Synode catholique

Le pape François préside la messe de clôture du synode des évêques dans la basilique Saint-Pierre au Vatican, le 29 octobre 2023. VATICAN MEDIA / VIA REUTERS
Le pape François préside la messe de clôture du synode des évêques dans la basilique Saint-Pierre au Vatican, le 29 octobre 2023. VATICAN MEDIA / VIA REUTERS

La première assemblée générale du synode sur la synodalité, qui vient de se tenir à Rome du 4 au 29 octobre, avait suscité de l’incrédulité, voire de la défiance. La montagne n’accoucherait-elle pas d’une souris ? Les figures « classiques » de l’Eglise n’allaient-elles pas escamoter tout débat ? Les prélats n’allaient-ils pas renvoyer aux calendes grecques les précieuses questions qui avaient émané de l’impressionnante consultation du peuple de Dieu ayant précédé cette assemblée générale ?
N’oublions pas que certains d’entre eux étaient d’emblée récalcitrants, au point de demander si cela était bien conforme à la tradition, à « l’Eglise de toujours », et si cela ne les dépossédait pas d’une part essentielle de leurs prérogatives cardinalices et épiscopales…

Toutes ces questions restent d’actualité. Mais elles ont été fortement déplacées par la méthode mise en place, à commencer par la nomination de laïcs et de femmes avec droit de vote. Les commentaires de certains participants ont relevé de manière quasi unanime le changement de ton et la qualité des débats qui en a résulté. Certains, à l’instar des cardinaux américains Blase Cupich et Robert McElroy, affirment qu’il est désormais « impossible de revenir » à des synodes sans électeurs laïques.

Des « points à résoudre »

Plusieurs autres éléments de méthode ont également été décisifs : l’équipement numérique de la salle et surtout sa disposition avec des tables rondes, mettant les participants sur le même niveau d’horizontalité, avec des temps de parole limités, sans priorité donnée aux prélats… Quand on sait l’importance de l’image, comment mieux marquer qu’il s’agit d’abord d’une rencontre entre baptisés, et que les clercs, quel que soit leur rang, sont d’abord des baptisés ?
Si le silence imposé aux débats (et non le secret pontifical) a étonné, cela a également été reconnu, a posteriori, comme bénéfique pour la liberté de parole. Citons enfin la « méthode de la conversation dans l’Esprit », qui s’est enracinée dans la vie spirituelle des participants (retraite, veillée œcuménique, visite des catacombes…) et les a ouverts aux événements (tragiques) du monde et à la crise écologique, qui se sont imposés dans les débats.

Deux documents ont été publiés à l’issue de ces trois semaines. Dans une « lettre au peuple de Dieu » (25 octobre), les participants ont relaté « une expérience inédite dans le contexte d’un monde en crise » et disent souhaiter que les mois à venir favorisent « l’implication effective de tous et de chacun » à partir des questions du rapport de synthèse.

Ce second document (28 octobre) a quant à lui été qualifié de « procès-verbal fidèle aux échanges ». Ses thèmes sont divisés en « points de convergence », « propositions » et « points à résoudre », qui devront, autant que possible, être tranchés en octobre 2024, lors de la seconde assemblée générale.

Le plus grand nombre de votes contre

La question des femmes est considérée comme la plus urgente. Elle a fait l’objet de nombreuses propositions (lutte contre les discriminations, accès élargi aux responsabilités et à la formation théologique, évolution vers un langage plus inclusif…). Cependant la proposition de poursuivre « la recherche théologique et pastorale sur l’accès des femmes au diaconat » a récolté le plus grand nombre de votes contre.
Cela ne manque pas d’intriguer en raison des très nombreux travaux spécialisés sur le sujet du diaconat féminin attestant qu’il existait au Ier millénaire de l’ère chrétienne ; en raison aussi de la formulation qui n’intègre pas explicitement la recherche « ministérielle » (c’est-à-dire par le biais de l’ordination, qu’une aile conservatrice refuse aux femmes). Or, en maints endroits, spécialement en Allemagne et dans certains cantons suisses, des femmes assurent déjà toutes les fonctions du diacre sans être précisément des « ministres ordonnés ».

Le sujet du célibat des prêtres, fréquemment évoqué ces dernières semaines, a par ailleurs été très disputé. Quant à l’identité de genre et l’orientation sexuelle, elles n’ont été mentionnées qu’en termes de controverses dans la société, aux côtés de l’intelligence artificielle ou de la fin de vie.
Que retenir ? L’insistance sur l’écoute réciproque a certainement fait évoluer l’état d’esprit des participants présents. Mais réussiront-ils à convaincre leurs collègues de la fécondité d’une Eglise à la fois une, inclusive et plurielle ? Ou les tenants d’une vision uniforme et univoque constitueront-ils des minorités de blocage ?

Onze mois décisifs

L’Eglise catholique vit aujourd’hui un tournant majeur, un événement de parole inouï et irréversible, enraciné dans le « logos » [discours rationnel]. Cependant, les résistances restent vives. Les différences d’approche qui transparaissent dans le document final garantissent que les sujets de l’Instrumentum laboris, le document de travail ayant fixé l’ordre du jour, ont bien été pris en compte. Mais si aucune décision notable n’est prise l’an prochain, la déconvenue risque d’être profonde. Et la menace d’une implosion réelle.

En même temps, certains points sont tellement sensibles dans la réalité ecclésiale qu’il ne fallait pas compter sur la possibilité de décisions précises dès cette année. Le pape François a donc mis l’accent sur l’exigence d’un dialogue ouvert entre tous les baptisés sur les sujets listés par l’instrument de travail. Un pari risqué, tant le pouvoir vertical, patriarcal, détenu par les clercs et surtout les prélats les plus haut placés, rechigne au dialogue constructif et à une collaboration entre pairs. Mais peut-être était-ce là la seule alternative pour éviter un blocage des réformes dès la première assemblée synodale…

L’expérience participative du synode a rebattu les cartes. Les documents publiés vont être envoyés dans les églises locales et selon le cardinal Jean-Claude Hollerich, des « recherches canoniques, théologiques et pastorales » devront être menées. Cela suffira-t-il ? Qu’en sera-t-il des questions ministérielles, ecclésiologiques et de gouvernance ?
Il s’agit désormais de faire de ces onze prochains mois un kairos, un moment opportun permettant de faire mûrir les mentalités et de concrétiser tous ensemble, femmes et hommes, laïcs et clercs, religieuses et religieux, des propositions puisées au cœur de l’Evangile.

Marie-Jo Thiel est professeure émérite à la faculté de théologie catholique de l’université de Strasbourg. Elle est l’autrice, entre autres, de « Plus forts, car vulnérables ! Ce que nous apprennent les abus dans l’Eglise » (Salvator, 2023).

Deja una respuesta

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos obligatorios están marcados con *