Révoltes à Bahreïn : enjeux et partialité

On avait assisté au mois de mars à de violents affrontements à Bahreïn et à une vague de répression menée par les troupes saoudiennes arrivées au pays suite à des manifestations pacifiques demandant l’instauration d’une monarchie constitutionnelle. L’Iran n’a pas tardé à durcir le ton et à appeler l’Arabie saoudite à retirer ses troupes et à arrêter son ingérence à Bahreïn. Le pays qui est comme l’Iran, majoritairement chiite est par ailleurs gouverné par une minorité sunnite, a toujours bénéficié du soutien de l’Iran dans les circonstances de crise. On a souvent parlé de conflit irano-saoudien sur un territoire bahreïni.

Pour l’Arabie saoudite, tout changement politique à Bahreïn profiterait à l’Iran qui pourrait voir son rôle se renforcer davantage dans la région. En outre, le pays constitue une importante base militaire des Etats-Unis et abrite le quartier général de la cinquième flotte américaine chargée notamment de surveiller le golfe Persique. L’enjeu sécuritaire est en l’occurrence d’une importance capitale.

Au-delà de la politique et des enjeux, il y a la population qui est sortie tout au début pour demander des droits humains et sociaux et parmi les foules, il n’y avait pas que des chiites comme on a voulu nous faire croire dans la plupart des médias. On a surtout insisté sur l’approche confessionnelle traditionnelle : chiites vs sunnites ou l’inverse alors qu’un vent de révolutions secoue le monde arabe où les revendications sont les mêmes et les causes sont les mêmes : répression, corruption, pauvreté, chômage, manque de libertés, etc.

On aurait dû, en présentant les faits, insister sur l’aspect social et politique qui a suscité les révoltes et non l’aspect religieux et confessionnel. Car c’est cette même approche, notamment par les grandes puissances, qui a toujours affaibli la position des pays du Moyen-Orient dans la politique régionale et nous voilà aujourd’hui face au même prétexte, soutenu cette fois-ci par deux rivaux, ce qui n’aide pas du tout à trouver des solutions. L’obsession confessionnelle est souvent là et engendre davantage de problèmes.

Un autre fait marquant dans ces circonstances, c’est le silence quasi-total des médias arabes sur la question, notamment la chaîne qatarieAl-Jazira qui a présenté une couverture exceptionnelle des autres révolutions au point d’être admirée par les Occidentaux qui ont salué sa transparence et son professionnalisme. Face aux événements à Bahreïn, on attendait qu’on nous dise ce qui se passait, qu’on nous montre les images, comme à l’accoutumée, mais la chaîne a passé sous silence la question, aussi bizarre que cela puisse paraître. Sans doute, ne voulait-on pas fâcher une monarchie voisine qui est l’Arabie saoudite et voulait-on éviter, par la non-médiatisation des faits, une vague de révoltes et révolutions dans le Golfe où se trouve aussi le Qatar. En effet, la médiatisation aurait peut-être représenté un risque à prendre, une menace pour la stabilité de ces monarchies. La mise en place d’un nouveau régime à Bahreïn constitue un risque d’explosion dans tout le Golfe, ce qui représente un vrai cauchemar pour ces pays.

Par ailleurs, il s’agit là d’un reproche qu’on pourrait faire aux médias arabes : la population chiite bahreïnie a elle aussi le droit d’être soutenue en tant que population arabe demandant des droits légitimes. Pour se rattraper, il faudrait présenter les choses avec objectivité et ne pas tomber dans la partialité, les considérations tribales, religieuses, confessionnelles ou régionales. Quand il s’agit de droits, il ne faut qu’être juste, car ce n’est pas divisible et les préférences n’ont guère de place.

Rim Khouni Messaoud, docteur en histoire contemporaine, université Paris-III, spécialiste du Moyen-Orient.

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