Retrouver la paix et la dignité en Israël et en Palestine

Activiste pour la paix évacuée par la police israélienne. Porte de Damas, Jérusalem, 24 mai 2017. © AFP PHOTO / Thomas COEX

Troisième guerre israélo-arabe également connue sous le nom de «guerre de juin», la guerre des Six-Jours mettait aux prises il y a cinquante ans Israël et ses voisins l’Egypte, la Jordanie et la Syrie. Une partie de la société juive israélienne, sous l’impulsion du gouvernement d’extrême droite ultra-nationaliste de Benyamin Netanyahou, célèbre en ce moment les cinquante ans de la libération de la Judée-Samarie (nom biblique donné à la Cisjordanie) et du plateau du Golan. Une autre partie de la société juive, avec la minorité arabe, commémore quant à elle le jubilé de l’annexion forcée de Jérusalem et l’occupation par Israël de la Cisjordanie (la guerre en Syrie ayant mis temporairement le plateau du Golan en dehors de l’équation).

Les Israéliens juifs dont la voix est dissidente, ainsi que leurs alliés plus progressistes au sein de la diaspora juive, constatent avec tristesse qu’Israël s’éloigne toujours davantage de la promesse contenue dans sa Déclaration d’indépendance, élaborée par ses fondateurs le 14 mai 1948. Celle-ci proclamait que l’Etat d’Israël serait basé «sur la liberté, la justice et la paix telle qu’envisagée par les Prophètes». Elle affirmait également qu’Israël assurerait «la plus complète égalité sociale et politique à tous ses habitants, sans distinction de religion, de race ou de sexe» et qu’il garantirait «la liberté de culte, de conscience, de langue, d’éducation et de culture». Elle appelait les Arabes, résidents de l’Etat d’Israël, à préserver la paix et à participer à la construction de l’Etat d’Israël sur la base d’une citoyenneté entière et égale, en bénéficiant d’une représentation appropriée dans les institutions du pays.

La réalité de l’occupation

Malgré les accords de paix obtenus avec l’Egypte (1978) et la Jordanie (1994), et plus particulièrement depuis l’effondrement du processus de paix dit d’Oslo (2001), la situation des Palestiniens à l’intérieur d’Israël et des territoires palestiniens occupés militairement ne fait qu’empirer. Les Israéliens éprouvent la plus grande difficulté à trouver entre eux un consensus sur le tracé définitif des frontières. Leur sécurité face à la menace terroriste n’est pas non plus garantie. L’extrême droite au pouvoir en Israël et ses alliés dans les colonies adoptent des lois qui criminalisent les organisations de défense des droits humains. De plus en plus de voix s’élèvent au sein de la coalition au pouvoir pour priver les Arabes israéliens du droit de vote au parlement israélien (Knesset).

La situation dans les territoires palestiniens occupés est quant à elle toujours aussi préoccupante. L’occupation militaire ôte aux Palestiniens le contrôle de presque tous les aspects de leur vie quotidienne, qu’ils résident dans la bande de Gaza, en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est. La possibilité de se mouvoir librement à l’intérieur de leur pays, d’aller et venir, de construire sur leur propre terre, l’accès aux ressources naturelles et le développement de l’économie palestinienne sont toujours très largement déterminés par les actions de l’armée israélienne. Le traitement réservé aux prisonniers palestiniens fait l’objet d’une critique particulièrement sévère de la part des instances internationales et les observateurs avisés. La perpétuation de l’occupation, sans perspective de s’achever, nourrit un sentiment de désespoir et de frustration. Ce dernier alimente un conflit permanent, dont l’impact délétère se fait bien entendu sentir sur les Palestiniens, mais également sur les Israéliens.

Stopper la compétition victimaire

Répondant à l’appel du mouvement Save Israël – Stop the Occupation (SISO) – réunissant des universitaires, des intellectuels et des artistes israéliens de premier plan –, des voix discordantes se font entendre ces jours-ci dans toute la diaspora juive. Elles manifestent leur désaccord avec la politique menée par les gouvernements israéliens envers les Palestiniens depuis 1967. Elles exigent un changement de paradigme politique. Elles souhaitent exprimer aussi un message d’espoir. D’une part, un effort nécessaire doit s’effectuer au niveau des consciences collectives. La paix future doit se baser sur l’acceptation et la reconnaissance réciproque des traumatismes collectifs du passé, en particulier celui de la Shoah côté juif et celui de la Naqba côté palestinien.

D’autre part, la paix nécessite également de prendre en compte la situation d’injustice et d’anormalité présente. L’avenir de la région, incluant la Palestine, doit s’ancrer dans des principes et des valeurs, ceux de la justice, sur la base d’une conviction commune que chaque être humain vivant dans l’espace partagé entre la rivière Jourdain et la mer Méditerranée possède les mêmes droits. Pour vivre en paix, les futures générations d’Israël et de Palestine devront réaliser les principes fondamentaux de liberté et d’égalité, desquels découle le droit à l’autodétermination des deux peuples/pour tout peuple.

Emmanuel Deonna & Ilan Lew, coprésidents du Cercle Martin Buber, et Leonardo Rodriguez-Perez, secrétaire du Cercle Martin Buber.


Le Cercle Martin Buber de Genève, en partenariat avec l’Institut des cultures arabes et méditerranéennes de Genève, Combatants for Peace, Save Israël – Stop the Occupation et JCall Suisse commémorent les 50 ans de la guerre des Six-Jours et de l’occupation de la Palestine par Israël. Un rassemblement pour la paix est prévu ce dimanche 11 juin, à 17h, sur la place des Nations à Genève.

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