Sus au plastique ! Les dessous d’une « décision vertueuse »…

Sortir la fourchette en plastique de son emballage flexible, arracher la pochette transparente de son sandwich, verser le soda de la bouteille plastique dans un gobelet… Cette scène classique de déjeuner sur l’herbe, on l’a désormais compris, n’a rien d’un cadeau pour la planète ! Le monde semble engagé dans une « plastic detox » qui pourrait changer nos habitudes.

L’entrée en vigueur en 2020 de la loi interdisant les objets plastique à usage unique n’est pas passée inaperçue. Les élus du Conseil de Paris ont voté l’interdiction progressive, à compter de septembre, des pailles en plastique dans les équipements municipaux. Les entreprises multiplient les annonces, comme Michel-Edouard Leclerc, déjà en pointe dans la suppression des sacs plastique à la caisse il y a vingt ans.

Bien après le pionnier Biocoop, ce sont désormais des entreprises comme Carrefour, Starbucks ou Coca-Cola qui se sont lancées récemment dans des plans d’action radicaux autour d’objectifs « 100 % économie circulaire », ayant intérêt à passer le plus rapidement possible de « pollueurs » à « vertueux », dans ce jeu d’image et de business.

Des pionniers comme Taïwan, la Corse, San Francisco ont déjà pris des mesures. En France, des dispositions contre les produits plastique à usage unique avaient déjà été étudiées en 2012 à l’occasion du Grenelle de l’environnement, mais elles n’avaient finalement pas été retenues, à l’époque. Alors, pourquoi maintenant ?

Fin des importations des déchets plastique en Chine

Toutes ces initiatives sont en réalité issues d’une décision politique unilatérale : celle de la Chine qui, début 2018, a décidé de stopper les importations de nos déchets plastique « post-consommation ». La donne en a été radicalement changée en Occident.

Depuis 1992, près des trois quarts des déchets plastique des pays industrialisés finissaient dans l’empire du Milieu. L’Europe y exportait jusqu’à présent 50 % de ses déchets plastique triés. Entre-temps, la Chine est devenue un pays de consommation suffisamment développé pour se retrouver avec son propre gisement de déchets plastique à gérer… D’autant que son image pâtissait de ce rôle de « recycleur du monde » – depuis notamment que le documentaire Plastic China, de Jiu-liang Wang (2016), avait dénoncé ces pratiques dévastatrices pour les habitants et l’environnement.

Nous récupérons donc le problème dont nous nous étions débarrassés de façon bien commode. D’ici à 2030, nous devrions nous retrouver avec 111 millions de tonnes de plastique sur les bras… Mieux vaut donc encore réduire à la source notre fléau, sous peine d’étouffer nos écosystèmes, notre biodiversité et notre économie. D’où les grands moyens juridiques proposés par Brune Poirson, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique, pour aller vers « 100 % de plastiques recyclés en 2025 » (contre 20 % aujourd’hui) – et les mesures prises par d’autres pays, comme le Royaume-Uni ou le Chili.

Le vent a tourné

En s’avérant plus radicale que nous n’avons jamais osé l’être, en refusant un marché qu’elle ne jugeait plus équilibré, la Chine pourrait bien contribuer à nous sauver de nous-mêmes. Cette décision impactera les modèles économiques et les comportements. Peut-être contribuera-t-elle à changer nos paysages et la teneur en plastique de l’océan, le régime alimentaire des animaux qui s’y nourrissent et notre santé à tous. Grâce à la Chine, le vent a vraiment tourné. Hier, il poussait le sac plastique vers la mer. Aujourd’hui, il le ramène sous notre nez.

La décision chinoise aura eu le mérite de ne pas laisser aux acteurs l’opportunité de repousser les échéances. Sans en faire une généralité, c’est cette soudaine obligation qui a fait levier sur des entreprises qui nous expliquent pourtant que la contrainte législative n’est pas nécessaire pour agir… A elles d’apprendre à anticiper les contraintes pour en faire des opportunités.

Par Elisabeth Laville, fondatrice du cabinet de conseil en développement durable Utopies et porte-parole de B Corp en France.

Deja un comentario

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos obligatorios están marcados con *