Sommet de Copenhague sur le climat : vertu de l’exemple contre spirale de l’échec

Un échec, voila ce que le sommet de Copenhague sur le réchauffement climatique a été : pas d’engagements chiffrés et contraignants sur la durée pour les principaux pollueurs, pas de système de vérification des efforts de chacun, pas d’évolution significative des pays émergents fortement émetteurs, pas d’engagements précis sur le plan financier en faveur des pays pauvres. Ce sommet est demeuré une vaste foire d’empoigne où les intérêts particuliers n’ont jamais totalement coïncidé avec l’intérêt général.

Cet échec aura bien entendu des conséquences. On ne peut dire que ce type de rendez-vous avec l’Histoire se représentera. Mieux vaut ne pas trop espérer de la prochaine conférence sur ce thème à Mexico. Puisque deux ans de préparation n’ont donné aucun résultat, pourquoi une année supplémentaire pourrait-elle changer les choses ?

Certains imputent cet échec à plusieurs causes : incapacité des Etats-Unis à bouger sur une position non validée par le Congrès, refus de la Chine et de l’Inde de se voir imposer de l’extérieur une politique ambitieuse dans un secteur qu’elles considèrent comme relevant de leur stricte souveraineté, faillite du système onusien qui n’arrive plus à dégager de consensus sur les questions majeures de notre avenir.

Et pourtant, est-ce qu’un système multilatéral rénové, est-ce que la création d’une agence des Nations unies pour l’environnement auraient eu la capacité de ployer les intérêts particuliers des puissances dominantes ? Pas si sûr. Le sommet s’est heurté au mur des souverainetés : celle des Etats-Unis, celles de la Chine et, dans une moindre mesure, de l’Inde, autant de blocs devenus incontournables.

L’Europe de l’Union n’a pas pesé lourd face à ces superpuissances que la perspective d’un échec à Copenhague ne paraît pas effrayer outre mesure. Or une Europe unie et solidaire s’est exprimée à Copenhague sur la base d’un volontarisme évident pour aller de l’avant.

Le bloc européen, l’Europe puissance est décidément une chimère, pas une solution. Alors que faire ? S’entêter à vouloir reconstruire un nouveau multilatéralisme ? Une organisation mondiale de l’environnement, comme le préconisait la France ? Pas sûr qu’il faille attendre cette série de prérequis pour agir. Mieux vaut être réaliste et s’y prendre résolument autrement. Les Etats-Unis, la Chine et d’autres puissances émergentes ne souhaitent pas s’engager juridiquement et de manière contraignante dans une décarbonisation drastique de leurs économies : dont acte.

N’en faisons plus un préalable pour agir au niveau français comme sur le plan européen. Si la cause du réchauffement climatique est juste, elle s’imposera un jour ou l’autre, et il est peut-être de la responsabilité des vieilles nations d’Europe de tracer le chemin, d’ouvrir la voie en mettant en oeuvre sans plus tarder une politique responsable s’appuyant sur deux piliers : la baisse drastique des émissions de gaz à effet de serre de 30 % dès 2020, un appui généreux aux pays pauvres et en développement qui commencent à souffrir du réchauffement climatique.

Il faut donc passer du rêve utopique du consensus général mais inatteignable aux vertus de l’exemple. La France comme l’Europe dans son ensemble n’ont que des avantages à être précurseurs dans ce domaine. La croissance verte et solidaire peut être leur nouvel atout politique et économique face à l’inertie des superpuissances. D’aucuns diront que la France et l’Europe ne peuvent aller seules sur cette voie, de peur de lester leur compétitivité face à leurs associés rivaux ? Ce n’est pas vrai.

Les nouvelles technologies de la croissance verte et solidaire sont justement les atouts d’une économie de demain. La société de la sobriété et du partage constitue notre futur. Rien n’empêche la France ou l’Europe de favoriser ce modèle, et au besoin en se protégeant des importations qui n’acquittent pas le juste prix de leur pollution.

De plus, la réaffirmation effective d’une solidarité forte vis-à-vis des pays du Sud est le meilleur signe du passage d’une civilisation en coma dépassé basée sur une compétition barbare – la guerre économique à n’importe quel prix social et environnemental – à une civilisation du partage qui refuse les inégalités, le pillage et la dégradation des ressources de la planète. Investir maintenant dans ce nouveau modèle constituera un atout majeur pour la France et l’Europe. Croire aux vertus de l’exemple, à sa capacité d’attraction, ne plus accepter le diktat de ceux qui préfèrent la paralysie à l’action.

Le Royaume-Uni vient de nous montrer la voie sur le plan de la spéculation financière. La taxation des bonus à 50 % est finalement possible, sans préalable, sans attendre la réciproque chez la concurrence, sans craindre le naufrage de la City. Le Royaume-Uni n’a plus peur de l’isolement, il redevient acteur de son propre destin et desserre les cordons de sa dépendance au conformisme du «comme tout le monde». Déjà, la France lui emboîte le pas, avant, n’en doutons pas, bien d’autres pays. Qui a dit que les Etats ne pouvaient plus agir ? Qui voudrait faire croire que les blocs – Etats-Unis et Chine en tête -, lourds pachydermes aux pieds d’argile, sont suffisamment mobiles pour s’adapter rapidement ?

La vertu de l’exemple comme alternative au manque de consensus. La vertu de l’exemple face à la logique périmée des rapports de forces. La vertu de l’exemple pour la préservation d’un équilibre climatique. Voilà véritablement peut-être la révolution à accomplir pour la France et l’Europe, celle de la construction d’un nouveau modèle de société.

Stéphane Madaule, essayiste et maître de conférences à Sciences Po Paris.