Pourquoi les renvois vers l’Afghanistan doivent cesser

Pour les autorités d’asile suisses, les renvois vers les villes de Kaboul, Herat et Mazar-i-Sharif sont exigibles, lorsque les personnes disposent d’un réseau social et familial. Mais l’Office suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) qui estime que la situation sécuritaire s’est encore aggravée depuis 2016 demande une suspension des renvois.

Tous les rapports convergent : les attentats et les combats armés entre les forces de sécurité, les Talibans et les autres factions armées (Al-Qaida et Etat islamique) continuent de provoquer des déplacements de population et de nombreuses victimes civiles dont un nombre croissant d’enfants.

Mieux protéger les requérants afghans en Suisse

En 2016, 3’229 personnes originaires d’Afghanistan ont déposé une demande d’asile en Suisse. C’est 60% de moins qu’en 2015. Cette année, de janvier à mai, ce sont 466 nouvelles demandes d’asile qui ont été enregistrées.

Pour les personnes en provenance d’Afghanistan, les autorités suisses accordent la protection à plus de 90% d’entre elles mais l’asile revient à une minorité de personnes, ce qui n’est pas toujours justifié. L’histoire étonnante de Mortaza Shahed, qui n’a pas reçu l’asile malgré les motifs de persécution avancés lors de sa demande d’asile, illustre les difficultés que rencontrent la plupart des requérants afghans.

De janvier 2016 à mai 2017, 240 renvois ont été exécutés vers l’Afghanistan dont 10 étaient des renvois contrôlés non-volontaires. Plusieurs pays européens comme l’Allemagne, la Suède, la France et la Norvège ont aussi procédé à de nombreux renvois qui ont été facilités par l’accord d’octobre 2016, entre l’Union européenne et l’Afghanistan.

Les rapports officiels donnent raison à l’OSAR

En mars 2016, le Secrétariat d’Etat aux migrations publiait sa note sécuritaire sur l’Afghanistan en se basant sur une multitude des sources émanant des Nations Unies, du gouvernement afghan, de l’autorité indépendante de l’inspecteur général spécial américain pour la reconstruction en Afghanistan, d’experts en Afghanistan, du Comité international de la Croix Rouge (CICR), de la Banque mondiale, de médias et de groupes de réflexion. Ce rapport qui décrit la situation dans le pays en 2015 prédit une situation pire pour 2016 :

La physionomie du conflit change (…) Depuis le départ du gros de la coalition, les forces régulières se replient sur des aires plus densément peuplées. Le mouvement Taliban est politiquement divisé mais capable de coordonner des opérations militaires complexes et d’étendre ses zones d’influence. Leur tactique tient désormais à la fois de la guérilla – raids isolés, attentats et minages – et de la guerre conventionnelle de mouvement au grand jour. Les meurtres ciblés de civils afghans (…) et les attentats et commandos-suicides à Kaboul, Laskar Gah et Jalalabad par les Taliban et leurs alliés du réseau Haqqani sont plus fréquents et leurs bilans plus élevés. Hors Afrique, l’Afghanistan est le pays le plus pauvre du monde. Or, le coût de la prévention et des conséquences de violences directes contre des personnes et des biens est estimé à 31 % de son PIB contre 42 % en Syrie et 30 % en Irak où ces coûts sont jugés les plus élevés. En mars 2016, le secrétaire-général de l’OTAN et le chef de mission de l’ONU en Afghanistan expriment de sérieuses préoccupations pour la stabilité et la sécurité du pays. Dans ce contexte, il est plus que probable que les Taliban vont poursuivre cette année une guerre d’usure (…) ».

En mars 2017, c’est le Conseil de Sécurité qui dans son dernier rapport sur la situation sécuritaire en Afghanistan, énumérait les nombreuses attaques perpétrées par les groupes insurrectionnels dans le pays et les bombardements effectués par les forces de sécurités afghanes et le commandement américains central. Ainsi la mission des Nations-Unies en Afghanistan (UNAMA) rapportait le chiffre de 2’181 civils touchés par les combats en 2017 dont plus de 700 sont décédés. Mais la dégradation de la situation sécuritaire se voit surtout dans la hausse de 21 % des décès chez les enfants (283 morts et 700 blessés) et dans la multiplication des attentats qui touchent le cœur du pouvoir. On ne peut oublier le terrible attentat à Kaboul le 31 mai dernier qui a fait 150 morts et 300 blessés. Cette ville a été depuis 2015 la scène macabre de plus de 66 attentats qui ont visés des officiels et des civils.

Les indicateurs au rouge malgré les aides à la reconstruction du pays

Les indicateurs sont au rouge et la Suisse devrait songer à revoir sa politique. Malgré toutes les aides financières qui affluent pour la reconstruction pacifique de l’Afghanistan, le gouvernement central perd du terrain. En février 2017, l’inspecteur général spécial américain pour la reconstruction en Afghanistan, expliquait que les forces de sécurité gouvernementales avaient encore perdu du terrain et ne contrôlait plus que 57% du territoire. Mais le plus inquiétant est la demande récente du Commandement militaire américain pour permettre une augmentation des effectifs militaires américains en Afghanistan. Une raison de plus de fuir le pays et de ne pas revenir. Beaucoup ont réalisé le danger d’un retour et disparaissent dans la nature ou dans un tableau de statistique sous la rubrique « départs non contrôlés ». Il y en avait 363 en 2016 et 98 les cinq premiers mois de 2017.

Jasmine Caye, Centre suisse pour la défense des droits des migrants (CSDM).

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