Syrie : n’oublions pas le programme d’armes biologiques

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a rendu le débat houleux sur l’intervention en Syrie caduque avec sa gaffe apparente lors d’une conférence de presse à Londres. Afin d’éviter une attaque sur la Syrie, le président syrien Bachar Al-Assad doit simplement remettre ses armes chimiques au plus vite. La Russie, la Syrie et les Nations unies ont tous sauté sur l’aubaine diplomatique quand ils ont vu un moyen facile de sortir de la crise, alors que M. Kerry considère qu’Al-Assad «n’est pas sur le point de le faire et ceci ne peut être fait».

De vastes questions pratiques concernant le déclassement de la plus grande réserve d’armes chimiques au Moyen-Orient se posent, y compris les difficultés d’accès aux sites dans une zone de guerre , le fait que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) n’a ni le personnel ni les moyens de procéder à une telle opération, et les énormes doutes quant à savoir si Assad serait honnête pour donner l’intégralité de son arsenal chimique. Même si ces obstacles arrivent à être surmontes, Assad aura toujours à sa disposition son arsenal d’armes biologiques incluant son accès au virus de la variole.

PROJET DE RÉSOLUTION À L’ONU

En juillet 2012, le ministre des affaires étrangères syrien Jihad Makdissi a déclaré que la Syrie n’utilisera jamais des armes chimiques ou biologiques et que l’armée syrienne gardait tous les stocks et les sites, ce qui de facto confirme l’existence d’un programme syrien d’armes biologiques.

Cette déclaration a stoppé les années de spéculation de la communauté internationale sur ce sujet. Ainsi, James Clapper, le directeur du renseignement américain, a confirmé en mars l’existence du programme de guerre biologique syrien, et la France a aussi abordé ce point dans son projet de résolution à l’ONU.

Tandis que les armes chimiques ont à la fois un traité (Convention sur les armes chimiques) et un régime d’inspection, les armes biologiques n’en ont pas. La Syrie est signataire de la Convention sur les armes biologiques et à toxines, mais n’a pas ratifié le trait.

Selon l’agent pathogène, le virus ou la toxine qui serait utilisé – et comment il serait déployé – l’argument selon lequel Al-Assad n’utiliserait pas d’armes biologiques car cela pourrait mettre en danger son gouvernement ou son armée n’est pas vraiment un problème pour lui.

Lors d’une frappe de représailles en particulier, les armes biologiques pourraient être efficacement utilisées sur une population civile dans une région qui ne constituerait pas une menace directe pour le gouvernement ou l’armée d’Al-Assad.

Les principaux programmes d’armes biologiques d’Al-Assad sont dirigés du centre de recherche et d’études scientifiques à Damas avec des laboratoires gouvernementaux à Alep et à Homs. Ce centre est un immense complexe avec des unités spécifiques pour la recherche de chaque agent pathogène. Les laboratoires sont dernier cri et à la différence des armes chimiques, la constitution de stocks d’armes biologiques est obsolète.

L’infrastructure nécessaire pour appuyer la recherche clandestine et légitime est identique, ce qui rend l’identification du développement d’armes biologiques extrêmement difficile. Comme avec le développement de vaccins, ce n’est qu’à la fin que le processus devient offensif.

LES PROGRAMMES BIOLOGIQUES

Les armes chimiques sont calculées, tandis que les armes biologiques sont des organismes vivants et ne distinguent pas les frontières nationales. La surveillance des stocks d’armes chimiques d’Al-Assad est beaucoup plus facile que de localiser les programmes biologiques, qui sont exécutés sur les installations militaires et civiles, dans les laboratoires vétérinaires de la Syrie, à travers ses industries pharmaceutique et agro-industrielle et dans les instituts de santé publique.

La variole est de loin le programme le plus dangereux que la Syrie possède probablement. La Syrie a longtemps été soupçonnée de conserver des souches de variole depuis sa dernière éruption naturelle en 1972, ainsi que d’avoir vraisemblablement reçu des versions génétiquement modifiées de la Corée du Nord en 2006. Contrairement aux armes chimiques, de nombreux agents de guerre biologique sont hautement infectieux et transmissibles, ont de longues périodes d’incubation et sont génétiquement modifiés pour contourner les contre-mesures médicales actuelles.

Pour mettre cette menace dans son contexte, en 1972, la Yougoslavie a connu l’une des dernières épidémies de variole en Europe. Pour chaque personne infectée, treize autres ont contracté la variole. En général, un ratio de 1 pour 3 est considéré comme la norme. La Yougoslavie a institué à l’époque la loi martiale, en vaccinant la totalité de leur population en trois semaines. Aujourd’hui, avec le transport aérien moderne, la vitesse de propagation  – et non l’espace – est critique. Dans ce scenario, nous pourrions rapidement avoir une urgence sanitaire internationale.

A la lumière de ce qui précède, le complexe d’armes biologiques d’Al-Assad constitue une menace bien plus grande que son complexe d’armes chimiques. En ignorant cela et se fixant seulement sur l’utilisation d’armes chimiques, l’Occident permet à la Syrie d’avoir son gâteau (jaune) et de le manger aussi.

Par Dr Jill Bellamy van Aalst, PDG de Warfare Technology Analytics, expert de la guerre biologique, et Olivier Guitta, Directeur de la recherche à The Henry Jackson Society, un think tank basé à Londres.

Deja una respuesta

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos obligatorios están marcados con *