Good Morning Africa

Des fans du chanteur congolais JB Mpiana, à Kinshasa. Photo Dieter Telemans

Quelles que soient leurs trajectoires de migrations, les «migrants» d’aujourd’hui comme ceux d’hier sont avant tout des individus avec un bagage culturel propre, des émotions. Une vie qu’ils laissent «là-bas» pour construire autre chose «ici» : «Je vis ici oui / Mais c’est là-bas que j’habite / Et quand j’y suis, une voix me dit "reviens vite"» comme l’écrit le parolier du groupe Zebda, Magyd Cherfi dans son album Harragas (1). N’en déplaise au modèle français d’intégration, en fonction de ce qu’ils sont, ils empruntent, s’approprient, composent, recomposent sans jamais oublier d’où ils viennent, ils créent ainsi des identités créolisées.…  Seguir leyendo »

Aux urnes, les diasporas

L’une des raisons communément évoquée pour expliquer la généralisation du vote à distance en Afrique est la volonté des pays exportateurs de main-d’œuvre d’encourager les transferts financiers des émigrés, qui constituent souvent une source essentielle de devises étrangères. Pourtant, les recherches existantes ont montré qu’il n’existe pas de lien clair entre l’adoption du vote à distance et le pourcentage des remises (envois de fonds des migrants) dans le PIB ou la taille relative de la population à l’étranger. Ainsi des pays aux diasporas conséquentes mais qui sont aussi parmi les plus peuplés du continent (Nigeria, Ethiopie, RDC) n’ont pas (encore) adopté le vote à distance.…  Seguir leyendo »

Extrait de la série «Jua Kali» (2015) de Tahir Carl Karmali. Photo Courtesy of the artist

Felwine Sarr est un jeune économiste, enseignant à l’université Gaston-Berger de Saint-Louis, au Sénégal. Passionné de philosophie et de science sociales, il est aussi romancier, musicien, éditeur. De ce profil atypique vient sûrement l’originalité de son dernier essai Afrotopia, publié chez Philippe Rey le 10 mars. Selon lui, le continent continue d’être perçu au travers du regard extérieur, occidental : «sous-développé», en retard, toujours en position inférieure. Faut-il décoloniser notre façon de voir l’Afrique ? Un objectif que Felwine Sarr adresse surtout aux Africains, les premiers concernés.

S’affranchir des critères occidentaux, ça veut dire quoi ?

Il s’agit de sortir de critères qui instaurent une dominance de l’économie, des catégories qui ne sont que quantitatives, statistiques, comparatives, et de réfléchir à une réalité en train de se faire et qui est mue aussi par de l’immatérialité.…  Seguir leyendo »

Revelations I (2011) de l'artiste Kudzanai Chiurai. Courtesy Goodman Gallery.

L’Afrique est une composante centrale de l’histoire de la modernité occidentale. A partir du XVe siècle, époque de la Renaissance et de la circumnavigation portugaise et espagnole, puis anglaise, hollandaise et française, elle prend une large part à l’accumulation primitive du capital grâce à la captation de produits tropicaux et aux traites négrières. Plus tard, au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, elle devient l’enjeu d’une vive compétition entre puissances européennes, qui annonçait elle-même la brutale déflagration de la Grande Guerre, en étant au cœur de la constitution de leurs empires coloniaux. Les colonisations européennes ne durent pas même un siècle, puisque le tournant des années 60 marque l’avènement d’une multitude d’Etats africains indépendants.…  Seguir leyendo »

Depuis un demi-siècle, les historiens et les anthropologues ont montré que «les ethnies ont une histoire», qu’elles se construisent, se déconstruisent et se recomposent. Le regard porté sur le continent est, peu à peu, sorti de l’âge de l’exotisme ethnographique. Les peuples de l’Afrique noire ont récupéré l’initiative sociale et politique que la colonisation leur avait déniée. Néanmoins, des années 60 aux années 90, des conflits sanglants ont mis en branle les appartenances à des identités du passé, dont les antagonismes apparaissaient comme incontournables. Que l’on pense au Soudan, au Nigeria, aux deux Congo, au Liberia, à l’Angola, à l’Ouganda, au Burundi… et au sommet de l’horreur atteint en 1994, au Rwanda, où la logique génocidaire a été rééditée au cœur de l’Afrique.…  Seguir leyendo »

Clémence, dans l’église de Minova, en république démocratique du Congo. Photo tirée de la série de portraits «Dancing Ashes» réalisés en 2013 par Colin Delfosse. Photos Colin Delfosse. Out of Focus. Picture Tank

La croissance des Eglises évangéliques, qui mettent l’accent sur la conversion individuelle, la relation normative à la Bible ou l’activisme prosélyte, est une réalité, et notamment celle de la mouvance pentecôtiste, centrée sur les manifestations du Saint-Esprit et l’attente de «miracles».

Mais la montée en puissance de ces Eglises n’est pas un phénomène nouveau ou inédit, symptôme d’une rupture qui se serait opérée ces dernières années. Leur implantation sur le continent africain, loin de correspondre à un surgissement soudain et récent, remonte à plusieurs décennies. Des missionnaires pentecôtistes y sont arrivés dès la fin des années 1910, soit peu de temps après l’émergence de ces Eglises aux Etats-Unis.…  Seguir leyendo »

Luttes et imaginaires démocratiques en Afrique

Que peut-on attendre de ces démocraties dites à «adjectifs» (régime hybride, démocratie autoritaire, démocratie clientélaire) qui qualifient bien les limites de l’ouverture politique de nombreux pays du continent africain ? Il devrait y avoir peu de suspens dans les pays tenus en main par les présidents sortants qui ont de très fortes chances d’être réélus (Ouganda, Niger, Djibouti, Tchad). Dans ces cas-là, les formes de la démocratie libérale (des élections à intervalle régulier, une division apparente des pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif) cachent difficilement des pratiques connues de ces régimes (puissance du parti présidentiel, quasi-impossibilité d’alternance, intimidation de l’opposition, trucage électoral).…  Seguir leyendo »