Renouveler l’action de la FAO pour nourrir la planète

L’agenda du G20 agricole révèle une situation dont la gravité est désormais reconnue par la communauté internationale, en même temps qu’il témoigne de la complexité des enjeux agricoles mondiaux. Je salue la décision du président Nicolas Sarkozy de faire de la volatilité des prix agricoles et de la sécurité alimentaire les priorités de la présidence française du G20.

Depuis l’initiative prise au cours du sommet du G8 de l’Aquila en 2009, une question fondamentale est posée à l’humanité : dans un contexte environnemental et financier contraints, comment nourrir neuf milliards d’hommes, de femmes et d’enfants ?

Certains, à la suite du sommet de Pittsburg, ont tenté d’apporter une réponse en créant le Global Agricultural and Food Security Programme (GAFSP) doté d’un milliard de dollars, et mis en œuvre par la Banque mondiale. De son côté, l’Union européenne a mis en œuvre une initiative représentant un milliard d’euros.

Pourtant, aujourd’hui encore, alors que le monde produit assez d’aliments pour nourrir la population mondiale, plus d’un milliard de personnes continuent à avoir faim chaque année. Si les initiatives sont nombreuses, il semblerait que les divergences de vues, l’incapacité à s’entendre sur les remèdes à apporter, nuisent à l’efficacité de notre action. En témoignent les difficultés éprouvées à enrayer les récentes émeutes de la faim. Il ne s’agit donc pas seulement d’un problème technique mais aussi et surtout d’un problème politique.

Se donner les moyens de nourrir le monde, c’est là le sens même de la création de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Les fondateurs de l’organisation se sont appuyés sur un constat simple : les hommes n’arriveront pas à se nourrir si l’agriculture mondiale n’est pas organisée.

Il n’y a évidemment pas de solution unique et univoque à un enjeu si complexe que l’agriculture dans le monde. Il s’agit à la fois de résoudre les causes concrètes et locales de la faim (les leaders africains ont montré l’exemple en décidant à Maputo en 2003 de consacrer au moins 10 % de leurs budgets nationaux à l’agriculture, la recherche, le développement et l’innovation, tout en garantissant aux citoyens l’accès à la nourriture produite), comme de s’attacher au fonctionnement des puissantes multinationales, afin de les ramener à leur objectif initial mais trop souvent oublié : nourrir la planète.

Le G20 consacré à l’agriculture jouera pleinement son rôle de gouvernance mondiale, en fixant les priorités et les feuilles de route pour les dix années à venir. C’est en effet sur le long terme que pourra être bâtie une gouvernance cohérente, respectueuse, porteuse d’emplois, accompagnant un développement efficace de l’agriculture.

A ce titre, je trouve le thème choisi par le G20 particulièrement pertinent. En effet, la volatilité des prix revêt assez bien les différentes facettes du problème : il s’agit d’un problème d’ordre financier (les marchés doivent être mieux régulés afin d’éviter les distorsions), auquel il faut inclure les paramètres d’analyse d’un cadre plus global. La volatilité est à la fois contingente de la production (produit-on et produira-t-on assez et dans quel but ?) et de l’organisation des territoires (quelles infrastructures pour exporter les productions et quelle organisation pour le monde agricole ?).

Les documents de préparation du G20 montrent qu’aucun aspect ne sera évité. Améliorer la transparence sur les stocks, développer des mesures d’urgence pour faire face aux fluctuations extrêmes (mécanismes de réponse rapide, augmentation des réserves alimentaires d’urgence), mettre l’accent sur les besoins des petits agriculteurs (principaux fournisseurs des citoyens les plus vulnérables), aller vers une meilleure utilisation du progrès scientifique : telles sont les propositions qui devront êtes négociées les 22 et 23 juin lorsque les ministres de l’agriculture du G20 se réuniront à Paris.

Reste à savoir ce que nous saurons et pourrons faire des conclusions du G20. L’objectif principal est de redonner à l’agriculture sa mission essentielle et vitale : libérer l’humanité de la faim. C’est au cœur de la réorganisation du secteur de l’agriculture, sans laquelle les améliorations ne se feront qu’à la marge : la spéculation sur les produits agricoles continuera et la volatilité ne sera réduite qu’à court terme.

Il faudra bien sûr restructurer les moyens afin de prendre en compte les missions renouvelées de la FAO, mais aussi faire preuve de créativité en matière de financement. Je réfléchis d’ores et déjà à des sources de financement alternatives et innovantes qui permettraient, comme Unitaid l’a permis pour le HIV-sida, la tuberculose, et la malaria, de concentrer les masses critiques indispensables à notre action.

Sur la base des diagnostics élaborés par les équipes de la FAO, des priorités clairement assumées et présentes dans la feuille de route du G20, je souhaiterais établir une nouvelle méthode de travail. Si je suis élu directeur général de la FAO lors des élections qui auront lieu le 26 juin, j’entends construire mon action en étroite coordination avec le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM). Cela implique de renouveler le pacte centenaire qui unit la FAO et les scientifiques, de renforcer les relations entre les grands groupes agro-alimentaires, les coopératives paysannes des pays les plus pauvres, les gouvernements des pays donateurs et récipiendaires, et les institutions multilatérales. L’interdépendance des acteurs est essentielle pour permettre à la FAO de jouer son rôle de tour de contrôle de l’alimentation et de la sécurité alimentaire dans le monde.

La faim et ses corollaires que sont la sous-alimentation, la dénutrition ou les carences alimentaires, peuvent être assimilés à la peste de notre temps mais nous en connaissons les remèdes : une alimentation saine et diversifiée, sans risque de pénurie ou déni d’accès.

Mon défi sera de renouveler les termes du mandat de la FAO, la motivation de son personnel, en faire l’institution qui saura rayer le spectre de la faim de nos peurs collectives. Je suis convaincu que l’organisation sortira renforcée de la prochaine élection et jouera un rôle majeur pour mettre l’alimentation et l’agriculture au cœur de la gouvernance mondiale.

Miguel Ángel Moratinos, ancien ministre des affaires étrangères espagnol, candidat à la direction générale de la FAO.

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