Monde d'après: par où on commence?

Repenser la mondialisation, investir massivement dans la transition écologique, relocaliser la production industrielle ou agricole, remettre à leur place les activités les plus utiles à la société… Au fil des discours, beaucoup promettent que rien ne sera plus jamais comme avant. Est-ce si sûr ? Pour préparer le monde d’après, Libération a invité des intellectuels à débusquer les «fausses bonnes idées» et à identifier les actions prioritaires pour que les belles promesses ne soient pas vaines.

Sur les Champs-Elysées, le 11 mai, premier jour du déconfinement. Photo François Mori. AP

Les économistes sont face à un trou noir. Quelle sera l’ampleur de la crise liée au coronavirus, combien d’emplois perdus, comment relancer l’activité et laquelle ? L’Etat est intervenu massivement pour soutenir entreprises et salaires, mais qui va payer la facture ? Les plus optimistes misent sur la dette et la monnaie pour éponger les déficits. Angela Merkel et Emmanuel Macron ont proposé lundi à leurs partenaires européens la création d’un fonds de relance doté de 500 milliards d’euros. Des stratégies intéressantes mais qui ne seront pas suffisantes, analyse l’économiste Thomas Piketty. L’auteur du Capital au XXIe siècle (Seuil, 2013) et de Capital et idéologie (Seuil, 2019) voit encore et toujours dans l’impôt le financement d’un horizon économique plus juste et plus propre : la taxation lourdement progressive des hauts revenus, des patrimoines, mais aussi des émissions carbone fortes, permettrait, à la faveur de cette épidémie inédite, de réduire les inégalités et de financer la transition écologique.…  Seguir leyendo »

A Paris, le 23 septembre 2017, lors d’une manifestation de la France insoumise lors de laquelle Jean-Luc Mélenchon a appelé ses militants à «prendre la rue».Photo Boby .  Hans Lucas

Pour la philosophe politique Chantal Mouffe, la crise du Covid-19 peut profiter aux populistes de droite et à leurs solutions simplistes et xénophobes. Elle appelle la gauche à construire des débouchés égalitaires et écologiques aux demandes de protection des classes populaires.

«Monde d’après» : Par où on commence ?

Théoricienne influente du «populisme de gauche», Chantal Mouffe a passé son confinement dans sa maison du nord-ouest de Londres, où elle enseigne la théorie politique à l’université de Westminster. Selon la Belge, qui inspire Jean-Luc Mélenchon en France et Podemos en Espagne, il n’est pas dit que l’après-coronavirus suscite une adhésion aux mouvements de gauche.…  Seguir leyendo »

Des membres d’une «brigade de solidarité populaire», verbalisés lors d’une distribution de nourriture aux plus démunis, le 1er mai à Montreuil. (Photo Cyril Zannettacci. Vu)

Selon l’ingénieur agronome Pablo Servigne, spécialiste de la transition écologique, après la crise du Covid-19, il faudra se doter de nouveaux outils institutionnels qui favorisent les formes d’entraide spontanée, plutôt que l’esprit de compétition qui les caractérise aujourd’hui, à l’image de notre système économique.

Nous voilà donc presque déconfinés. Mais l’heure n’est pas vraiment à la fête : au lieu de retrouver une joyeuse insouciance, une troublante inquiétude nous guette. Et on se prend à se demander : est-ce le début de la fin ? Alors on lit Comment tout peut s’effondrer (Seuil, 2015), l’essai de Pablo Servigne et de Raphaël Stevens qui a popularisé le concept de «collapsologie», l’étude des effondrements de notre civilisation, et on se mord les doigts en pensant à notre avenir immédiat.…  Seguir leyendo »

A Matignon, le 23 février 1982, les nouveaux patrons d’entreprises nationalisées (dont une seule femme, Lisette Mayret, nommée à la banque Hervet) avec le Premier ministre de l’époque, Pierre Mauroy, et les ministres Jacques Delors (Economie), Pierre Dreyfus (Industrie) et Jean Le Garrec (Nationalisations). Photo Michel Clément. AFP.

Pour l’économiste keynésien François Morin, conseiller du gouvernement lors des nationalisations de 1981, il vaut mieux mettre en place une démocratie économique radicale. Avec des rapports plus égalitaires entre salariés et actionnaires (ou l’Etat).

Revoilà un mot que l’on pensait enterré avec la gauche. Et qui vient paradoxalement du camp libéral : pour sauver les grandes entreprises de la crise, il faudrait les nationaliser… Mais seulement de façon temporaire, et sans contrepartie. Est-ce tout de même l’esquisse du début d’un possible changement des règles du jeu économique ? Rien n’est moins sûr aux yeux de François Morin, qui a participé à la préparation des lois de nationalisation de 1981.…  Seguir leyendo »