Sauver l’Europe avec la BCE dans le cadre des traités existants

La Grèce, l’Italie, l’Espagne et demain la France vont couper les budgets sociaux de santé-éducation et accepter de plonger leur classe moyenne dans la pauvreté.

Le sang des réformes: un matin, en Italie, Mario Monti, ancien banquier de chez Goldman Sachs, a affiché la volonté de «bien gérer» le pays et assuré au peuple qu’il n’avait à offrir que du sang, de la sueur et des larmes avec des réformes drastiques.

Il obéissait ainsi à la lettre secrète du 4 août 2011, envoyée par le président de la BCE et son successeur Mario Draghi, ancien de Goldman Sachs, à Silvio Berlusconi, exigeant la libéralisation totale des services publics via des privatisations de grande ampleur, la réduction significative du coût des emplois publics, si nécessaire en baissant les salaires, la révision en profondeur des règles régissant le recrutement et le licenciement des salariés. Il était précisé que toutes les mesures énumérées devaient être adoptées aussi vite que possible par décret-loi afin sûrement de contourner le peuple fantasque.

Le peuple italien doit assumer le choix de ses gouvernants et la corruption envers laquelle par le passé il a trop souvent fermé les yeux. Il doit honorer le remboursement du capital. Mais qu’en est-il du taux d’intérêt pour les échéances futures?

Des créanciers qui profitent des réformes structurelles des Etats: comment ont réfléchi les investisseurs comme la veuve de Carpentras, le dentiste belge ou le fonds de pension des enseignants californiens qui ont placé ces dernières années leur argent dans des emprunts italiens à 7% plutôt qu’allemands à 3%? Ils ont simplement considéré que la prime de risque de 4% était la juste rémunération additionnelle pour investir dans un pays mal géré à forte probabilité de faillite.

Ces créanciers, au moment de la souscription, avaient peu de chance de voir honorer l’intégralité du paiement du capital et des intérêts. Mais les milliards de coupes sur les budgets sociaux ou la hausse des impôts vont directement tomber dans leur escarcelle… au-delà de leur espérance initiale. Les efforts des peuples ne vont que diminuer le risque de faillite pour le créancier sauf si le taux est renégocié.

Des réformes contre une renégociation du taux: or, si un Etat, par un nouveau comportement, diminue drastiquement le risque de non-paiement de son créancier, il devrait légitimement en bénéficier. Ce nouveau comportement mériterait un avenant au contrat avec le créancier. Puisque le risque de faillite s’évanouira avec les efforts structurels, les créanciers ne devraient plus toucher la prime de risque.

D’autant plus que cette garantie d’être payé sera amplifiée par le fait que les créanciers accepteront de ne recevoir que le juste taux qui serait proche du taux sans risque de 3%.

Et si le créancier ne voulait rien entendre, il serait possible de lui rembourser d’autorité le capital et les intérêts courus. Cela serait assimilé à un défaut de paiement et le créancier risque de ne plus prêter. Qu’importe si la fourmi n’est plus prêteuse! C’est ici que la banque centrale doit se substituer à 3% aux créanciers.

La BCE fera des prêts indirects et ciblés aux Etats actuellement défaillants. Ces derniers seront exclus de l’Europe si les réformes ne sont pas faites. Mais des réformes, non pour engraisser les fourmis, mais pour rendre durables les équilibres de balance commerciale sur le moyen terme car aucun pays ne peut durablement consommer plus qu’il ne produit.

Comment la BCE peut-elle, dans le cadre des traités existants, sauver l’Europe? La BCE lance un appel d’offres en indiquant le pays, le montant et le taux auquel elle veut prêter. Par exemple 20 milliards à 20 ans à 3% à l’Italie. Evidemment aucune banque ne souhaite prêter dans ces conditions. Mais la BCE, offrant la garantie de racheter à la banque dans la minute suivante les obligations émises, va trouver l’intermédiaire demandant la plus petite commission. Il est même probable que des banques, pour afficher leur utilité sociale et redorer leur popularité, proposent de ne pas prendre de commission.

C’est possible dans le cadre des traités et notamment par l’article 123 du traité de Lisbonne. Bizarrement cela n’est jamais envisagé. La BCE défend-elle le peuple ou les créanciers?

Si le contribuable continue à être l’otage d’une politique pilotée par et pour les créanciers, nos démocraties seront emportées. Nous faisons une proposition applicable immédiatement pour qu’il n’en soit pas ainsi.

Denis Dupré enseigne la finance et l’éthique à l’IAE de Grenoble et à l’Ensimag, titulaire de la chaire «Manager responsable» à l’Université de Grenoble.

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