus être différés. Alors que tous nos pays, et l’OTAN elle-même, affrontent de sérieuses difficultés budgétaires sans précédent, il nous faut engager une vraie réflexion sur notre ambition commune. Nous comptons à présent sur le secrétaire général de l’OTAN pour proposer leur mise en oeuvre rapide.

Notre premier objectif est de fixer une nouvelle ambition pour l’Alliance atlantique. Fondée en 1949 pour contrer la menace soviétique, elle a su au cours de ces vingt dernières années relever des défis majeurs : réunifier l’Europe et sortir en bon ordre de la guerre froide notamment en réussissant un élargissement sans précédent et en nouant de nombreux partenariats ; éviter le retour de la guerre en Europe en mettant un terme à la guerre dans les Balkans, en Bosnie-Herzégovine comme au Kosovo. Au lendemain du 60e anniversaire de l’OTAN, alors que les Alliés préparent un nouveau concept stratégique pour le sommet de Lisbonne de l’automne 2010, nous devons réaffirmer le caractère avant tout militaire de notre Alliance, qui doit se concentrer sur trois fonctions stratégiques : protéger, dissuader et intervenir.

Le niveau d’ambition de l’OTAN est formulé de manière trop abstraite (deux grandes opérations de 60 000 hommes et six opérations de 25 000 hommes). Il nous faut l’adapter aux réalités et le rendre plus opératoire.

Sans réduire l’ambition de l’Alliance, nous devons préciser ce que nous attendons et attendrons d’elle demain : mener une opération de plus de 100 000 hommes, comme c’est le cas en Afghanistan, conduire une opération de stabilisation de quelques dizaines de milliers d’hommes sur une dizaine d’années comme dans les Balkans, participer à la surveillance maritime ou à la police du ciel, mener une opération de cyberdéfense. C’est en étant plus précis et plus réalistes sur nos engagements que nous définirons les capacités utiles pour l’OTAN.

Coeur de métier

Rénover l’Alliance signifie aussi que les Alliés européens apportent une contribution réelle à la sécurité et à la défense transatlantique. Outre ses mérites propres pour le projet européen, auquel je suis attaché, l’Europe de la défense doit renforcer les capacités de l’OTAN et la rendre moins dépendante des capacités américaines.

C’est en effet dans un réservoir unique, celui des capacités nationales des Etats, que nous puisons pour les opérations européennes et pour celles de l’OTAN. Lors de sa présidence de l’Union européenne en 2008, la France a placé le renforcement des capacités européennes – moyens militaires critiques et structure de planification et de commandement – au coeur de son projet de relance de l’Europe de la défense. Avec l’entrée en vigueur du traité de Lisbonne, cette priorité doit être plus que jamais poursuivie.

L’OTAN doit enfin se recentrer sur son coeur de métier militaire et sur ses missions fondamentales, là où réside sa vraie valeur ajoutée. La structure et l’organisation administrative de l’OTAN demeurent marquées par l’héritage du passé : sa structure de commandement est encore trop territorialisée, les redondances entre états-majors nombreuses et l’activité réelle de ses multiples agences souvent opaque.

A neuf mois du sommet de Lisbonne, nous avons demandé au secrétaire général de l’OTAN de préparer pour la réunion des ministres de la défense de juin des propositions reposant sur des principes simples issus des expériences nationales de rationalisation des outils de défense : une gouvernance financière modernisée ; moins d’implantations et d’états-majors ; des effectifs permanents resserrés ; la priorité donnée aux structures déployables et utilisables en opération ; des économies d’échelle et des gains d’efficacité, avec par exemple la colocalisation des différents niveaux de commandements ; ou bien encore l’externalisation de certaines prestations non directement militaires.

Nous avons moins d’un an pour construire l’OTAN de demain. Une telle réforme demandera des efforts et de la volonté de la part de chacun. Travaillons sans tabou, ensemble. Il y va de notre sécurité commune, dans un monde toujours plus imprévisible. Nous le devons à nos concitoyens. La France a su prendre des décisions courageuses et difficiles pour réformer en profondeur son propre outil de défense. Je suis confiant dans la capacité des Alliés à faire de même pour préparer l’avenir de l’OTAN et conserver tout son sens à la relation transatlantique.

Hervé Morin, ministre de la défense, France.