Quelques conseils à Hu Jintao

Le président Hu Jintao s’apprête à faire sa troisième visite officielle aux Etats-Unis en tant que dirigeant de la Chine le 19 janvier. Il se peut que ce soit la dernière, avant qu’il ne passe la main à son successeur désigné, du moins en apparence, le vice-président Xi Jinping, en 2012 – l’année où le président Barack Obama sera en train de faire campagne pour sa réélection à la Maison-Blanche.

D’après le magazine Forbes, Hu Jintao est l’homme le plus puissant du monde. Le fait que le sommet du pouvoir attache bien plus d’importance aux formes qu’à l’époque de Mao Tsé-toung (et tant mieux!) n’enlève rien à l’importance de cette visite. En effet, la relation bilatérale du partenariat sino-américain est déterminante et ce sont ces rapports qui façonneront le XXIe siècle.

L’émergence rapide d’économies telles que celles du Brésil, de l’Inde et par-dessus tout de la Chine, est au cœur de la globalisation. Les Etats-Unis, bien sûr, restent la seule superpuissance mondiale – militairement, économiquement, politiquement, et culturellement. Les démocraties du monde s’empressent de critiquer la suprématie américaine, mais elles sont conscientes de dépendre des Etats-Unis pour affronter les problèmes les plus graves. Sans l’Amérique, rien ou presque ne se fait.

Mais la Chine, soutenue aujourd’hui par plus de 2000 milliards de dollars en réserves de devises étrangères, domine assez le commerce pour jouer un rôle décisif en facilitant ou en empêchant les problèmes mondiaux de se régler, depuis le programme du G20 jusqu’aux efforts pour contenir les ambitions nucléaires de la Corée du Nord. La Chine est bien trop grande pour qu’on n’en fasse pas cas, et elle veut qu’on lui témoigne le respect qu’elle associe avec le fait d’être une ancienne civilisation qui a contribué pour beaucoup au progrès de l’humanité.

Pour nous autres, la question clé est de savoir si l’Amérique et la Chine seront des concurrents de plus en plus hostiles ou des partenaires coopératifs, bien que leurs systèmes politiques soient très différents. Se battront-elles pour dominer le siècle, ou pour le rendre plus pacifique et prospère?

Depuis quelques mois, la Chine manque étonnamment de tact vis-à-vis des Etats-Unis et de ses voisins asiatiques. Obama ne relève pas les vexations et passe outre, ce que les dirigeants chinois semblent interpréter comme le signe d’un affaiblissement américain dû à l’effondrement de Wall Street et aux revers militaires subis en Irak et en Afghanistan. La réserve raffinée des Chinois a fait place à l’arrogance. Quelle autre explication donner au traitement réservé à Obama lors de sa première visite en Chine et au désastreux sommet de Copenhague 2009 sur le changement climatique, où l’un des représentants chinois, relativement secondaire, s’est permis d’agiter son doigt sous le nez du président des Etats-Unis?

La réaction officielle de la Chine à la remise du Prix Nobel à Liu Xiaobo a transformé un simple malaise en une catastrophe diplomatique et la Chine, par ses démonstrations de force, a jeté le Japon, le Vietnam, et même Singapour, dans la consternation. Ces pays ont attiré l’attention sur le fait qu’il est nécessaire que l’Amérique reste le principal garant de la stabilité en Asie.

Il est surprenant que ces événements se passent sous la présidence de Hu Jintao, un homme prudent et intelligent. Cette conduite s’explique peut-être par l’imminence de la fin de son mandat, avec l’existence, au sein du Politburo du Comité central du Parti communiste chinois, d’une faction dure qu’il faut apaiser. Il doit y avoir une explication au fait que la Chine choisisse de se quereller de façon grossière avec le Vatican en ce moment.

Les enjeux à Washington sont donc sérieux pour le président Hu Jintao. Il pourra y juger par lui-même de la force des arguments américains sur le commerce et le taux de change du renminbi [yuan]. Il pourra faire remarquer, du moins en privé, que si l’on observe le taux de change réel – en tenant compte de l’impact du coût du travail sur les prix des exportations – l’écart entre le renminbi et le dollar est bien moindre que ne le suggèrent les détracteurs de la Chine. Mais il faudra également qu’il montre que la Chine ouvre vraiment ses marchés à mesure que la consommation domestique augmente, et qu’elle reconnaît qu’un rétablissement global durable requiert des changements, de la part de la Chine comme de l’Amérique, afin de corriger les déséquilibres internationaux.

Sur le front de la sécurité, la Chine devrait montrer qu’elle partage l’état de nervosité qu’éprouvent l’Amérique, l’Europe, et le Moyen-Orient devant les ambitions nucléaires de la Corée du Nord et de l’Iran. Il ne suffit pas d’être optimiste. Il ne fait aucun doute que la conduite illégale de la Corée du Nord est condamnable. Mais la Chine ne s’est pas démarquée publiquement de ces provocations militaires. Sa crédibilité est entamée pour tenter de désarmer cette crise.

Il est très important que la Chine assure clairement qu’elle soutiendra des sanctions plus sévères à l’encontre de l’Iran – et qu’elle aidera à les mettre en œuvre – si le régime iranien continue de mentir sur son programme nucléaire. Le pétrole et le gaz iraniens ne doivent pas aveugler la Chine sur les dangers qui menaceraient les alentours et le monde entier, si la République islamique devait développer l’arme nucléaire.

La Chine mérite d’être traitée avec sérieux, comme l’un des principaux acteurs de la scène internationale. Mais, pour garantir le statut qu’elle désire, elle doit prouver qu’elle comprend qu’un partenariat n’est pas une voie à sens unique.

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President Hu Jintao will travel to the United States for his third official visit as China’s leader on January 19. It may be his last before he hands over power to his apparently designated successor, Vice President Xi Jinping, in 2012 – coincidentally the same year that President Barack Obama will be campaigning for a second term in the White House.

According to Forbes Magazine, Hu is the most powerful man in the world. Leaving aside the fact that power at the top is much more bureaucratically institutionalized in China than it was in Mao Zedong’s day (a good thing), certainly this visit is hugely important. Indeed, the US-China relationship will be the most significant bilateral engagement in shaping the course of the twenty-first century.

At the heart of globalization has been the emergence of fast-growing economies, most notably Brazil, India, and, above all, China. The US, of course, remains the world’s only superpower – militarily, economically, politically, and culturally. While the world’s democracies are not slow to criticize American leadership, they know that they rely on the US in tackling most serious global problems. Without America, nothing much gets done.

But China now has enough commercial clout, backed by more than $2 trillion in foreign-exchange reserves, to play a decisive role in advancing or impeding global problem-solving, from the G-20 agenda to efforts to rein in North Korea’s nuclear ambitions. China is far too big to be taken for granted, and it wants to be shown the respect that it associates with being an ancient civilization that has contributed so much to human progress.

For the rest of us, the key question is whether America and China will be increasingly acrimonious competitors or cooperative partners, albeit with very different political systems. Will they fight to dominate the century, or to make it more peaceful and prosperous?

China has become surprisingly maladroit in handling the US and its Asian neighbors in recent months. Its leaders seem to have interpreted Obama’s attempts to engage with them, down-playing bilateral aggravations, as a sign of American weakness in the wake of Wall Street’s crash and military reverses in Iraq and Afghanistan. Arrogance has replaced sophisticated modesty. What else can explain the treatment of Obama on his first trip to China and during the disastrous 2009 climate-change conference in Copenhagen, where a relatively minor Chinese official wagged his finger in the face of the US president?

China’s official behavior following the award of the Nobel Peace Prize to Liu Xiaobo turned an embarrassment into a public-diplomacy disaster, and China’s neighbors have been disturbed by Chinese efforts to throw its weight around. Japan, Vietnam, and even Singapore have reacted with consternation, highlighting the need for America to remain the principal guarantor of stability in Asia.

It is surprising that this has happened under Hu, a cautious and intelligent man. Maybe this behavior is attributable to the imminent leadership change, with an aggressive faction in the Communist Party Politburo and Central Committee needing to be mollified. There must be some explanation for China choosing this moment even for an unnecessary and ham-fisted row with the Vatican.

So the stakes in Washington are high for President Hu. He will hear for himself the strength of American arguments about trade and the renminbi’s exchange rate. He will be able to point out, at least in private, that if you look at the real effective exchange rate – taking account of the impact on export prices of rising labor costs – the renminbi-dollar gap is a lot less important than China’s critics suggest. But he must also provide some real evidence that China is opening its markets as domestic consumption grows, and that it recognizes that a sustainable global recovery requires adjustments in China as well as America to redress international imbalances.

On the security front, China should show that it shares the nervousness in America, Europe, and the Middle East about the nuclear ambitions of North Korea and Iran. It is not enough to hope for the best. No one doubts that North Korea is responsible for its own delinquent behavior. But China’s public failure to distance itself from the North’s military provocations has undermined its credibility in efforts to defuse the crisis.

More important, China must make clear that it will support tougher sanctions on Iran – and help to implement them – if the Iranian regime continues to lie about its nuclear program. Iran’s oil and gas should not blind China to the dangers to its neighborhood and the entire world if the Islamic Republic develops a nuclear weapon.

China deserves to be treated seriously as a major player in global governance. But, in order to secure the status that it desires, it must demonstrate that it understands that partnership is a two-way street.

Chris Patten, ex-gouverneur britannique de Hongkong.

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