Six idées reçues sur Mai 68

Les travaux d’historiens et de sociologues apportent un regard neuf sur le mouvement qui a secoué la France en mai-juin 1968, et remet en cause nombre de lieux communs élaborés au fil des célébrations. Démonstration en six points.

A l’époque, c’est encore un voyage. Quarante kilomètres. Quand, au soir du 6 juin, les étudiants de la Sorbonne décident de rejoindre l’usine Renault de Flins (Yvelines), ils sont pourtant nombreux, plusieurs centaines : ils partent soutenir les « camarades » ouvriers menacés d’expulsion par les forces de l’ordre. Affolée par plusieurs mots d’ordre de rassemblement, la police forme des barrages et arrête les automobilistes aux cheveux longs, suspects. Dans la nuit, plus de trois cents personnes sont interpellées. Parmi elles, une moitié d’étudiants, a compté Ludivine Bantigny dans 1968. De grands soirs en petits matins (Seuil, 464 p., 25 euros) : chez les ouvriers, cette entraide « marque les esprits et en bouleverse plus d’un ».…  Seguir leyendo »

Il y a eu sept morts au cours des manifestations de mai-juin 1968, selon la plupart des historiens. L’usage des armes à feu fut exceptionnel. Les forces de l’ordre ont tiré deux fois à balles réelles : le 30 mai, dans le Calvados, tuant un jeune homme, et le 11 juin, devant l’usine de Sochaux à Montbéliard, abattant l’ouvrier-serrurier Pierre Beylot, 24 ans. Les manifestants de rue n’ont pas utilisé d’armes létales. Mais si Mai 1968 n’a pas été une révolution sanglante, ni même une « révolution » au sens classique d’une tentative de renversement politique, ce ne fut pas non plus un « carnaval », un « psychodrame », ou des « saturnales » menées par « la jeunesse dorée du XVIe arrondissement », comme a pu l’écrire Raymond Aron.…  Seguir leyendo »

Mai 1968. Dans sa belle bâtisse du Gers, Mme Vieuzac est victime d’une crise cardiaque. La famille accourt pour un ultime hommage, mais celui-ci va prendre une tournure inattendue… Car le vent révolutionnaire qui souffle sur la capitale propage ses effluves jusqu’à cette campagne cossue, si joliment filmée par Louis Malle dans Milou en mai (1990). Campagne dans laquelle n’apparaît pas le moindre contestataire, laissant croire, comme souvent, que les événements de mai-juin restèrent essentiellement parisiens.

Villes universitaires

Rien de plus faux ! Dans certains cas, la province précéda même la capitale. Toulouse est ainsi la première ville universitaire à avoir réagi au mouvement lancé le 22 mars à la faculté de Nanterre.…  Seguir leyendo »

C’était le printemps. A côté des rangées de platanes bien taillés, des aphorismes ont soudain fleuri sur les murs comme pousse la mauvaise herbe, aussi piquants qu’un chardon des champs, aussi légers qu’un pissenlit duveteux, aussi poétiques qu’un coquelicot au bord d’une autoroute. « Il est interdit d’interdire », « Sous les pavés, la plage », « Jouissez sans entraves », « Ne perdez pas votre vie à la gagner », « L’imagination au pouvoir », « Tout, tout de suite » : ces slogans poético-politiques restent enracinés dans la mémoire collective telle une trace vivace de l’esprit de Mai.

Cerveaux créatifs

Leur succès a contribué à orienter la vision d’une révolution placée sous le signe du refus de l’autorité, de l’individualisme, de la libération sexuelle, de l’éloge du présent.…  Seguir leyendo »

« Jouissez sans entraves », « Plus je fais l’amour, plus j’ai envie de faire la révolution. Plus je fais la révolution, plus j’ai envie de faire l’amour »… Les graffitis inscrits sur les murs de Paris en Mai 1968 ont construit une légende : ce joli mois marquerait l’an I de la révolution sexuelle. Un mythe que déconstruit patiemment Michelle Zancarini-Fournel. « Il faut distinguer les représentations qui se sont imposées au cours des décennies qui ont suivi 1968 et les pratiques réelles de l’époque », prévient l’historienne, qui a dirigé, avec Philippe Artières, 68. Une histoire collective (1962-1981) (La Découverte, 2008).…  Seguir leyendo »

Depuis des décennies, on se repasse le même film. Celui d’une génération d’étudiants qui évoluent dans un tout petit périmètre parisien, entre la Seine et le Luxembourg, la rue d’Ulm et le boulevard Saint-Michel. On raconte l’histoire de ces jeunes gens qui ont décidé, un joli jour de mai, de transformer la cour de la Sorbonne en agora. On évoque en toile de fond les guerres d’Algérie et du Vietnam, la révolution cubaine et les projets de Mao, trame de leur engagement politique. On parle de ces rebelles d’un soir qui se sont convertis au néolibéralisme pour occuper des postes de pouvoir.…  Seguir leyendo »