Un accord qui met l’Occident sur la route d’un « Munich persan »

En 2009, juste après la répression dans le sang des manifestants en Iran, le président américain Barack Obama a repris les négociations avec le régime des mollahs. Il pensait leur faire accepter de transférer leur stock d’uranium enrichi dans un pays voisin : quelle naïveté ! Aujourd’hui encore, les Iraniens s’y refusent.

Pour s’assurer qu’ils ne feront pas une bombe de leur uranium enrichi et jalousement gardé, les Occidentaux exigent de mettre en place un système de surveillance renforcée sur une longue période. Dix ans ou plus. La durée de surveillance est contestée par les Iraniens, qui cherchent à la négocier à la baisse. Durant ces années de surveillance, et même au-delà, les Occidentaux exigent d’avoir droit à des inspections inopinées pour vérifier que la filière militaire a été bel et bien démantelée.

Cercle vicieux

Offensés, les dirigeants iraniens considèrent que les inspections sans préavis sont humiliantes. On ne va pas chez les gens sans les prévenir, c’est vrai, quoi ! Surtout chez les Iraniens, qui aiment bien « se préparer » pour recevoir comme il faut, histoire que nulle trace d’atome ne soit visible dans les lieux où ils acceptent l’inspection.

Un autre désaccord porte sur le programme de recherche et de développement nucléaire iranien. Là encore, les Iraniens ne lâchent rien, réclament haut et fort leur droit à la recherche sur le nucléaire et refusent que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) puisse avoir un accès illimité à tous les sites et chercheurs impliqués.

En échange de tous ces refus, les Iraniens demandent la levée de toutes les sanctions, y compris celles qui portent sur les activités de prolifération nucléaire. Cela ne vous paraît pas équitable, comme accord ?

Depuis des années, après l’échec de chaque négociation, on reprend de nouvelles négociations… Il semble que le cercle vicieux continuera. Les mollahs veulent leur bombe, ils n’ont pas fait tout ça pour rien.

Double jeu

L’enjeu est crucial, selon les différents lobbies : il s’agit d’une nouvelle donne politique et surtout économique. Pays incontournable, au regard de sa situation géostratégique, l’Iran a toujours joué le double jeu. Il fait du zèle dans la lutte contre l’Etat islamique, qui ne pouvait mieux tomber.

C’est du pain bénit pour les mollahs iraniens. Les optimistes pensent que l’Iran servirait d’intermédiaire dans les négociations avec le président syrien Bachar Al-Assad, qu’il serait influent auprès du Hezbollah au Liban, du Hamas en Palestine, mais également auprès des chiites en Irak, au Yémen, et pourquoi pas auprès des milices islamistes un peu partout dans le monde, y compris en Afrique… Ces observateurs oublient juste de rappeler que l’Iran est à l’origine de ces milices et de ces maux.

On évoque les avantages économiques de la levée des sanctions. Pays de 80 millions d’habitants dont bon nombre sont éduqués, pays riche en pétrole (quatrième réserve mondiale) et en gaz (deuxième réserve mondiale)… Les multinationales occidentales attendent l’accord de Lausanne pour signer des contrats.

L’intérêt économique des grands groupes, qui s’arrangent pour payer de moins en moins d’impôts dans les pays européens, ne signifie pas celui des peuples européens. Les multinationales sont devenues des monstres immensément riches et puissants ; les peuples européens sont, eux, de plus en plus pauvres. C’est aussi le cas en Iran. Les sanctions ont appauvri le peuple, mais une minorité non négligeable, proche du régime, est devenue immensément riche grâce aux trafics en tous genres : elle roule en Porsche et en Rolls-Royce à Téhéran.

La subtilité d’être Persan

Le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, exhorte les grandes puissances à « saisir le moment et l’opportunité d’un accord qui ne se répétera peut-être pas ». Supplication ou menace ? C’est toute la subtilité d’être Persan !

Rappelons juste aux dirigeants français, britanniques, et surtout américains (Barack Obama au premier chef, qui était très jeune à l’époque et faisait probablement du surf à Hawaï), qu’en 1979, un seul mollah les a tous roulés dans la farine. Aujourd’hui, des Khomeini, il y en a des centaines en Iran. Oublier le rôle déterminant du régime iranien dans l’exportation de l’idéologie islamique, qui a peu à peu gangrené le monde entier, serait suicidaire. Toute « alliance de revers » avec l’Iran contre les ennemis du jour serait une stratégie de courte vue. Le régime iranien est un pompier pyromane.

Dotée de l’arme atomique, sa puissance de nuisance serait multipliée par cent. Donner la bombe à l’Iran en échange de prétendus bons offices géostratégiques et de contrats sonnants et trébuchants pour les multinationales pétrolières et gazières serait le début de la fin accélérée de la civilisation européenne. Rappelons-nous la prophétie de Winston Churchill après Munich : « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre » !

Chahdortt Djavann, anthropologue et romancière.

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